CHAPITRE IV
Bases de classification des races humaines.
En matière anthropologique, la mensuration du crâne est assez attaquée; la mécanique anthropologique est également attaquée et la géométrie descriptive anthropologique n'a pas toute l'exactitude qu'il faudrait.
Ainsi armée, l'anthropologie est-elle arrivée à dégager les aptitudes morales des races ? II ne me paraît pas qu'elle en ait dégagé les aspects craniologiques. (Léon Cahuk).
D'après les naturalistes les plus compétents en botanique et en zoologie, on reconnaît sous le nom de races les variétés d'une espèce donnée, lorsque ces variétés se sont fixées par la reproduction avec des particularités d'abord ||; ; indécises ou individuelles, mais qui ont fini par devenir constantes ettransmissibles par l'hérédité, sans déroger aux lois générales de l'espèce.
Lorsque la science anthropologique fat constituée, cette définition de la race était déjà toute faite; ne pouvant trouver mieux, les anthropologistes l'acceptèrent telle qu'elle était. Rien de plus sage. Il est inutile de revenir sur les différents essais de classification dont nous avons déjà passé en revue les plus remarquables. Les systèmes abondent. On y rencontre tant de contradictions, tant de divergences d'opinions dans les principes zootaxiques adoptés par les divers auteurs, qu'on a droit de se demander si cette science anthropologique à laquelle nous avons reconnu une importance si haute, un but si élevé, ne serait pas plutôt un simple amalgame de conceptions confuses, au chacun peut s'exercer sans être astreint à aucune règle fixe, aucune méthode rationnelle ! En effet, une
DES HACES HUMAINES. 127
science dont les interprètes les plus autorisés s'entendent si peu sur les bases fondamentales qui doivent en être établies, avant d'y formuler aucune déduction théorique, ne saura jamais s'entourer du prestige nécessaire pour commander aux esprits et soumettre les doutes de l'intelligence.
Cette confusion des idées engendre ou tolère une terminologie imparfaite dont l'insuffisance n'a pas échappé aux savants consciencieux. « Les termes techniques les plus importants de la science de l'homme, dit M. de Rosny, sont au nombre de ceux sur lesquels reposent les plus regrettables malentendus. Si l'idée de l'espèce en apparence si rigoureuse en zoologie, a pu être contestée, presque ébranlée par la doctrine du transformisme, l'idée de race, déjà moins claire, moins précise quand il s'agit des animaux, devient obscure, vague, trompeuse, parfois même fantaisiste, quand elle est appliquée à l'homme (1). » Ces expressions paraissent bien rudes et sont de nature à diminuer l'orgueil de bien des savants; mais elles ne sont pas moins vraies, pas moins caractéristiques.
D'où vient alors ce vague, cette obscurité qui pénètre l'esprit de ceux qui s'occupent d'étudier les races humaines et de les classer ? Les difficultés sont-elles inhérentes à la science même ou bien sont-elles le résultat des systèmes préconçus, voulant tirer des faits naturels la confirmation de certaines doctrines enfantées par le préjugé? Les deux cas. existent. D'une part la science anthropologique manque jusqu'ici de principes certains; de l'autre, l'esprit de systèrrie en profite pour construire les théories'les plus extravagantes et en tirer des conclusions aussi vaines que prétentieuses.
Mais avant d'accuser la science ou les savants qui en font l'interprétation, ne convient-il pas d'examiner les
(1) Compté-Pendu du Congrès international des sciences ethnographiguts tenu à Paris en 1878, p. 75Î).
