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chose que a le regnicole », a le natif de l'Egypte» ; quant à leur nom national, les anciens Egyptiens se nommaient plutôt Khêmi(i), mot qui signifie a visage brûlé », tout comme AîOiwteç.
En tout cas, il ne faudrait nullement croire, comme l'ont affirmé plusieurs, d'après quelques inscriptions où l'orgueil national tâche toujours de rabaisser les peuples avec lesquels on est en rivalité, que les Egyptiens tenaient en grand mépris les autres Noirs de l'Afrique. Brusch, dans une dernière édition de son histoire d'Egypte, dit que dans un papyrus de Boulacq, découvert par Mariette, il est question de la grande sociabilité des Nahasiou et de la facilité avec laquelle ils apprenaient la langue de l'Egypte (2). Pour que les Retous, a lors les seuls représentants de la civilisation dans les régions méditerranéennes, aient pu faire une telle remarque, il faut qu'ils aient trouvé dans ces Na'hasiou, des dispositions bien supérieures aux autres peuples qu'ils avaient aussi vus de près.
François Lenormant dont les derniers travaux ont été la refonte de son Histoire ancienne de VOrient, mise absolument au courant des dernières acquisitions de la science, affirme que les Ethiopiens ressemblaient tellement aux Egyptiens qu'on peut les regarder comme formant la même race (3).
Encore que l'illustre assyriologue, pour ne pas rompre ouvertement avec l'orthodoxie, ait continué à, parler des Éthiopiens comme de peuples non-nègres, il faut prendre note de son affirmation principale qui seule nous intéresse ici. Il n'est, d'ailleurs, ni le seul ni le premier à proclamer cette parfaite ressemblance que le parti pris seul empêche
(i) Léon de Rosny, Congrès intern. des sciences ethnogr.y tenu à Paris, 1878, note 3 de la page 174.
(2) H. Brusch, Histoire d'Egypte. Leipzig, 1875.
(3) F. Lenormant, loco citato, tome I, p. 266.
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la plupart d'avouer. Ce qu'il voyait par la comparaison des types représentés sur les monuments, d'autres l'ont vu en examinant en personne la physionomie actuelie des peuples qui représentent ces anciennes races dans Jes parages du Haut-Nil. « Plus on remonte le Nil, dit J.-J. Ampère, — qui n'était aucunement unnégrophile, — plus on trouve de ressemblance entre les populations qui vivent aujourd'hui sur ses bords et la race antique, telle que les monuments la représentent et que les momies l'ont conservée. M. Caillaud, en voyageant dans la Haute-Nubie était à chaque instant frappé de cette ressemblance. Larrey a trouvé les crânes des momies fort semblables à ceux des Nubiens actuels. Ceci tendrait à confirmer l'opinion généralement établie d'après laquelle la race égyptienne serait descendue de l'Ethiopie en suivant le cours du Nil (1). » Aussi dans un élan de poétique érudition, a-t-ii écrit ces vers que je cite pour prouver que cette remarque l'avait particulièrement frappé :
Les cheveux noirs nattés, les femmes nubiennes, Traînant leurs amples vêtements, Ressemblent aux Égyptiennes Qui décorent les monuments (2).
Revenant à l'opinion qui fait descendre les Egyptiens de l'Ethiopie, opinion d'autant plus rationnelle que nous savons par l'histoire générale des migrations ethniques, que les nations suivent toujours les cours des fleuves dans le développement de leur civilisation et les remontent rarement, il faut citer un passage de Diodore de Sicile. « Les Ethiopiens, dit-il, affirment que FEgypte est une de leurs colonies*. Il y a des ressemblances frappantes entre les usages et les lois des deux pays : on donne aux rois le titre
(1) J.-J. Ampère, Voyagé en Egypte et en Nubie, p. 55,
(2) J, J. Ampère, Heures de poésie.
