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INCONSISTANCE DES LANGUES COMME BASE DE CLASSIFICATION

En réunissant tout ce qui a été dit plus haut, on voit bien que la théorie qui se reposerait sur la morphologie linguistique comme base de classification des races ne serait guère plus heureuse que les précédentes. Aussi les plus savants linguistes, ayant appliqué à leur science tous les procédés d'investigation qui assurent la conquête des grandes vérités,, ont-ils hautement déclaré l'inaptitude et même Fimpuissance de la glotto logis dans les recherches taxiologiques, entreprises dans le but de parvenir à une délimitation précise des divers groupes ethniques qui forment l'humanité.

Bien plus 1 Le lien essentiel que l'on avait imaginé pour réunir tous les peuples de race blanche en un faisceau compacte, en une famille commune, la langue aryaque,

(1) La France au Soudan, in Rev. des Deux-Mondes, 1er février 1881.

(2) Tb. Benfey, Ueber das Verh'àltniss der mgyptisohen sprache zwm> semitischen Sprachtmann'.

(3) De nominum generibus linguarum Africœ australis»

perd aujourd'hui tout son prestige des premiers temps, prestige devant lequel on s'inclinait si respectueusement. « Bien peu de linguistes, dit M. de Rosny, osent encore présenter les langues de notre Europe, comme des filles d'une langue qui aurait été le sanscrit ou bien cet idiome hypothétique et quelque peu fantaisiste qu'on appelle aryaque. Je qualifie cet idiome d'hypothétique, parce qu'il ne repose en somme sur ia connaissance d'aucun tente, d'aucune inscription, d'aucun mot réellement historique, mais seulement sur la supposition que quelques racines anciennes des langues aryennes ont appartenu peut-être à une langue perdue de laquelle seraient dérivées toutes celles qui constituent le groupe qui nous occupe. Je pourrais ajouter que le nom même de cette langue est inconnu dans l'histoire et ne doit son origine qu'à une invention tout à fait moderne et d'une moralité scientifique encore fort douteuse.

La seule doctrine établie c'est que le sanscrit, le persan, le grec, le latin, les langues germaniques et les langues slaves, renferment un nombre considérable d'éléments communs tant lexicographiques que grammaticaux, et que le fait d'emprunt ne saurait être contesté. Mais une foule de langues ont fait à d'autres langues des emprunts considérables sans qu'il y ait pour cela la moindre parenté originaire (1). »

L'unité d'origine des langues indo-européennes une fois rompue, on est forcément amené à ne voir dans les divers idiomes connus que l'expression sociale des peuples qui s'en servent, c'est-à-dire que le degré de perfection plus ou moins caractérisée de ces idiomes est adéquat au degré de civilisation de ces peuples. Cette thèse, il est vrai, paraît inconciliable avec la théorie de l'évolution morpholo-

(1) Congrès intern* des sciences etknogr., etc., p. 114.

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gique des langues et les faits historiques qu'on est forcé d'y adapter. Mais ne faudrait-il pas aussi se demander si le système de Jacob Grimm ne mérite pas qu'on y ajoute certaines modifications? On est bier porté à croire que la morphologie, tout en présentant une gradation réelle entre les langues, au point de vue de la composition phonétique, n'institue pas une supériorité absolue de telle forme à telle autre. Chacune des grandes divisions, — monosyllabiques, agglutinatives ou inflectives, — semble être capable d'une évolution qui lui est propre et au cours de laquelle elle peut acquérir une conformation très approchante de la perfection, c'est-à-dire de l'idéal qu'on se fait de la parole humaine. Ainsi se conçoit aisément un fait incontestable, c'est que le chinois, quoique inférieur à telle langue agglutinante ou agglomérante, si on se réfère à la théorie de Grimm, est arrivé dans le cercle de son évolution et en tant que langue artificielle, à produire des œuvres d'une supériorité incontestable.