bases sur lesquelles ou s*appuie pour établir les classifications, ainsi que les doctrines anthropologiques qu'on en fait découler d'une façon plus ou moins logique? Ne faut-il pas mettre sous les regards du lecteur tous les éléments qui doivent l'aider à motiver son jugement ? Pour cela, une foule de faits dont j'ai intentionnellement circonscrit la discussion sur des points spéciaux, lorsqu'il s'est agi de réfuter la théorie de la pluralité des espèces humaines, vont de nouveau se présenter à notre examen. Le plus souvent, il n'y a de changé que le nom ou l'étiquette entre les arguments polygénistes, divisant le groupe humain en plusieurs espèces, et ceux des monogénistes qui admettent plusieurs races dans une seule espèce. Peut-être paraîtra-t-il fastidieux de revenir toujours sur les mêmes questions, les tournant et retournant sans cesse, sans qu'on paraisse avancer d'un pas dans l'étrange besogne. Pareil à Sisyphe condamné à rouler éternellement son titanique rocher, on semble se livrer à un labeur pénible, ingrat et décourageant, sans pouvoir jamais atteindre aux sommets de la vérité. Mais ce fait même concourt admirablement à prouver une chose, c'est que l'échafaudage sur lequel on s'est placé pour proclamer la distinction radicale et l'inégalité des races humaines, est sans fondement solide. Aucune loi naturelle ne lui sert d'étai. « Que l'on suive la classification de mon maître Blumen- ! bach en cinq races (Caucasique, Mongolique, Américaine, Ethiopique et Malaise) ou bien qu'avec Prichard, on reconnaisse sept races (Iranienne, Touranienne, Américaine, des Hottentots et Boschimans, des Nègres, des Papous et \ des Alfourous), il n'en est pas moins vrai qu'aucune dif- \ férence radicale et typique, aucun principe de division \ naturelle et rigoureuse ne régit de tels groupes (4). »
(1) A. de Humboldt, Kosmos, t. *l, p. 427.
Ces paroles de Humboldt sont d'une autorité décisive- Jamais une intelligence mieux organisée ne s'est rencontrée dans les annales de la science; et jamais savant ne fut plus spécialement compétent pour se prononcer dans une pareille question. A part ces connaissances profondes, universelles; à part cette pénétration supérieure qui a fait de lui le plus illustre investigateur des temps modernes, le grand Humboldt avait parcouru la plus grande partie de la terre, vu les hommes de toutes les races et sous toutes les latitudes, comparé les types les plus divers. Qui aurait le droit de se supposer plus apte que celui-là à discerner la vérité sur la valeur réelle des divisions ethnologiques? Qui peut offrir autant de garantie pour contrôler ses premières impressions par toutes les lumières d'un savoir infiniment varié? Personne. C'est donc sous l'impression des paroles du savant cosmologue, avec la réserve rationnelle qu'elles nous imposent, que nous allons examiner les principales bases de classification que les anthropologistes ont imaginées pour diviser et étudier les races humaines. C'est d'ordinaire la charpente osseuse, la couleur, les langues qui en sont les éléments essentiels.
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES.
Il faut commencer par la cranioîogie. On sait que ce nom fut créé par le célèbre docteur Gall pour désigner la doctrine physiologique par laquelle il croyait prouver que l'on peut découvrir toutes les facultés affectives, morales ou intellectives d'un homme, rien qu'en étudiant les protubérances de la boîte crânienne appelées vulgairement bosses. Quelles que soient les analogies que Ton puisse trouver entre cette doctrine et les opérations pratiques
g auxquelles se livrent les anthropologistes, dans l'étude
des crânes, il y a une différence notoire et qu'il faut certainement reconnaître entre les deux catégories d'investigation.
Gall et son intelligent disciple, Spurzheim, en étudiant le crâne humain, ne recherchaient aucunement les caractères ethnologiques qui séparent tel groupe d'hommes des autres groupes plus ou moins divergents. Ile» considéraient toute? les races comme douées des mêmes facultés et ne s'occupaient que des différences individu elles. C'était une espèce de philosophie empirique, où les diverses manifestations de l'esprit étaient censées s'observer matériellement, par les empreintes qu'elles laissent sur les parties distinctes du crâne, considérées comme leurs sièges respectifs. Spurzheim, comprenant que la science devait être désignée plutôt par son but que par le moyen employé pour y parvenir, changea le nom de la fameuse doctrine qui, au lieu de cranîologie ou cranioscopie, se nomme plus spécialement phrénoiogie.
^ Les anthropologistes, en étudiant la forme et le volume
du crâne, cherchent surtout à découvrir les différences qui existent entre les races humaines, après avoir assigné arbitrairement à chaque race une certaine forme ou une certaine capacité crâniennes spéciales. Plus tard, il est vrai, on (s'appuiera sur ces mêmes spécialisations pour proclamer que telle race est inférieure ou supérieure à telle autre ; mais cette conclusion, sans avoir plus àe poids que celle des phrénologistes, ne sera pas moins revêtue d'un semblant scientifique. Tous ceux qui n'auront pas fait de ces questions une étude approfondie, seront tentés de croire que des inductions tirées d'une méthode aussi compliquée, aussi savante que celle des anthropologistes, ne sauraient être que l'expression de la vérité. Aussi est-il bon d'en examiner le mérite.
