LA CHEVELURE ET LA COLORATION DE LA PEAU
Nous nous sommes bien attardés sur les bases anthropométriques si souvent invoquées comme pouvant déterminer les caractères morphologiques qui distinguent les races humaines les unes des autres. Rien ne reste pour appuyer les théories que les anthropologistes ont soutenues avec plus ou moins d'insistance, en s'autorisant de l'étude de la charpente osseuse de l'homme. Il n'y a donc qu'à constater ce résultat négatif et à passer immédiatement à l'étude de la coloration de la peau.
Bien qu'à notre avis on ne puisse jamais trouver une meilleure base pratique pour asseoir les grandes divisions ethnologiques, tous les savants ethnographes et anthropologistes répètent en choeur que la couleur de la peau est un caractère insuffisant pour distinguer les races humaines.
Sans doute, il y a bien à redire sur la solidité d'un tel indice, quand on voit le Nubien, le Cafre, le Soudanien, l'Australien, le Dravidien, le Californien, enfin une centaine de peuples de nuance plus ou moins noire, différer si profondément par les traits du visage et la chevelure. En passant à la race blanche, — et nous entendons par là les hommes ayant la peau d'une blancheur plus ou moins franche, — on rencontre des types beaucoup plus homogènes; mais ils sont encore assez variés, depuis le Scandinave aux formes sveltes, au teint rosé, aux yeux bleus et grands, aux traits accusés, jusqu'aux Ossètes au corps large et charnu, aux traits inharmoniques, à l'œil petit et farouche. La race jaune offre encore plus de désordre. Il est impossible d'énumérer les différences de complexion et de traits qui existent entre le Chinois, le Turc de l'Asie, le Guarani, le Mexicain, le Botocudo de l'Amérique, le Lapon européen et, puisqu'il s'agit de couleur, le Boschiman de l'Afrique méridionale, les Guanches, les Berbers, etc.
Cette confusion qui règne généralement entre la conformation typique et la couleur des diverses races, rend, il est vrai, difficile et imparfaite toute classification anthropologique basée seulement sur la coloration de la peau. Mais comment se tirer de difficulté ? En refusant à" la coloration pigmentaire plus ou moins accusée toute valeur taxiologique, a-t-on découvert un caractère anatomique ou morphologique qui lui soit bien supérieur comme signe distinctif des races humaines? Certainement non. Aucune des méthodes que nous avons déjà étudiées ne donne de résultat meilleur.
On ne peut mieux rencontrer, en s'étayant sur la nature ou la qualité des cheveux., Nous n'y jetterons un coup d'œil que pour la forme. Huxley a proposé une classification d'après la chevelure. Il divise les races humaines en deux grandes séries principales, renfermant les utotriques \
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aux cheveux crépus et les liqtriques aux cheveux lisses. Cette grande division dichotomique, que nous avons déjà entrevue dans la classification de Bory de Saint- Vincent, répond plus ou moins à celle de Retzius (dolichocéphales et brachycéphales), avec des subdivisions inégales. Les ulotriques ne comprendraient que les Noirs africains et les Papous. Les liotriques sont partagés en quatre subdivisions comprenant : 1<> Le groupe Australoïde, composé des Australiens, des Noirs du Dekkan (Hindous) et peut-être des anciens Égyptiens. Ils ont le crâne prognathe, à arcades sourcillières développées, la peau et les yeux noirs : les cheveux également noirs sont longs et droits. 2° Le groupe Mongoloïde a la peau jaunâtre, brune ou rouge brun, cheveux pareils à ceux du groupe précédent, crâne mésaticéphale : on y réunit les Mongols, les Chinois, les Polynésiens, les Esquimaux et les Américains. 3° Le groupe Xanthochroïde, réunit les Slaves, les Teutons, les Scandinaves et les Celtes blonds, peuples à la peau blanche, aux yeux bleus, cheveux abondants, crâne brachymésaticéphale. 4° Le groupe mélanochroïde a enfin le teint pâle, les cheveux noirs et longs, les yeux également noirs, tels que les Ibériens, les Celtes bruns et les Berbers (1).
Cette classification de Huxley ne repose que nominalement sur la nature des cheveux. C'est en somme un mélange de méthodes créant des groupes encore plus artificiels que ceux qui sortent de l'application d'une méthode unique. Il faut encore citer la classification de F. Mûller et Heeckel (2) basée uniquement sur la nature et l'implantation des cheveux. Nous abrégerons toutes explications en présentant le tableau synoptique qu'ils
(!) Huxïe3r, Anatomie comparée des vertébrés. (2) Algemeine Ethnographie.