« Le pouvoir qu'a l'esprit humain sur ses instruments, si imparfaits qu'ils soient, dit Whitney, est évidemment démontré par l'histoire de cette langue qui a répondu avec succès à tous les besoins d'un peuple cultivé, rétléchi et ingénieux, pendant une carrière d'une durée sans pareille ; elle a été employée à des usages bien plus élevés et plus variés que nombre de dialectes mieux organisés : ces dialectes étaient riches par leur flexibilité, leur développement; mais ils étaient pauvres par la pauvreté même et la faiblesse de l'intelligence de ceux qui les maniaient (1). »

Mais revenons à l'idée de F. Lenormant et de Guillaume de Humbold, idée partagée d'ailleurs par nombre de savants. Est-il vrai que chaque race humaine est conformée

(1) Whitney, J^e langage et Vètude du langage^ 3e édit.

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de telle sorte que ses représentants soient plus aptes à parler certaines langues que certaines autres?

« Le langage que nous parlons n'est pas né en nous, à notre naissance, répond Sayce. L'enfant doit apprendre la langue maternelle, bien qu'il hérite sans doute d'une certaine aptitude à cet égard. SU est né en Angleterre, il apprend l'anglais; s'il est né en France, il apprend le français. Si deux langues ou davantage sont parlées par ceux qui l'entourent, il est probable qu'il apprendra ces langues plus ou moins bien, suivant qu'il sera en relations plus ou moins assidues avec ceux qui les parlent* Des langues autrefois parfaitement sues, peuvent être entièrement oubliées et une langue étrangère peut devenir sussi familière â l'homme que si elle était sa langue maternelle. On voit des enfants, dont la langue était Fhindoustan, oublier entièrement cette langue, après un court séjour en Angleterre, et il devient souvent difficile de reproduire un son que Ton avait toujours sur les lèpres dans l'enfance. Ce qui est vrai de l'individu Test également de la communauté qui se compose d'individus (1). »

Ces vérités, sont si claires, si simples, que les gens qui ont voyagé et vu divers peuples transportés dans un milieu autre que celui de leurs ancêtres, trouveront curieux ' qu'on prenne la peine de les faire remarquer. La République haïtienne, peuplée de descendants d'Africains ne parle-t-elle pas le français? N'a-t-on pas vu les soldats bosniaques envoyés dans la basse Nubie par le 'sultan Sélim, en 1420, perdre leur langue maternelle, pour en adopter une autre regardée comme inférieure ? Les indigènes de toute l'Amérique du Sud, qui se sont convertis en peuples civilisés, n'ont-il pas tous appris à parler l'espagnol et les Indiens du Brésil ne parlent-ils pas parfaitement

(1) Sayre, Iogo oitato, p. 292.

le portugais, lorsqu'ils ont reçu une instruction solide?

Waitz a mentionné tous ces faits, que je connais personnellement pour la plupart (i). Mais en m'exprimant ici dans une langue dont mes ancêtres de Dahomey n'avaient absolument nulle idée, ai-je besoin d'offrir un. exemple plus éloquent de la nullité des rapports naturels qu'on a essayé d'établir entre îe langage et la race ?

La vraie relation qu'il faut donc reconnaître, c'est celle qui existe entre la parole et la pensée, C'est la pensée qui imprime à ia parole ce caractère élevé, supérieur entre tous, et dont l'homme est si légitimement fier. Pour qu'une langue se perfectionne, il suffit que les peuples qui la parlent aient grandi en conscience et en intelligence, en savoir et en dignité. Il en est de môme de l'individu. C'est pourquoi l'expression de Cicéron, vir bonus dicendi peritus, sera éternellement vraie. En réalité, toutes les langues n'offriront pas toujours les mêmes ressources littéraires. Tel idiome se prêtera plus spécialement à un genre de littérature que tel autre. Mais Phomme dont la pensée a acquis une élaboration supérieure, finit infailliblement par triompher de ces difficultés.