Ci :
de dieux; les funérailles sont l'objet de beaucoup de soins; les écritures en usage dans l'Ethiopie sont celles même de l'Egypte, et la connaissance des caractères sacrés réservée aux prêtres seuls de FEgypte était familière à tous les Ethiopiens (1). »
C'est d'une telle clarté et le raisonnement est si iuste qu'il faudrait y avoir un intérêt bien ardent, pour continuer à nier ce qui paraît ici avec une telle évidence. L'opinion de M, Ollivier Beauregard, quoique plus large, se rapproche positivement des passages précités, relativement à l'origine des anciens Egyptiens, a Assise entre deux mers, dit-iî, flanquée de déserts de sable et de collines arides, fermée au Midi par des montagnes inhospitalières, elle. (l'Egypte) n'a pu avoir pour premiers habitants que des Aborigènes, ou quelques peuplades autochthones de la Nubie que le fleuve « le Nil » a portées chez elle, ou bien encore les peuplades autochthones de la Lybie que le fleuve <* le Nil », dont alors ces peuplades voyaient périodiquement passer une partie des eaux chez elles, devait nécessairement attirer vers la vallée du Nil (2). »
Ces suppositions tendent toutes- à rattacher les Retous ou anciens Egyptiens à une souche de type nigritique. Il semble fort difficile maintenant de revenir à l'opinion de Morton. Aussi, malgré ses premières hésitations, Lepsius a-t-il fini par reconnaître au moins que la race autochthone de l'ancienne Egypte était nojre (3). Incapables de nier ce double fait, — la communauté de race entre les Ethiopiens et les Egyptiens, ainsi que la couleur noire de ces deux peuples, — on imagina pendant quelque temps un nouveau moyen de retirer encore à la
(1) Diod. de Sicile, livre III, ch. VIII.
(2) Rich. Lepsius, Zeitschrift der deuthschen morgendlœndischen GeseUsehaft, 1870, p> 92.
(3) OÏL Beauregard, looo citato, p, 59Ô-597»
race noire africaine la gloire d'avoir produit la civilisation antique qui a fleuri sur les bords du Nil.
« Les Ethiopiens, dit M. Jules Soury, n'habitèrent pas toujours l'Abyssi nie; ils n'y ont passé qu assez tard par le détroit de Bad-el-Mandeb (1). » Cette opinion est plus ancienne que fondée. Euzèbe, évêque de Césarée, l'Hérodote de l'histoire ecclésiastique, avait déjà écrit : Ethiopes ab Indo flurnine consurgentes, juxta Egyptem consederunt, en faisant des anciens habitants de l'Ethiopie et de l'Egypte une colonie hindoue. D'autres savants modernes, tels que le baron d'Eckstein et Wilkinson, ont semblé s'y rallier; mais non-seulement rien n'autorise sérieusement de telles conjectures, îl faut encore se demander si les Indiens noirs sont des blancs? Sans nous y arrêter maintenant, qu'il me suffise de citer l'opinion de l'un des plus savants visiteurs de l'Afrique à l'égard des liens ethnologiques qui existent entre les anciens Egyptiens et les autres peuples du continent noir.
« Les Rétus égyptiens qui, après la chute de leur Immense empire, ont eu à supporter tant d'invasions étrangères, dit Hartmann, se sont mêlés, après la conquête musulmane, sous Amr Ibn-el-Asi, avec les Perses, les Grecs, les Syro-Arabes et même les Osmanlis. Ces croisements de races continuent aujourd'hui avec l'adjonction de 1 élément nigritien. Ainsi le type primitif de la population s'est sensiblement transformé ;< mais le sang des Rétus s'y est conservé à un degré considérable... Le type des Rétus se retrouve chez les Berabras, les Bedjas et les Nigritiens ; il est enraciné dans la race africaine (2). »
Sans doute, on pourrait s'arrêter ici et s'étayer de tant d'autorités pour affirmer que les anciens Egyptiens, les
(1) Jules Soury, Études historiques,
(2) Hartmann, Les peuples de V Afrique, p. 16 et 63.
vrais Retous étaient des Africains noirs, tout comme les autres Nigritiens. Mais cette question, qui n'offre aucune matière à discussion, tant la vérité paraît y être claire, évidente, ne saurait trop occuper notre attention. Je la considère, pour ma part, comme un point capital contre la doctrine de l'inégalité des races; car il suffirait qu'on convînt de l'origine éthiopique des anciens civilisateurs de l'Egypte, pour qu'on reconnaisse forcément l'aptitude générale de toutes les races au développement du génie et de l'intelligence. Aussi passerai-je sans aucune fatigue à un autre ordre de faits qui militent hautement en fagi veur de la tradition historique qui fait descendre les Egyp-
tiens du fond de l'Ethiopie.