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ont dressé pour donner une .idée d'ensemble de la nomenclature qu'ils proposent.
En buisson.
Laineuse./
[Hottentots.
[Papous.
. (Nègres africains.
Ent01SOn"Cafres.
Australiens.
Chevelure...;
Lisse {
iHyperboréens.
Raide. . . . jAméricains.
/Malais.
\MongoIs.
Dravidiens.
Bouclée . . .iNubiens.
Méditerranéens.
Un simple coup d'œii jeté sur ce tableau indique à quel point tousses groupes ethniques y sont encore mélangés dans la plus grande confusion. Si dans la division caractérisée par une chevelure laineuse nous ne rencontrons que des peuples noirs, dans celle dont la chevelure lisse est la caractéristique, nous voyons les Nubiens et les Dravidiens noirs réunis aux Méditerranéens qui sont en majeure partie blancs. Les Mongols clair-jaunes sont accouplés aux Australiens noirs et aux Américains, dont une grande partie est aussi très brune et presque noire, telle que les Californiens.
Il semble donc établi qu'aucune autre base de classification anthropologique n'offre plus de garantie d'exactitude que la coloration de la peau. Quoi que fasse la science, elle est obligée de compter avecles idées générales, quelque vulgaires qu'elles soient, lorsqu'elle est surtout impuissante à en suggérer de plus rationnelles. Or, dans tous les pays, dans toutes les races, quand on voit pour la première fois l'échantillon d'une variété,de l'espèce humaine,
ce qui étonne tout d'abord et attire invinciblement l'attention, ce n'est ni les traits du visage, ni les particularités de la chevelure, c'est plutôt la couleur de la peau.
Qu'on glisse un noir Australien parmi les populations noires et aux cheveux crépus de l'Afrique, ou dans les mornes d'Haïti, la majorité de ceux qui passeront à quelques pas de lui, s'occuperont bien peu de ses cheveux longs et droits et encore moins du prognatisme plus ou moins accentué de son visage. Mais qu'il se présente un albinos de la Nigritie ayant comme eux les mêmes formes du visage et la même chevelure laineuse, privé seulement de la coloration pigmentaire à laquelle ils sont habitués ; celui-ci fera une vive impression sur tous ceux qui l'auront vu. Il faudra une longue expérience des cas d'albinisme et l'instruction d'un anthropologiste, d'un médecin ou d'un naturaliste, pour qu'on ne voie pas un blanc et rien qu'un blanc en ce noir métamorphosé.
D'autre part, que l'on introduise parmi les campagnards Français ou Allemands le plus beau spécimen de la race dravidienne, un Tova aux grands yeux noirs, à la chevelure longue et soyeuse, aux traits les plus réguliers. Cet individu excitera le plus grand émoi autour de lui. Mais si le même albinos de race éthiopique a le soin de se bien raser la tête, il passera inaperçu; et même avec ses cheveux crépus, mais blondelets, il sera plutôt l'objet d'une douce curiosité, sans jamais causer cette sotte frayeur que tous les noirs qui voyagent inspirent aux Européens de province, encore incomplètement civilisés.
Nous croyons devoir adopter la classification ethnologique basée sur la couleur de la peau, pour une seconde raison. Non-seulement elle est plus apparente et prête moins à l'équivoque, mais elle offre encore le caractère le plus constant dans chaque race. Les Français du XIXe siècle ne ressemblent pas exactement aux Fran-
çais du Ve siècle, ils ressemblent encore moins à ceux de l'époque des rennes. Mais ce qu'ils ont de commun, c'est la couleur de la peau. Nous faisons abstraction des croisements ethniques doit l'influence disparaît insensiblement dans l'évolution que chaque peuple accomplit vers un type commun qu'on peut appeler son type national. D'après Lyell les formes crâniennes, le développement cérébral et la civilisation suivent une marche analogue, On peut aux formes crâniennes ajouter toute la stature du corps humain. Car les formes et les dimensions de chaque organe tendent naturellement à s'adapter aux occupations habituelles des individus, suivant les modes variés d'exercice qu'on leur fait subir. Mais ce n'est pas le moment de nous étendre sur cet intéressant sujet. Nous y reviendrons plus tard.