En effet, les langues, se décomposant en leur plus simple contexture, n'offrent d'abord que le squelette inanimé des thèmes verbaux ou nominaux qui, par des combinaisons de linguistique, le plus souvent inconscientes, spontanées, prennent chair et sang. La pensée leur communique la vie en y apportant ses formules. Les plus heureuses néologies nous viennent souvent dans un moment d'enthousiasme, sans que la conscience ait rien fait pour en contrôler la conception. Ce sont d'ordinaire les meilleures. Ce qui a concouru à leur création, ce qui leur donne la forme, c'est le cœur de l'écrivain, c'est sa vie intellectuelle exaltée en

(1) ïfaéod, Waitz, Anthropologie der Naturvolker, Leipzig, 1859.

puissance par l'ébranlement du mens dimnior ! Aussi la grammaire d'une langue a-t-elle une importance autrement sérieuse que sa morphologie lexicographique.

Cependant, pour étudier la ressemblance qu'il peut y avoir entre diverses langues, ce ne sont pas les détails grammaticaux tels que la théorie des racines pronominales, les règles de la permutation littérale, les altérations phonétiques, etc., qui doivent attirer l'attention. C'est plutôt la logique de la phrase. «Nous ne pensons pas au moyen des mots, mais au moyen des phrases, dit Waitz; aussi pouvons-nous affirmer qu'une langue vivante consiste en phrases et non en mots. Mais une phrase n'est pas formée de simples mots indépendants. Elle consiste en mots qui se rapportent les uns aux autres d'une façon particulière, de même que la pensée qui leur correspond ne consiste pas en idées indépendantes, mais en idées si bien liées qu'elles forment un tout et se déterminent mutuellement les unes les autres (1). *

« C'est par la conception de la phrase que les langues se ressembleront ou différeront, dit encore Say ce (2). »

Eh bien, si l'on veut étudier à ce point de vue les principales langues de l'Europe, que de dissemblances ne trouvera-t-on pas entre les idiomes des peuples que les anthropologistes ont continuellement, et sans doute à juste titre, considérés comme appartenant à un seul groupe ethnique ! Quand on examine la phraséologie de la langue allemande avec ses règles de construction si différentes du français, on est tenté d'admettre que, pour la logique de la phrase il y a peut-être plus de distance entre ces deux langues, toutes les deux infléchies, qu'entre la première et le turc, qui est pourtant une langue aggiutinative. Prenons, par

(1) Théod. Waifz, loco citato, p. 246.

(2) A. H. Say ce, loco citato, p. 107.

(2) - di -

- 1er.

Ils

exemple, cette phrase française : « Ils n'étaient pas amenés à s'aimer l'un l'autre. » Elle se rend en turc par les mots suivants sous lesquels je place les mots français correspondants, autant qu'il m'a été possible de le faire, sans avoir particulièrement étudié le turc, en suivant seulement les indications données par le savant orientaliste Fr. Lenormant*

Sev — isch — dir -—il — me

Aimer l'un et l'autre, faire être ne pas»

Il faut lire : « Sev-isch-dir-il-me-r-di-ler », en agglutinant toutes les autres racines modales avec sev.

La même idée exprimée en allemand se rendra par cette phrase.

Minanâer zu lieben, waren sie nicht gemacht tvorden. L'un l'autre pour aimer étaient-ils pas faits devenus.

On voit du premier coup que l'ordre logique de la phrase

allemande se rapproche bien plus de la phrase turque que de la phrase française. Si la race germanique était plus brune que la race celtique, dont la majeure partie de la France est peuplée, d'après les ethnologistes, on pourrait croire qu'il y a une parentée ethnique plus grande entre le Turc et 1* Allemand, qu'entre celui-là et le Français. Mais au point de vue de la couleur et suivant les classifications anthropologiques, c'est le contraire qui est vrai.

(1) Signe du participe présent. Sev-mek signifiant aim~er, en changeant le signe de l'infinitif, meh, en er ou (e) r ou a sev er qui signifie aimant.

(2) Signe de l'imparfait: sev- er-im signifiant « j'aime», sev-e-rdim signifiera «j'aimais », Il faut aussi remarquer que îa dentale d marque ici le passé comme il en est dans les langues aryennes où t et d sont les signes caractéristique du passé, suivant que Ta démontré Burnouf dans la savante préface de sa grammaire grecque. En allemand l'imparfait de Pindicatif et le passé défini ont la même forme et ne se distinguent que par la contexture de la phrase.