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FLORE ET FAUNE DE l'ëGYPTE ANCIENNE.
On sait que pour certaines espèces animales ou végétales, surtout les dernières, les aires géographiques sont restreintes en des milieux déterminés où les individus prospèrent naturellement. Lorsqu'ils sont transportés dans une autre zone, ils languissent et meurent, s'ils ne sont pas l'objet de soins particuliers.
Etant Fobjet d'attentions soutenues, ces espèces peuvent s'acclimater et développer dans un nouveau milieu la même exubérance dont elles sont douées dans leur milieu d'origine. Mais pour cela, il faut que par une cause ou par une autre, elles fassent nécessité à l'homme lequel les surveille et les protège spécialement, dans les premiers temps, et continue à le faire sans y penser, dans, la suite. Sans quoi, ne pouvant plus lutter contre les difficultés du milieu, en outte à d'autres espèces mieux adaptées ou plus protégées, elles cèdent peu à peu le terrain et disparaissent enfin, vaincues dans le grand combat pour la vie dont
Darwin a si savamment analysé les poignantes péripéties* D'autre part, on peut faire une observation tout aussi importante. Dans les commencements de la civilisation, à l'époque où l'on n'avait point encore les facilités et les moyens qui font la grande puissance des temps modernes, on ne se servait que des choses qu'on trouvait sous la main. Quand les peuples primitifs ont procédé à leurs premières inventions, ils ne pouvaient donc employer que les objets qu'ils trouvaient naturellement à leur portée. Ainsi pour les besoins matériels, ainsi pour le reste»
Or, en étudiant la faune et la flore africaines, on s'aperçoit bientôt que la plupart des végétaux ou des animaux qui servaient principalement au culte des Égyptiens ou aux besoins les plus urgents de leur vie quotidienne, sont originaires de l'Ethiopie. N'est-il pas naturel de supposer qu'on a commencé a s'en servir tout d'abord dans cette dernière contrée et que, de là, ils furent transportés en Egypte,* où ils ne se fixèrent que par la culture? Si on admet cette supposition, il faut convenir que les Egyptiens sont réellement sortis de l'Ethiopie avec ces- différentes espèces de végétaux ou animaux, sinon qu'ils ont eu des rapports tellement étroits avec les Ethiopiens et subissaient à ce point leurs influences, qu'ils adoptèrent toutes leurs pratiques. Cette conclusion tomberait en parfaite conformité avec la remarque de Diodore de Sicile, à l'égard des écritures sacrées généralement connues dans l'Ethiopie et réservées aux seuls grands prêtres de l'Egypte.
Commençons par le papyrus qui est un produit dfune grande importance, étant le principal moyen employé pour fixer l'écriture dans le commerce usuel et habituel des hommes de l'Egypte et du pays de Koub. a Le papyrus (cyperis papigerifera) si célèbre pour la fabrication du papier, dit Hoëfer, est aujourd'hui très rare en Egypte. Jadis
si abondant dans le Delta, il se trouve maintenant relégué aux bords de quelques lacs ou rivières de la Nubie, de VAbyssinie ou du Soudan (1). »
On ne sait au juste depuis quelle époque cet état de choses a commencé d'exister. Peut-être pourrait-on attribuer le refoulement vers le midi de cette esoèce de souchet à un changement climatérique. Mais cette hypothèse ne peut longtemps se soutenir, quand on pense que le papyrus se peut rencontrer encore aux environs de Syracuse, en Sicile, île située beaucoup plus au nord que l'Egypte. Tout autorise donc à croire que le papyrus antiquorum fut introduit en Egypte par les Ethiopiens et que la plante n'a pu s'y conserver qu'autant qu'on s'en est spécialement occupé. Le jour qu'elle eut perdu son importance et qu'elle fut négligée, elle fut du même coup condamnée à disparaître. Cependant tout aussi négligée dans la Nubie, l'Abyssinie et la partie orientale du Soudan, pays qui forment l'ancienne Ethiopie, elle vit et prospère, étant dans son domaine naturel.