La conclusion en est que la couleur des races humaines est, sublatis sublandis, en corrélation régulière avec le climat et les milieux où ils vivent, tandis que la forme du visage, dans la majeure partie des cas, s'harmonise avec le degré de civilisation acquis actuellement ou par les ancêtres qui l'ont fixé à leurs descendants au moyen de l'hérédité. Or, si Ton réfléchit qu'à peu d'exceptions près, toutes les races qui tombent sous l'étude de Fethnologiste sont cantonnées en des milieux connus, d'où elles ne se déplacent qu'avec peine et difficulté ; que dans les cas même où elles se déplacent, elles ne prospèrent dans un nouveau milieu qu'autant qu'il réunit les conditions climatologiques, qui leur permettent un acclimatement facile, on verra que la couleur est le caractère le plus persistant et le moins trompeur dans la distinction des races.
Il faut excepter le cas où, comme les anciens Égyptiens, un peuple subit des invasions répétées durant des siècles par des races étrangères qui, au moyen de croisements continuels, lui infusent lentement une coloration autre
que la nuance primitive de ses ancêtres. Mais ce sont des cas accidentels dont l'histoire offre un contrôle sûr et pratiquable. En somme, tout le temps que Ton continuera à désigner généralement les races humaines sous les dénominations de blanche, jaune, noire, brune ou rouge ce sera un leurre que de choisir d'autres caractères que ceux de la couleur, quand il faut les classer.
Si les classifications sont tellement confuses, c'est qu'au lieu de s'arrêter à une base unique, on les confond toutes. Le plus souvent on crée à plaisir des dénominations arbitraires qui ne disent rien des particularités naturelles qui doivent servir de caractéristique à une nomenclature. N'est-ce pas ainsi qu'on parle de la race aryenne, de îa race indo-européenne? Cette nomenclature artificielle est d'autant plus captieuse qu'elle semble revêtir un cachet scientifique qui en impose au vulgaire. Le mot aryen ou aryan, dont la racine sanscrite signifie noble, appliqué à toute la race blanche, ne prouve autre chose qu'un orgueil rétrospectif. En fait, il n'a jamais existé une nation aryane. Quant au terme indo-européen, il provient simplement d'une fausse théorie linguistique. Quand on nomma ainsi la race blanche, on ignorait que la majeure partie de la population de l'Inde était d'un brun foncé ou franchement noir. L'erreur est sortie de cette idée que la beauté et l'intelligence sont l'apanage exclusif de la race blanche. Le terme de caucasique n'a d'autorité que par son ancienneté; car plusieurs races distinctes entourent ou habitent le Caucase. On a moins à redire sur la dénomination mongolique donnée souvent à toute la race jaune. Bien que les Mongols proprement dits, comprenant les Mandchoux, les Tougouses, les Kalmouks, etc., ne sont qu'une partie de la race jaune, on a pu se servir de leur nom comme terme générique pour désigner toute la race dont ils paraissent former les principaux types. Quant au
terme éthiopique, on n'a guère de reproche à lui faire. Non seulement il a en sa faveur les mêmes raisons invoquées pour le terme mongolique, mais, par son étymologie, il est simplement une dénomination de la couleur, désignant toutes les races au visage brûlé, c'est-à-dire noires.
Il existe donc trois grandes divisions ethniques dans l'espèce humaine : la blanche, la jaune et la noire. Comme subdivision, se rapportant aux trois groupes principaux, on peut découvrir une quantité de nuances, variant à Finfini, mais dont les différences saisissables ne vont pas au delà d'une cinquantaine,
Nepourrait-onpas établir une classification basée uniquement sur la coloration des races, en essayant de dresser, comme Ta fait Broca, un tableau des couleurs de la peau?
Sans donner à ce système une importance scientifique qu'il n'a pas, on pourrait en tirer un résultat pratique incontestable. « La distribution diverse du pigment, dit M. Mantegazza, est un bon caractère anatomique pour instituer un système de classification des hommes, mais non pour établir une méthode taxonomique (1). » Rien de plus judicieux que les paroles du savant professeur de Florence. Mais, nous l'avons déjà vu, une vraie méthode taxonomique est un idéal auquel il est impossible d'atteindre. Les différences qui séparent les races humaines les unes des autres ne sont pas suffisamment délimitées parla nature, pour qu'on puisse y établir aucune classification rationnelle. 11 vaudrait donc mieux grouper les races humaines suivant le caractère le plus apparent qui est incontestablement leur coloration. Ne restera-t-il pas d'autres difficultés? Certainement oui. Quoi qu'on fasse, malgré les instructions les plus précises, malgré les planches chromo-lithographiques aux teintes les plus délicates et
(i) Mantegazza, La physionomie et V expression des sentiments.