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DES MCES HUMAINES. 131
La première application de la craniologie à l'étude des races humaines a été faite par le naturaliste Daubenton. Après lui vinrent Camper, Blumenbach et Sœmmering. Nous parlerons tout d'abord du procédé de Blumenbach, conservé dans la science sous le nom de méthode de la norma verticalis.
Pour étudier les crânes suivant cette méthode fort ingénieuse, on les range à ses pieds sur une surface plane et horizontale, en les faisant reposer sur la mâchoire inférieure, de manière que les arcades zigomatiques se trouvent sur une même ligne. En le.s regardant de haut en bas, on considère successivement la longueur de la voûte crânienne, sa largeur ou son étroitesse relative, la saillie du front, enfin la forme générale de la boîte osseuse. Selon que les os malaires dépassent plus ou moins la ligne verticale prolongée du bord latéral du crâne au plan de la base, Tanthropoiogiste classe ce crâne parmi les races noires ou dans les races jaunes ou blanches. On a nommé plus tard cryptoziges les crânes dont les arcades zigomatiques, considérées d'après cette méthode, sont cachées par la projection relative des tempes et phénoziges, ceux dont ces arcades sont visibles dans les mêmes conditions. Il est inutile de mentionner toutes les discussions qui ont eu lieu pour la fixation du plan dans lequel le crâne se trouve réellement placé sur sa base.
«Cet aspect de la tête, qu'on me permettra de nommer norma verticalis, dit le grand naturaliste de Gœttingue, permet de saisir d'ensemble et nettement les principaux traits caractéristiques des crânes des différentes races, tant ceux qui dépendent de la direction des mâchoires et de celle des os malaires, que ceux qui ressortent de la lar* geur ou de i'étroitesse de la voûte crânienne, de l'aplatissement ou de la saillie du front. »
En comparant* suivant cette méthode, des têtes étbio-
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piques, mongoliques et caucasiques, il croyait faire les remarques suivantes :
— Le crâne de la race éthiopique, étroit et déprimé aux tempes, montrerait à découvert les arcades zigomatiques ; le front en serait assez saillant, mais dépassé par la proéminence des os malaires et la projection de l'arcade dentaire supérieure, à partir de la racine du nez. — Chez le • Mongol, le crâne serait un peu moins étroit que chez Phomme noir et aplati au-dessus des orbites; les arcades zigomatiques très écartées, l'arcade dentaire moins projetée en avant, mais plus large. — Pour le Caucasien, la voûte crânienne serait généralement élargie, le front large aussi présenterait une courbe très proéminente, les pommettes et les arcades seraient dissimulées par les tempes, enfin le bord alvéolaire de la mâchoire supérieure serait à peine visible.
On a aussi nommé prognathe, la face projetée en avant du Noir ainsi caractérisé ; eurignathe, la face élargie du Mongol et ortkognathe, la face droite et régulière du Caucasien.
Cette méthode, qui est d'une application très facile, permet d'éudier un crâne sans aucun instrument et sans qu'on soit astreint à aucun calcul. Il suffit de la justesse du coup d'œih Aussi les anthropologistes, qui ont Fambition de faire de leur science une citadelle hérissée de défenses inaccessibles aux profanes, \en fontils peu de cas. Sans doute, le résultat auquel on parvient en l'employant n'a aucune importance doctrinale et rigoureuse dans Tétude des divers types de l'humanité, mais les autres procédés, malgré leurs difficultés exagérées et leur appareil imposant, offrent-ils rien de meilleur? Les inventeurs mêmes de tous ces procédés dont on parle si haut, après des dissertations interminables, ne finissentils pas toujours par en reconnaître l'inanité où l'insuffi-
sance? Mais telle est leur logique, qu'après avoir reconnu que cinq procédés, appliqués l'un après l'autre, ne donnent que des résultats contradictoires, non -seulement dans un même groupe, mais le plus souvent sur le même individu, ils affirment néanmoins que c'est de l'ensemble de ces mêmes procédés que doit sortir la vérité que Ton cherche.