Le Lebka que les anciens confondaient avec le Persea et qui, suivant Delisle (2), doit être rapporté au genre ximenia œgyptiaca de la famille des Oléacinées, est un arbre qui servait, pour la meilleure partie, à la nourriture des ancens Egyptiens. Déjà rare à l'époque où Abd-AUatif voyagea en Egypte (XIIe siècle), il y est aujourd'hui presque introuvable. On le retrouve pourtant dans la Nubie et TAbyssinie (3).
Le lévrier antique (canis leporarius œgypticus), tel que le représentent les monuments, s'est propagé jusqu'à nos jours. Rare dans la Basse-Egypte, on le rencontre assez
(1) Ferd. Hoëfer^ ffist. de la Botanique.
(2) Delisle, Mémoires de V Académie des sciences, 1818.
(3) Hoëfer, ouvrage cité*
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fréquemment dans la Haute-Egypte, en Nubie, au Sanaar et en d'autres contrées de l'Afrique centrale et orientale. Remarque curieuse! les habitants de ces régions ont conservé la coutume de lui couper la queue et les oreilles, comme on en voit l'image dans les peintures égyptiennes (1).
Tous ces faits prouvent surabondamment que l'Egypte ancienne, encore qu'elle se soit toujours et systématiquement isolée des peuples de l'Asie antérieure et de l'Europe méridionale, n'a pas observé le même éloignement pour les populations africaines avec lesquelles elle a eu mille traits communs, tant pour les mœurs et la religion populaire (2), que pour les particularités linguistiques. Le même ordre de faits a dû attirer l'attention de César Cantu. « Certains objets adoptés pour le culte égyptien sont, dit-il, originaires de Nubie, comme la marjolaine (3) consacrée à Ixis et l'ibis (4) qui ne descend de ces parages que lors du débordement du Nil (5). » « M. Caillaud, fait aussi observer Ampère, n'a rencontré qu'en Nubie l'ibis noir et le scarabée sacré (6), objet du culte des anciens Egyptiens (7). »
On sent, à chaque pas que l'on fait dans ces investigations historiques, que la vérité prend un éclat nouveau, fait pour éclairer l'esprit le plus incrédule. C'est ainsi que dans une intéressante étude qu'a faite M. Hamy sur Les
(1) Idem, Histoire de la, zoologie*
(2) Le culte des animaux est encore très commun en Afrique. Bosman a remarqué ce fait que Jes serpents sont adorés à Fida, dans la Guinée, tenus dans une enceinte à part, comme faisaient les anciens Egyptiens. Voyez Bosmac, An essay on the superstitions, customs and art, commons to the ancient Egyptians.Abyslinians und the Asohantees.
(3) Origanum majorana.
(4) Numenius Ibis de Cuvier.
(5) César Cantu, ouvrage cité»
(6) Scarabeus ateuchus.
(7) Ampère, looo cit., p. 336. t
chevets des anciens Égyptiens, le savant conservateur du musée d'ethnographie du Trocadéro, conclut à l'origine éthiopienne de la civilisation de l'ancienne Egypte. Qu'il me soit permis de citer ses propres expressions. * Le chevet est donc essentiellement chamitique ou si Ton aime mieux éthiopien, dit-il, et son emploi chez les anciens habitants de l'Egypte apporte» comme tant d'autres faits ethnographiques qu'il serait impossible d'énumérer ici, une démonstration très péremptoire à l'appui de l'origine chamitique ou éthiopienne de la civilisation égyptienne (1). »
La parole de M. Hamy a une autorité que nul ne peut méconnaître et ie me considère infiniment heureux d'avoir pu l'enregistrer en faveur de ma thèse, sans m'arrêter â examiner si l'anthropoiogiste classique continue systématiquement à distinguer les Éthiopiens de ce qu'il appelle les « véritables nègres ». Mais quelle que soit la somme des preuves que nous avons déjà offertes en faveur de notre thèse, nous continuerons encore à étudier cette question tant discutée, la considérant sous toutes ses faces, afin de démontrer que notre investigation ne manque rien de ce qu'il faut pour implanter dans chaque intelligence une conviction solide et sûre*