imaginées par les meilleurs coloristes, on ne pourra jamais saisir exactement certaines nuances de coloration et encore moins les représenter par les combinaisons chimiques que mettent à notre disposition les cinq couleurs fondamentales d'où les grands peintres tirent tous leurs effets de lumière*
La couleur de la peau n'est jamais franchement noire, jamais d'un jaune semblable à celui du rayon lumineux du prisme solaire, jamais exactement blanche. Quant au rouge, il est inutile.de dire combien il est faux de l'appliquer à la coloration d'une race ou d'un homme quelconque. On n'a jamais que. des nuances, tirant plus ou moins sur ces notes franches. C'est que, si les couleurs chimiques sont plus ou moins analogues à celles représentées par le tissu utriculaire des végétaux, au point que telle couleur végétale ressemble à s'y tromper à la couleur minérale correspondante, il en est bien autrement pour le tissu cellulaire où se trouve le réseau de pigment qui couvre la peau humaine.
Par quelle combinaison intime le sang que nous voyons rouge arrive-t-il, sous l'influence de la lumière, à transformer en tant de nuances diverses le dépôt pigmentaire qu'il accumule entre le derme et l'épiderme de l'homme ? M. Topinard a essayé de répondre à ces questions. « A la suite de la matière colorante rouge du sang, dît-il, et de la matière colorante noire de la peau et de la choroïde, il faut en citer une troisième dans l'économie, la biliverdine qui se produit dans le foie et colore les tissus en jaune dans l'ictère. A l'état physiologique ou sub-physiologique, et quel que soit le nom qu'on lui donne, elle produit parfois une teinte jaunâtre ou sub-ictérïque de la face. C'est à elle incontestablement qu'il faut attribuer la coloration jaunâtre de la peau, du tissu cellulo-adipeux des muscles et du sang si souvent indiquée dans les autopsies de ne-
grès. Cette matière colorante n'est-elle qu'une transformation, une manière d'être différente de la matière colorante du sang ou du pigment? C'est aux chimistes à répondre (1). »
Tout ce qu'on vient de lire du savant professeur peut avoir un haut intérêt en anthropologie pathologique. On pourrait par exemple se demander si les particularités qu'il signale ici n'expliquent pas l'immunité, depuis longtemps observée, dont jouissent les, hommes de couleur et les noirs (sans doute, les jaunes et les bruns asiatiques aussi) contre la jaunisse ou fièvre ictérique. Le sang ayant acquis l'aptitude physiologique de charrier dans les vaisseaux artériels ou veineux la matière qui colore leur peau ou leurs organes internes, ne subit aucun dérangement morbide en en véhiculant une quantité plus ou moins grande. Mais au point de vue qui nous occupe, l'explication est absolument insuffisante. Et faudra-t-il le dire? Je crois même que ce n'est pas aux chimistes mais bien aux physiologistes qu'il faut s'adresser pour avoir la lumière sur cette question.
En effet, il n'est pas certain qu'il y ait dans l'organisme humain, trois éléments fondamentaux de coloration qui seraient distinctement figurés par le rouge, le jaune et le noir. Il faut en compter un nombre infini ou ne tenir compte que d'un seul qui est le sang. La biliverdine, comme la bilifuchsine ou la biliprasine, est produite avec la bile, dans là glande hépatique, mais c'est le sang qui fournit au foie tous les matériaux nécessaires pour la former. C'est ainsi que certaine matière mise dans la cornue du chimiste se transforme et change d'aspect, selon les conditions de dosage et de chaleur. La chimie a fait sa tâche en extrayant les matières colorantes de la bile ; c'est au
(1) Topinard, looo citato, p, 354»
physiologiste qui étudie les phénomènes de la vie organique, à rechercher par quel mode d'action le foie décompose le sang pour le transformer, à ce point. Voilà pour la couleur jaune.
La couleur noire de la peau ou des autres tissus, n'a pas d'autre origine que le sang. Nous avons eu déjà une notion de la mélanine, dont l'accumulation dans ie réseau sous-épidermique colore en noir la peau de l'Ethiopien. Cette substance est composée de fines granulations dont les parties microscopiques ne sont rien autre chose que du sang arrivé à un haut degré de carbonisation et privé d'oxygène. En leur communiquant une certaine quantité d'oxygène, on les verrait revenir graduellement à la coloration du sang.