Citons encore une autre méthode beaucoup plus répandue que celle de Blumenbach. C'est l'angle facial de Camper. « Le caractère sur lequel repose la distinction des nations, dit l'auteur, peut être rendu sensible aux yeux, au moyen de deux lignes droites, Tune menée du conduit auditif à la base du nez, l'autre tangente, en haut, à la racine du front et, en bas, à la partie la plus proéminente de la mâchoire supérieure. L'angle qui résulte de la rencontre de ces deux lignes, la tête étant vue de profil, constitue, on peut dire, le caractère distinctif des crânes, non seulement quand on compare entre elles plusieurs espèces d'animaux, mais aussi quand on considère les diverses races humaines. » *
Par cette méthode. Camper croyait pouvoir conclure que la tête du Noir africain, ainsi que celle duKalmouk, présente un angle de 70 degrés, tandis que celle de l'Européen en offre un de 80. <c C'est de cette différence de dix degrés, dit-il, que dépend la beauté plus grande de l'Européen, ce qu'on peut appeler sa beauté comparative; quant à cette beauté absolue qui nous frappe à un si haut degré dans quelques œuvres de la statuaire antique (comme dans la tête de l'Apollon et dans la Méduse de Soriclès) elle résulte d'une ouverture encore plus grande de l'angle qui, dans ce cas, atteint jusqu'à 100 degrés. »
On a émis diverses opinions sur ce procédé comme sur celui de Blumenbach. Des modifications de détails y ont été appliquées par Owen, Bérard, Jacquart, M. Topinard
et beaucoup d'autres savants qu'on peut se dispenser de nommer.
Pour compléter la liste des méthodes dont la vulgarisation est très étendue, il faut encore mentionner la théorie de Retzius, qui divisait les races en dolichocéphales et brdchycéphales, selon la longueur relative du diamètre antéro-postérîeur de leurs crânes comparée à celle du diamètre transversal. Le diamètre longitudinal se mesure d'ordinaire en droite ligne, de la saillie de la glabelle au point le plus reculé de l'écaillé occipitale ; le diamètre transversal coupe perpendiculairement cette ligne à l'endroit de la plus grande largeur du crâne, quel que soit le point où il tombe, pourvu qu'on ne descende pas jusqu'à la saillie sus-mastoïdienne, développée parfois avec exagération dans certaines races, telles que les Esthoniens.
La division dichotomique de Retzius fut trouvée insuffisante pour la classification de toutes les races humaines. Thurnam (1), Welcker (2), Huxley (3) et Broca (4) l'ont tour à tour remaniée. Ce dernier en a tiré cinq divisions, à savoir : la bràchicéphalie, la sous-brachycéphalie, la mesaticêphalie, la sous-dolichocêphalie et la dolichocéphalie. La longueur du diamètre transversal, multipliée par 400 et divisée par le diamètre longitudinal, donne ce qu'on est convenu d'appeler V indice cêphalique. Soit un crâne dont le diamètre antéro-postérjeur serait au diamètre transversal comme 9 est à 7, son indice céphalique (7 x dOO : 9) serait de. 77,77.
Après ces mesures, dont la base est purement géométrique, il faut mentionner la jauge ou le cubage des crânes. Sur l'affirmation de Sœmmering, déclarant que le crâne
(1) Mémoirs read beforethe anthropological Society of London.
(2) Ueher Wachstum und Baudes menschlichen Shœdels.
(3) Prehistoric remains of Caithness,
(4) Mémoires d*anthr.t t. ÏV, p. 229.
du blanc était plus grand que celui du noir, Saumarez suivant Broca (1), essaya le premier de jauger les crânes en les remplissant d'eau. Ce premier moyen fut considéré comme incorrect. W. Hamilton essaya le jaugeage par le sable fin, sec et homogène. Tiedemann y substitua le mil; enfin, on y a employé les grains de moutarde blanche, le mercure, le plomb de chasse, la graine de lin, etc.
Pas plus que les mesures angulaires, l'opération du jaugeage n'offre de résultat sérieux. « Faites cuber le même crâne suivant le même procédé par deux personnes successives, dit Broca , et vous pouvez obtenir ainsi des différences de plus de 50 centimètres cubes. Enfin ce qui est pis encore, faites cuber plusieurs fois de suite le même crâne par la même personne et vous pourrez encore obtenir des différences presque aussi grandes que dans le cas précédent (2). »-
Il n'est pas nécessaire de continuer l'exposition théorique des différents procédés craniométriques employés simultanément ou isolément dans les investigations anthropologiques. Il faudrait pour cela entrer dans des détails que ne comporte pas le caractère de cet ouvrage. Il suffit de savoir que les méthodes adoptées comme les meilleures par les uns sont discutées et souvent repoussées par les autres, soit dans leur portée scientifique, soit dans les applications qui en sont faites. Chacun trouve des arguments tout aussi valables et pour l'attaque et pour la défense. L'école anthropologique allemande n'est pas toujours d'accord avec l'école française ou américaine. Les partisans d'une même école sont encore moins disposés à s'entendre.
