‹ De l'égalité des races humainesChapitre 29 sur 78 · POIDS DE L'ENCÉPHALE DANS LES DIVERSES RAGES · texte numérisé non relu

POIDS DE L'ENCÉPHALE DANS LES DIVERSES RAGES

Nous emprunterons à l'ouvrage si complet de M. Topinard la liste suivante de pesées du cerveau. Elle groupe ensemble plusieurs variétés de l'espèce humaine, et on pourra y étudier aisément les oscillations d'une race à une autre race. Le savant professeur ne la présente d'ailleurs que sous des réserves expresses. « ..... Mais ce qui enlève toute sécurité à la comparaison du poids du cerveau dans les races, dit-il, ce sont les variations individuelles si capricieuses et subordonnées à tant de circonstances extérieures, de l'intelligence primitive et secondaire, ou mieux encore de l'activité cérébrale, quelles que soient la direction et les manifestations physiologiques (1)* »

(1) Topinard, loco oitato, p. 319.

Dans cette liste, les noms entre parenthèse indiquent les anthropotogistes qui ont opéré le pesage.

105 Anglais et Ecossais (Peacock) 1427sr

28 Français (Parchappe) 1334

40 Allemands (Huschke) . 1382

18 Allemands (Wagner) 1392

50 Autrichiens ("Weisbach) 1342

1 Annamite (Broca). ...'.>..» 1233

7 Nègres africains (Divers) 1238

8 — — (Broca) ......... 1289

1 Noir de Pondichéry (Broca) ....... 1330

1 Hottentot (Wyman). 1417

1 Nègre du Cap (Broca) 974

j'omets, comme inutiles ici, les pesées de cerveaux de femmes, tout en remarquant que le poids du cerveau des Négresses d'Afrique de Peacock (1232 gr.) est supérieur à celui du cerveau des Françaises de Parchappe t(1210 gr.).

Ce qui ressort le plus clairement de l'examen de ces chiffres, c'est que le poids du cerveau n'est nullement en corrélation constante avec les différences ethniques. Le poids du cerveau du Hottentot de Wyman se fait remarquer du premier coup d'œil. En le citant, M. Topinard a écrit en note les réflexions suivantes : a Ce poids exceptionnel chez un nègre est dépassé par l'un des cerveaux de Nègres de M. Broca, qui s'élève à 1,500 grammes. N'est-ce pas le cas de se demander si le Nègre libre, vivant dans un milieu européen, n9a pas un cerveau plus lourd que s'il était resté dans ses forêts, loin d'excitations intellectuelles plus fortes? * Ces paroles sont particulièrement remarquables dans la bouche du disciple bien-aimé de l'illustre Broca. En réfléchissant sur leur portée logique, le savant auteur de l'Anthropologie devait y trouver la condamnation catégorique du système qui divise les groupes humains

en races supérieures et races inférieures. Mais, pour les hommes d'école, il est écrit qu'en anthropologie on ne fera jamais cas de la logique.

Il faut encore ajouter que Wagner, en Allemagne, et Sandifort B. Hunt, aux États-Unis, ont rencontré un maximum de 1507 gr. parmi les cerveaux de Noirs africains ; Mascagny en a même trouvé un de 4587 grammes- Or, le minimum du poids du cerveau chez les Blancs européens descend jusqu'à 1433 grammes, d'après Broc^, et on en trouve de bien inférieurs à ce chiffre.

Encore bien que le poids du cerveau ne doive point nous paraître d'une trop grande valeur, au point de vue de l'influence qu'il exerce sur les actes de cérébration, ce sont là des faits dignes d'être constatés.

Une autre liste quelque peu curieuse est celle des pesées faites par M. Sandifort B. Hunt (1), en partageant les groupes en blancs purs, eh métis, de différents degrés et en noirs purs.

La voici :

24 Blancs < . 1424îp*

23 Trois quarts de blanc 1390

47 Demi-biancs ou mulâtres. 4334

54 Un quart de blanc. . ............ 1319

95 Un huitième de blanc. ........ c . . ■ 430§

22 Un seizième de blanc 1280

141 Nègres purs.. 1331

Il y a surtout à remarquer dans ce groupement, que s'il fallait en accepter les chiffres comme l'expression exacte des faits, le blanc serait en tête de la hiérarchie; après lui viendrait le quarteron, le mulâtre ne serait pas plus intelligent que le nègre; mais les nuances intermé-

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(1) Negro as a sotdier, cité par M.Topinard. L'Anthropologie^ p. 321.

diaires, telles que le cabre, le griffe et le sacatra, seraient positivement inférieures au nègre pur. M. Topinard y fait les réflexions suivantes : « Ne semble-t-il pas en résulter que le sang blanc, lorsqu'il prédomine chez un métis, exerce une action prépondérante en faveur du développement cérébral, tandis que la prédominance inverse du sang nègre laisse le cerveau dans un état d'infériorité visà-vis même du nègre pur ? Ce qui laisserait croire que les métis prennent le mal plus aisément que le bien. *

Sans le ton suppositif employé dans la dernière phrase, on pourrait la croire signée par M. de Gobineau. Mais M. Topinard se laisse rarement prendre en défaut, sous le rapport d'une sage circonspection. Quand il sera question du métissage, nous verrons d'ailleurs ce que d'autres pensent et ce qui en est réellement.

Je ne veux pas terminer cette étude comparative du cerveau dans les diverses races humaines, sans citer quelques paroles de Broca qui corroborent merveillleusement tout ce qu'on vient de lire. «Personne n'a prétend u,dit-ii, qu'il y a un rapport absolu entre le développement de l'intelligence et le volume ou le poids de l'encéphale. Pour ce qui me concerne, j'ai protesté de toutes mes forces et à plusieurs reprises contre une pareille absurdité ; j'avais même écrit d'avance cette partie de mon discours, afin que ma manière de voir, exprimée en termes très catégoriques, ne pût donner lieu à aucune équivoque, et j'avais terminé par la phrase suivante que je demande la permission de vous relire une seconde fois : « Il ne peut donc venir à la pensée « d'un homme éclairé de mesurer l'intelligence en meso- « rant l'encéphale (1). »

L'opinion du maître a été bien clairement exprimée.

(1) Voir Topinard, Ze poids de Vencéphale in Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 2e série, t. III, p. 29.

246 DE I/ÉGAUTÉ

Réunie à tout ce qui a été précédemment exposé, elle prouve jusqu'à l'évidence que le poids de l'encéphale n'a pas une signification de bien haute valeur dans la comparaison qu'on voudrait faire des aptitudes intellectuelles de chaque groupe ethnique. Mais en supposant même qu'il ait toute l'importance que certains anthropologistes paraissent y attacher, le résultat des pesées ne prouve aucunement que le cerveau du Caucasien soit constamment supérieur à celui de l'Éthiopien.

Ici encore, la conclusion est contraire à toute systématisation, tendant à diviser les races en inférieures et supérieures. ■ -i

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