L'acide azotique, selon Littré et Ch. Robin (1), change la mélanine en une masse roussâtre. Ce phénomène chimique provient sûrement de ce que l'acide azotique, qui est un des agents oxydants les plus énergiques, dissocie la trame moléculaire de la mélanine, en lui cédant l'oxygène dont elle est avide. En étudiant ces faits, on s'explique aussi comment les hommes qui habitent un climat chaud brunissent sous les rayons ardents que darde le soleil, sans que leur constitution ait eu des qualités primitives, autres que celles qui se trouvent dans les autres hommes vivant sous un ciel moins brûlant ou même sous une basse température. Chez les premiers, le sang est attire jusqu'aux moindres ramuscules du tissu vasculaire, par l'effet de la chaleur qui les dilate, et perd par l'abondance de la transpiration et l'évaporation qui s'ensuit, la majeure partie de ses éléments liquides. Il dépose donc ses résidus carbonisés dans les cellules épithéliales, comme le caput mortuum qui reste dans la cornue surchauffée du chimiste.
(1) Littré et Ch. Robin, Bict, de médecine, art. Mélanine.
Pour expliquer la coloration en jaune des peuples hyperboréens qui ont dû former les premières populations de leurs nuances apparues sur la terre, on s'y prendrait différemment. On sait que le corps humain offre,, sous toutes les latitudes, une température constante ou dont les variations sont insensibles. Ceux qui habitent les froides régions, aux environs des pôles, sont instinctivement conduits à se nourrir de tous les aliments dits respiratoires et dont l'action consiste à entretenir dans l'économie organique la chaleur indispensable à la vie. De tous ces aliments, les matières grasses sont les plus efficaces, au moins le plus à portée des populations qui avoisinent la mer. Une expérience pratique a dû en indiquer Futilité et en vulgariser Fusage.
Le foie étant l'organe destiné à produire le suc propre à émulsionner la graisse et à la rendre assimilable à l'organisme, on comprend aisément la suractivité qu'il doit avoir dans toutes les races auxquelles sont imposées les conditions d'existence précédemment exposées. L'irritation continuelle de la glande hépatique y détermine une hypersécrétion de la bile. Celle-ci ayant utilisé, suivant sa principale destination, la plus grande partie de l'acide cholalique, de la cholestérine et des sels qui y sont réunis, continue à circuler dans le sang avec ses matières colorantes ; elle les dépose, dans sa course ultime, au réseau sous-épidermique, ici beaucoup moins actif que chez l'Africain. Comme elles ne sont point rejetées facilement de l'organisme, n'étant point sollicitées à l'extérieur par une transpiration abondante, on comprend qu'elles finissent enfin par colorer l'épi derme du Lapon et de tous les peuples de la même race, en leur donnant cette teinte jaune, aux nuances si variées 1
L'homme de race blanche, placé sous les latitudes d'un climat tempéré, ne se verra ni brûlé par le soleil, ni jauni
par un excès de matières biliaires dans la composition de son sang. Son teint restera toujours plus ou moins incolore. Son épiderme transparent, comme celui de toutes les races humaines, d'ailleurs, ne laissera voir le derme qu'avec cette couleur de chair si bien connue, mais si difficile à définir. Ainsi sera caractérisée la couleur de la race dite caucasique dont la nuance n'approche pas plus de la biancheur de l'albâtre que celle de l'Ethiopien ne prend cette teinte de noir de fumée dont on parle si souvent.
Voilà bien des hypothèses- Mais l'anthropologie ne repose jusqu'ici que sur des données hypothétiques. C'est déjà quelque chose, quand on peut les faire concorder avec les notions indiscutables auxquelles ont est déjà parvenu dans les sciences mieux faites, mieux élaborées.
Faute de mieux^ nous avons accepté la coloration de la peau comme une base pratique de classification ; mais, il faut le répéter, elle n'offre pas plus que les autres caractères anatomiques une méthode sûre et scientifique. Cette méthode n'existe pas. Mais comment a-t-on pu alors classer les races humaines en inférieures et supérieures ? Si on ignore quels sont les caractères qui les distinguent régulièrement les unes des autres, comment pourra-t-on attribuer aux unes plus d'intelligence, plus de moralité qu'aux autres, sans donner dans le plus arbitraire des empirismes?Lesanthropologistes désireux de pouvoir fixer les particularités taxonomiques qui légitiment leur théorie, ont eu recours à un nouveau mode de classification qui ne relève nullement des sciences naturelles ; mais elle est si renommée qu'on est forcé de s'en occuper. D'ailleurs, c'est un sujet fort intéressant, c'est une des études les plus attrayantes qui soient offertes à Pesprit humain* Je veux parler des classifications basées sur la linguistique.