Nous n'avons jusqu'ici parlé, en fait d'essais anthropométriques, que de la craniométrie, parce que c'est 1 étude qui défraye la meilleure partie de toutes les discussions;
(1) Mèm. d'antkr,, t. IV, p. 8.
(2) Ibidem, p. 5.
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mais il y en a beauconp d'autres à mentionner. On a aussi cherché des différences dans la conformation du bassin, lequel serait non seulement de forme distincte entre les hommes et les femmes d'une même race, comme Ta catégoriquement reconnu l'anatomie comparative des deux sexes, mais aussi entre les femmes de races diverses, présentant dans chaque race une configuration particulière. Nous verrons jusqu'à quel point la pelvimétrie confirme une telle opinion, et si les cas examinés offrent cette régularité de disposition qui pourrait seule leur communiquer un caractère scientifique. Quant aux autres questions que soulève Tostéométrie comparée des races humaines, telle que la longueur relative des membres supérieurs, l'aplatissement des pieds, Yoppoâabilité plus ou moins grande du gros orteil, la platycnémie et mille autres détails anatomiques que peut suggérer la fantaisie, dans le. but de mieux signaler les diversités caractéristiques des races, ils n'ont aucune valeur propre à y attirer l'attention.
Mais voyons quelques chiffres, où sont condensés les résultats de divers essais de craniométrie. Nous commencerons par le cubage, en copiant les tableaux suivants tirés de 'Y Anthropologie du professeur To pinard. Ils tendent à désigner la capacité comparative de l'endocrâne dans les différentes races humaines. Les chiffres placés à gauche indiquent le nombre de crânes dont on a tiré la* capacité moyenne ; quant aux deux rangées de chiffres à droite, elles portent leurs étiquettes et représentent des centimètres cubes.
Hommes Femmes
88 Auvergnats 1598cc 1445cc
69 Bretons-Gallots 1599 1426
63 Bas-Bretons 1564 1366
124 Parisiens contemporains 1558 1337
18 Caverne de l'Homme-Mort 1606** 1507cc
20 Guanches 1557 1353
60 Basques espagnols 1574 1356
28 Corses 1552 1367
84 Mérovingiens 1504 1361
22 Chinois , . . 1518 1383 .
12 Esquimaux , 1539 1428
54 Néo-Calédonïens 1460 1330
85 Nègres de l'Afrique occidentale.. . 1430 1251 7 Tasmaniens 1452 1201
18 Australiens 1347 1181
21 Nubiens 1329 1298
Ces chiffres cités par M. Topinard ont été empruntés ' aux Mémoires d'Anthropologie de Brocar qui les a obtenus en jaugeant les crânes avec du plomb de chasse.
L'américain Mortoii, opérant avec la même matière, est arrivé aux résultats suivants, sans établir la distinction des sexes.
38 Européens 1534cc
18 Mongols 1421
79 Nègres d'Afrique 1364
10 Nègres d'Océanie 1234
152 Péruviens 1339
25 Mexicains. 1339
164 Américains autres 1234
M. Barnard Davis verse dans le crâne qu'il a préalablement pesé vide, du sable ûa bien desséché et il pèse de nouveau. Voici ses résultats, après la conversion faite de Yonce avoir du poids anglais en centimètres cubes français :
146 Anciens Bretons » 1524cc
36 Anglo-Saxons 1412
39 Saxon» 1488
ff,v
31 Irlandais. .
18 Suédois
23 Néerlandais *.*.>.
y i^apons* »..
21 Chinois .....
116 Kanakes
27 lies Marquises .
12 Nègres Dahomey. ; . ,
9; Néo-Hébrides ; , . . . 1432
15 Australiens . , t . * . * 1295
1472ec
En examinant ces différents tableaux, un fait positif se laisse tout d'abord remarquer, c'est l'irrégularité des résultats et l'incertitude où se trouve l'esprit quand il faut juger dé leur valeur relative. Nous avons déjà cité des paroles bien graves de Broça, sur l'inexactitude propre des procédés du cubage ; mais tous ceux qui ont lu ses Mémoires savent combien il s'ingéniait à trouver des raisons pour justifier la science dont il était devenu l'interprète le plus autorisé, à force de travail et de constante vocation. y. Cependant, quoi qu'en ait pu dire l'illustre savant, on ne
pourra jamais condescendre à ses opinions, au point de croire que de tous les anthropologistes lui seul ne se trom-
$■;;• pait pas. Si on observe bien ses chiffres, on remarque, du
premier coup d'œil, qu'il a voulu ramener le cubage des crânes à l'établissement d'une preuve cherchée partout, afin de confirmer l'existence d'une distinction sérielle et hiérarchique entre les races humaines. En effet, on ne voit aucune des moyennes tirées des peuples européens audessous des races mongoliques ou éthiopiques. Il est vrai que les 84 Mérovingiens de la liste donnent une moyenne inférieure aux 22 Chinois et aux 12 Esquinaux ; mais cette seule exception est justement celle qui peut s'expliquer
par des causes dont l'illustre professeur avait positivement établi la valeur.