En laissant la construction logique de la phrase, on peut encore faire une remarque sur la conjugaison du verbe Ure. C'est le verbe par excellence, puisqu'au point de vue psychologique, on ne peut concevoir renonciation d'aucune idée, d'aucune pensée, sans y impliquer ce verbe, le seul qui subsiste par lui-même, en exprimant l'affirmation. La conjugaison d'un tel verbe ou le rôle qu'il joue dans la conjugaison des autres verbes, dans une langue quelconque, doit avoir une certaine relation psychologique avec le mode de conception des peuples parlant cette langue. Eh bien, une particularité fort curieuse existe là-dessus dans l'allemand et l'italien qui se distinguent, sous ce rapport, de tout le groupe linguistique de l'Europe occidentale. En ces deux langues, au lieu d'employer l'auxiliaire avoir, exprimant l'action, dans les temps composés du verbe être, ce sont les temps correspondants de ce verbe même qui en tiennent lieu. — En français, on dit : « j'ai été » ; en anglais, « I hâve been » ; en espagnol, « yo he sido ou he estado» ; mais en allemand et en italien, on dit : ick Un gewesen et io sono stato, c'est-à-dire je suis été. Or, au point de vue ethnologique, il n'y a pas de doute que les Italiens sont à une plus grande distance des Allemands que les Anglais. Sans doute, il y a une certaine compensation au point de vue lexicologique. Il y a peut-être plus du tiers des mots anglais dont la forme diffère si peu des mots allemands que la science la plus élémentaire, des permutations linguistiques suffit pour les transformer les uns en les autres. Au point de vue de la construction grammaticale, pourtant, et pour Tordre syntaxique de la phrase, l'anglais se rapproche beaucoup plus des langues d'origine latine et surtout du français.

Ce sont des faits qui prouvent surabondamment que les langues, dans ce qu'elles ont d'essentiel, s'adaptent mieux au caractère social, à la civilisation qu'à la race. Le peuple

anglais, quoique d'origine saxonne, forme avec le peuple français le noyau du groupe occidental, dont l'esprit, les tendances psychologiques diffèrent sans doute, mais s'écartent encore davantage de l'esprit et des inclinations morales de l'Allemand. Celui-ci, malgré le grand et subit développement intellectuel dont il fait preuve, reste, au point Je vue psychologiue, comme l'intermédiaire placé entre la civilisation qui s'arrête au régime autocratique de Ja Russie, d'une part, et celle de l'Europe latine qui, même dans ses défaillances, tourne encore ses regards vers la liberté, de l'autre. On en trouve ïe signe évident dans son amour excessif de l'autorité et la déification de la force qui semble être une floraison spéciale à son esprit national et le but invariable de ses aspirations.

Il est même curieux d'observer dans l'allemand, une particularité linguistique qu'on ne rencontre que dans certaines langues de l'Orient, c'est l'harmonie vocalique, c'est-à-dire une tendance à rendre toujours la vocalisation homophonique. La majeure partie des mots allemands, surtout dans leurs désinences, s'adaptent en effet à une phonologie semblable. Le son en, par exemple, (prononcé èn\ sans nasalité) domine démesurément dans cette langue. L'infinitif de. tous les verbes, la première et la troisième personne du pluriel de tous leurs temps, la majeure partie des noms, au pluriel, les épïthètes adjectives, précédées de l'article défini, se terminent toujours en en. Le génie de la langue étant d'adresser la parole à la troisième personne du pluriel, on prévoit combien souvent ce son revient dans le discours." C'est à ce point que l'on peut attribuer à cette particularité la grande difficulté que l'étranger éprouve à distinguer les mots qui se succèdent dans la bouche d'un Allemand parlant avec précipitation, comme c'en est d'ailleurs l'habitude. Il n'y a que la ressource de l'accent tonique qui puisse aider

à discerner les paroles et leur sens ; mais c'est la dernière conquête et la plus difficile pour celui qui n'est pas né ou, pour le moins, n'a pas grandi en Allemagne.

