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DEUXIÈME PARTIE

» il est juste que ceux qui sans hésiter s'emparent de la » vraie richesse, de la richesse qui voit clair, cèdent la ri- » chesse aveugle à ceux qui sont encore aveugles par leurs

essénicnne, parccqne cette société vivait en travaillant à l'aj^riculture et à d'atUres professions. Mais en Egypte, par exemple, où la société essénienne pratique ne s'était pas élablie, ils laissaient leurs biens à leurs enfants, à leurs parents, ù leurs amis, et se faisaient contemplatifs. Il me semble même que Ton s'explique par là tout naturellement celte espèce de vajçue qui est resté sur les deux ouvrages de Pliilon dont nous nous occupons, et qui a causé parmi les savants tant de diincultés et d'opinions dillérentes. (le nuage que Pliilon a laissé sur les rapports des Thérapeutes et des Esséniens était jusqu'à un certain point au fond des choses. Il n'a pas pu s'exprimer autrement qu'il n'a lait. En ellet, ces hommes qui en Egypte se faisaient Tliérapeutes étaientils Esséniens. On pouvait répondre oui et non. Ils Tétaient de doctrine, ils l'étaient de cœur, ils aspiraient à 1 être de fait, et ils le devenaient en se faisant tout-à-coup Thérapeutes, c'est-à-dire Esséniens sous un autre nom. Mais nés dans des familles esséniennes qui pouitant ne pratiquaient pas la communauté, ou bien sortis de familles pharisiennes ou saducéennes, livrés souvent à la profession du commerce, mariés, isolés avec leurs familles au milieu d'étrangers ou de Juifs qui ne partageaient pas leur croyance, ils se trouvaient forcés de vivre pendant longtemps de la vie individuelle el propriétaire : en ce sens, ils n'étaient pas Esséniens. La doctrine essénienne avait, en elFef, cet inconvénient et cette sorte d'infériorité par rapport au Phariséisme et au Saducéisme, qu'à l'instant où la communauté de vie n'était pas réalisée, le rite principal de cette doctrine, c'est-à-dire le l'epas commun, la Pàcfue-Euckaristie, n'ayant pas lieu, et n'étant remplacée par rien, celte religion s'elï'açail pour ainsi dire, et était primée par les deux autres, qui vivaient des pratiques légales. L'Israélite donc le plus tourné vers la vie spirituelle devait se faire Phansien, ou du moins se mêler aux Pharisiens, s'il voulait avoir un culte et une manifestation religieuse, s'il voulait agir religieusement sur ses compatriotes engagés dans la vie individualiste, et asservis aux pratiques et aux cérémonies. De là tant de Juifs, Esséniens de cœur et de doctrine, mais ostensiblement Pharisiens, comme Josèphe et Philon. Ces deux auteurs ne sem'olenl-ils pas, en ell'i-t, nous dire, ou plu lût ne nous disent-ils pas formellement : « L'Essénianisnie est la vraie religion, c'est le vrai et pur Mosaïsme : » et cependant l'un et l'autre étaient Pharisiens. Combien de Juifs pouvaient être dans le même cas ! Combien plus encore, n'exerçant aucune dignité dans les synagogues, pouvaient être Esséniens et faire profession de celle secte sans pratiquer la vie commune ! Or, en supposant qu'il en fût ainsi, n'est-il pas évident que ces Esséniens, de cœur seulement, devaient, à mesure que l'esprit religieux se développait en eux avec le couis des années, rejeter avec d'autant plus d ardeur la propriété, qu'elle était une infraction à leur croyance religieuse, el tendre d'autant plus vers la pure contemplation qu'ils avaient été retenus davantage dans les liens de la vie propriétaire? De là celle ardeur avec laquelle Philon nous les représente s'élançant dans la vie contemplative, et laissant à leurs enfants ou à leurs amis ces biens qu'ils avaient dans une sainte horreur, comme ayant trop longtemps entravé leur salut. Je pense donc, en dernière analyse, que les Juifs étant répandus en une multitude de lieux, la doctrine essénienne, une de leurs trois doctrines, et la plus religieuse selon Philon et Josèphe, était répandue partout avec eux, c'est-à-dire qu'elle avait en tout pays des adhérents |tius ou moins nombreux ; mais que la pratique pure de l'Essénianisme était concentrée en Judée, et dans un coin de la Judée, sur les bords de la mer Morte ; que les Esséniens mariés dont parle Josèphe, et qui habitaient aussi la Judée, pouvaient

» pensées (1). Après qu'il ont ainsi abandonné leurs biens, » n'étant plus retenus par aucune chaîne, ils fuient, sans «jamais retourner la tête derrière eux, laissant frères, en- » fants, épouses, père, mère, tous leurs parents, tous leurs » amis, les sociétés qu'ils fréquentaient, et les lieux où ils » sont nés et où ils ont été élevés; car ils savent que tout » ce qui nous tient par l'habitude nous tient fortement. Ils » fuient donc, mais il ne vont pas pour cela dans quelque » autre ville; il ne ressemblent pas à ces esclaves qui ob- » tiennent d'être vendus à de nouveaux maîtres, malheureux » qui ne font que changer leur servitude sans jamais la » rompre. Toute ville, en effet, même celle qui est régie » par les meilleures lois, est pleine de tumulte, de confu- » sion, de désordres infinis, que ne saurait supporter celui » que la sagesse a une fois touché. C'est hors des murailles » des villes qu'ils choisissent leur séjour dans des jardins et » des lieux sauvages et solitaires (2), cherchant la retraite, » non par une sorte de misanthropie, comme on pourrait » le croire, non pour fuir les hommes, mais seulement pour » éviter le commerce de ceux qui n'ont pas les mêmes pen- » sées et dont la fréquentation leur paraît inutile et dange- )) reuse. Cette société d'hommes est répandue en beaucoup » de lieux de la terre, et il était juste, en effet, que Grecs » et Barbares fussent participants d'un si grand bien; néan- » moins ils abondent davantage en Egypte, dans tous les

bien encore être soumis au r(;'gime presque absolu de la communauté ; mais qu'outre ceux-là beaucoup de Juifs partajçeaient la doctrine essénienne ù de moindres déférés, faisant effort pour atteindre à cette vie regardée par eui comme la seule religieuse et la seule morale, mais ne parvenant à la pratiquer que par un bvusque passage vers la vie contemplative que Philon nous décrit chez ces Thérapeutes.

(1 j 11 y a ici dans le texte une comparaison des Thérapeutes avec Démocrite et d'autres philosophes qui renoncirenl comme eux ù leurs biens pour se livrer à l'étude. Je supprime ces développements.

(2) Ce que Philon dit ensuite montre qu'ils allaient se joindre à d'autres solitaires qui avaient fait retraite du monde avant eux.

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