On peut toutefois observer que Broca trouve dans le groupe australien un cubage supérieur à celui du groupe nubien. Ce fait est en contradiction flagrante avec l'opinion de tous les anthropologistes qui, à tort ou à raison, assurent que le Nubien est le type le plus élevé de la race noire et l'Australien le plus mal doué des hommes. Les Auvergnats sont aussi au-dessus des Parisiens. Mais c'est là un mince détail, puisque la limite des races est sauvegardée!
Quant au tableau tiré des moyennes de Morton, on sait ce qu'il faut en penser. L'esprit suivant lequel tous les savants de l'école américaine, sauf dé rares exceptions, considéraient l'anthropologie, rend toutes leurs affirmations suspectes. Ils n'y voyaient qu'un moyen de légitimer le système de l'esclavage. Or, ce système s'expliquerait assez bien si l'on parvenait à prouver que les hommes sont d'es- ■pèces différentes et, de plus, inégaux.
La liste de M. Barnard Davis, faite sans esprit de système, laisse voir les faits tels que le hasard les présente. Le groupe des Chinois, celui des nègres Dahomey et les habitants des îles Marquises, surpassent le groupe des Anglo-Saxons, et sont surpassés par les Kanakes. Là, on ne rencontre assurément aucun caractère fixe, pouvant conduire aune classification exacte, mais rien non plus qui dévoile une combinaison systématique.
L'indice céphalo-or bitaire, obtenu par M. Mantegazza par le cubage au mercure, ne donne aucune base de classification. En voici le tableau restreint donné par le savant professeur d'anthropologie à l'Ecole des hautes études de Paris.
20 Italiens 27.73
2 Australiens 25.61
3 Néo-Zélandais 32.49
6 Nègres. . . . .. . 27.19
Ainsi les Italiens seraient bien rapprochés des Nègres, l'Australien tiendrait un bout et le Néo-Zélandais l'autre. Ce résultat renverse non seulement Tordre des groupes ethnologiques, mais encore toute idée de hiérarchie entre les races humaines.
Il faut pourtant voir si Yindice cép kaliquç, dont on parle tant, nous offrira une base plus solide. Voici le tableau qu'en donne Broca (1).
1° Dolichocéphales vrais*
15 Esquimaux du Groenland . . .
54 Néo-Calédoniens *. . . .
17 Australiens.
18 Hottentots et Boschimans . . .
O ^CtlIcS ■ • o . . . ... ... . .*
15 Bengalais
85 Nègres d'Afrique occidentale. .
6 Français. Époque de la pierre taillée, (3 du Cro-Magnon, 3 du diluvium de Paris)*
19 Français méridionaux. Epoque de la
pierre polie (Caverne de PHommè-Mort,
22 Nubiens de File d'Éléphantine
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xx iVuU y iço * • * »«••■!■*•»#»•**>»•
2° Sous-dolichocéphales.
54 Français septentrionaux. Epoque de la
pierre polie 75.01
(1) Broca^ Mémoires âïAnthrop., t. IV, p. 269-270.
. 3 Bohémiens de Roumanie. .....
28 Corses d'Avapessa (XVIIIe siècle)
20 Guanches
81 Anciens Egyptiens . .
32 Polynésiens
9 Tasmaniens
8 Slaves du Danube
81 Français (Mérovingiens) . . . , .
12 Egyptiens modernes (Coptes) . .
*&a v^nmois. . . ■
11 Malgaches
15 Français (Gaulois de l'âge de fer) 60 Basques espagnols (Zàraus) . .■ .
3° Mêsaticéphales* 25 Mexicains (non déformés). ....
5 Roumains - .
22 Gallo-Romains. ..........
53 Normands du XVIIIe siècle (ossuaire de
Saint-Arnould, Calvados)
125 Parisiens du XIXe siècle . «
liiO -— Js^ll — «