Une autre particularité des plus remarquables que Ton rencontre dans certaines langues agglutinantes, ce sont les mots kolophr astiques, c'est-à-dire renfermant toute une phrase, par l'agglutination de plusieurs termes plus ou moins modifiés. Ainsi, dans la langue mexicaine, le nom de lieu Aehickiîlacachocan signifie (1) : « le lieu où les hommes pleurent parce que l'eau est rouge. »

Presque toutes les langues américaines et la plupart des idiomes hyperboréen s offrent des formes linguistiques semblables. On a fait la remarque que la trace s'en retrouve peut-être dans l'italien et l'espagnol, qui sont des langues flexionnelies et analytiques. Les mots ainsi formés se constatent aussi dans l'allemand, suivant une composition souvent arbitraire; il en est de même pour le grec. Il faut citer surtout le vers suivant du poète Phrynichus, écrit en un seul mot et presque intraduisible :

Il a attiré l'attention de Victor Hugo qui en fait une mention spéciale dans son William Shakespeare, œuvre de critique savante et de profonde érudition.

En réfléchissant sur les résultats que donne l'investigation glottoïogique dans r étude des races humaines on ne saurait conserver la moindre illusion. La linguistique ne peut rien affirmer sur l'origine des nations. Moins encore elle peut nous aider à les classer en groupes naturels ayant des bases zootaxiques qui réunissent un caractère suffisamment scientifique.

Quelle que soit l'assurance que mettent les savants à

(1) F. Lenormant, loéo citato, p. 349.

parler des races et de leurs aptitudes, leurs déductions ne sont-elles pas d'avance frappées d'un cachet de routine et d'empirisme, quand les investigations préalables offrent un si piètre résultat ? Leur interprétation pourrat-elle jamais être considérée comme le dernier mot delà science? Plus ils insisteront dans leurs conclusions absolues, luttant contre l'évidence, appuyés sur des procédés aussi imparfaits et d'une application aussi incertaine que ceux que nous avons déjà vus, plus ils perdront de leur prestige, plus ils prouveront enfin leur incompétence, en compromettant le crédit d'une science qui est encore dans les langes, mais dont l'avenir est infiniment respectable. Mais l'anthropologie, qui est impuissante à nous indiquer les délimitations précises qui séparent un groupe humain d'un autre, sera-t-elle mieux éclairée dans la solution d une question beaucoup plus complexe et ardue? Sera-ce en son nom qu'on prononcera dogmatiquement l'inaptitude congénitale et irrémédiable de la plupart de ces mêmes groupes à en égaler d'autres? Peut-on jamais déterminer les qualités spécifiques, avant la détermination de l'espèce? En bonne logique, cela paraît absolument impossible. La scolastique qui ne mérite pas toujours le mépris systématique dont le vulgaire ignorant l'accable, démontrerait avec évidence que l'être doit précéder la manière d'être. Modus essendi sequitur esse, disait 1 école. Mais les savants, dont la dialectique est si serrée lorsqu'il faut défendre leurs, opinions contre les théories qui leur sont opposées, ne se gênent pas pour si peu.

Nous allons donc voir comment ils essayent, dans, l'obscurité même de la science, — in logo d'ogni luce muto,-

de trouver le moyen de mesurer et de comparer les qualités les plus profondément cachées dans la nature humaine, telles que l'intelligence et la moralité, les seules

qui rendent les hommes vraiment supérieurs les uns aux autres.

La conception d'une classification hiérarchique des races humaines qui est une des créations doctrinales des temps modernes ou plutôt du siècle que nous parcourons, sera sans doute, un jour, la plus grande preuve de l'imperfection de l'esprit humain, et surtout de la race orgueilleuse qui Ta érigée en doctrine scientifique. Mais elle ne mérite pas moins la peine d'être étudiée. Aussi prionsnous le lecteur de ranimer ses forces épuisées par ie long examen çles notions si variées et si contradictoires exposées jusqu'ici, pour nous suivre dans la partie de cet ouvrage qui constitue plus spécialement le but de nos recherches et où nous devons aborder le point fondamental de notre démonstration !

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