‹ De l'égalitéChapitre 102 sur 145 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

» où il ne îrouvait do plaisir que dans la méditation des pré- » coptes divins et des divins oracles ; où il n'avait aucune » pensée terrestre; où il se sentait un profond dégoût pour » les plaisirs, les richesses, et la gloire; où il se regardait » comme un homme ravi en esprit au-dessus de la terre. » II ajoute que quelques-uns, le voyant renoncer à sa première vie pour se jeter dans les emplois publics, « déploraient » son sort, comme celui d'un homme qui serait devenu aveu- » gle. Cependant, dit-il, je les rouvre ces yeux qu'on a crus » perdus, de peur que je ne passe toute ma vie dans les » ténèbres, comme un homme abandonné de Dieu. » Ne reconnaît-on pas là une ressemblance frappante avec l'Essénianisme même , tel que Josèphe et Philon nous le décrivent ? Il y a plus : d'où vient à Philon cette habitude d'ailégoriser sur l'Écriture qui se montre chez lui à chaque page? Ne viendrait-elle pas par hasard de l'Essénianisme? Ne nous représente-t-il pas, en effet, les Esséniens comme une école allégoriste, qui donnait à tous les faits de l'Écriture un sens métaphysique et moral ? Philon se trouve donc lui-même ressembler beaucoup aux Esséniens , et il les représente pour ainsi dire à plusieurs égards (1). Son Mosaïsme, bien caractérisé d'ailleurs, est unMosaïsme essénien. Or le Christianisme étant lui-même puisé en grande partie à la même source, tout se réunissait pour que des Chrétiens du quatrième et du cinquième siècle, comme Eusèbe et S. Jérôme, ne pussent pas échapper à l'illusion de prendre les contemplatifs esséniens décrits par un Juif imbu luimême d'Essénianisme pour des Chrétiens.

Maintenant que le lecteur ne peut pas se laisser détourner de la conséquence à laquelle je veux le conduire, en se

(1) J'aurai peut-être occasion d'en fournir plus loin d'autres preuves inécusables.

persuadant à tort que peut-être les témoignages que je cite ont été écrits sous l'influence du Christianisme, que soit Plîilon lui-même, soit les Esséniens dont il parle, avaient reçu de la prédication de Jésus une certaine modification et une impulsion toute nouvelle; maintenant, dis-je, que le lecteur ne peut avoir une pareille idée, puisque ces témoignages de Philon sont prouvés antérieurs au Christianisme, et que tous les autres écrits de Philon, qui sont bien juifs assurément, bien dévoués à Moyse sans restriction aucune, sont pourtant empreints plus ou moins du même caractère, je vais continuer à citer ce qu'il rapporte des Thérapeutes. Je supprime seulement de son récit tout ce qui est étranger au sujet qui nous occupe :

« Après avoir parlé de ceux des Esséniens qui pratiquent » la vie active, et qui me paraissent, je l'avoue, supérieurs » en tout aux autres hommes, ou du moins, s'il faut em- » ployer des ménagements pour dire ma pensée, supérieurs » sous une multitude de rapports , je me vois conduit » naturellement par mon sujet à parler de ceux qui ont » embrassé la vie contemplative (1). Je n'inventerai rien,

(1) Eïffoctwv ntpl 3i(/.\ix^îlç oi Tov TTyoaxTwàv è^vîAwîav x«l êitT:6-j-/t9o!.v èiov f ev aTraffjv, yi , xè yoùv eii-fop-riTÔrtpov stTTsiv, zoi^ n^.ziçon; /u-ipstiL ^«îvr/xôvTeî, auTt/a xai mpl twv Occopiixv àï7ïaora//.évwv, c(./.olo'jBi(/. tv), Trysay/xaTStas kTT6p.Z'J0ç, Ta Ttpo's-n/.o-jra /él&j. Montfaucon, voulant accommoder cette phrase, malheureusement pour lui trop claire et trop positive, à son sentiment que les Thérapeutes n'étaient pas des Esséniens, mais des Chrétiens, a été oblijçé d'en fausser le sens. Il traduit : « Après avoir parlé de la manière de vivre des Esséniens, » qui sont presque toujours occupés à des exeicices corporels, il est à propos » de parler maintenant d'u7ie sorte de gens qui consacrent toute leur vie a la » contemplation; » et il s'elForce de réfuter Scaliger, Blondel, Thomas Bruno, et tous ceux qui avaient pris le sens qui se présente si naturellement. Mais sa traduction est tout simplement un contresens : « Philon, dit à ce sujet Basnage » {IJist. des Juifs, liv. II. c. 23), voulant relever la gloire de sa nation, a » opposé aux philosophes grecs les Esséniens; et présentement, en remplissant » son plan, il y ajoute les Thérapeutes. Le second ouvrage est la suite de l'autre. » Il nous en assure; il veut seulement continuer ce qu'il a commencé, et faire » une suite de son premier dessein. 11 veut parler des Esséniens contemplatifs, » après avoir parlé des Esséniens actifs. Il faut donc que les Thérapeutes eussent » de la liaison avec les Esséniens : autrement l'ordre ne demanderait pas qu'on

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