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DEUXIÈME PARTIE

» nomes, et principalement autour d'Alexandrie (1). Mais » de tous côtés (2) les plus distingués d'entre eux viennent, » comme si c'étaient là leur patrie, former une sorte de » colonie de Thérapeutes (3) dans un lieu admirablement » propre à ce genre de vie, et qui est situé au bord du Lac » Maria (/i), sur une éminence peu élevée. C'est un séjour » d'une sécurité parfiiite et oiî l'air est excellent. La sûreté » dont on y jouit vient de ce que tout alentour sont répandus » de nombreuses maisons de campage et des villages. Quant

(1) no^Aa^ou /Acv ouv Trii oixoy/Aïv/]? èçl to ^/'i-joi' ïSzi yàp v.'/u6où rz^.do'j jxz- -zv-iyû-t E).).«oa xai tôv Bà/sêa/sov. nAîovàÇst ^è èv Ki'^ùii'zoi y x«9' é'xaçov rdiv è7rtxa).ou/Aévwv vo/jtâiv, xai /aà/<ça. Ttzpl tvjv A'^îÇàvcî/Sctav. Au temps où Phiion écrivait, les Juifs étaient mêlés à toutes les nations : « La nation juive, dit-il, » dans un autre de ses ouvrages ( Légat, ad Caium ) , n'est point, comme les » autres nations, renfermée dans une seule contrée ; elle habite presque tout 1 l'univers, et s'est si fort multipliée en tout pays, que souvent le nombre des Juifs égale presque celui des habitants naturels. » A l'égard de l'Egypte, il est certain qu'ils y étaient en très grand nombre. Phiion nous apprend encore {in Flaccum) qu'ils occupaient seuls presque la moitié de la ville d'Alexandrie; or on sait qu'Alexandrie avait un million d'habitants, au rapport de Diodore de Sicile. Il y en avait aussi à proportion dans les autres provinces de l'Egypte, et dans celte partie de la Libye qui en est voisine, et qui prit môme d'eux le nom de Palaestiua Libyca.

(2) Ot Si Travraxéôiv ccpiçoi, ex omnibus locis optîmi. 11 est assez probable qu'il s'agit surtout ici de l'Egypte. Cependant, comme les Thérapeutes vivaient ainsi que nous le verrons toul-à-l'heure, en communauté, et formaient par conséquent des congrégations qui se trouvaient naturellement unies entre elles par le lien de l'Essénianisme, rien n'empêche de croire qu'il en venait à Alexandrie de tous les pays. Quant à ce mot à'/otçot, les meilleurs, on peut entendre également que c'étaient ks plus intelligents et les plus pieux. D'après les détails donnés plus loin par Phiion , il semble que c'étaient les plus extatiques ou les plus disposés à Vextase qui venaient résider dans celte congrégation du lac Maréotis. Mais on voit aussi, par ce qu'il rapporte, que c'étaient les plus savants, puisque l'occupation de ces solitaires était de composer des chants et des traités de philosophie religieuse.

(3) ©spa.TTîUT&iv KTrotxtav çéAiovTKf. Montfaucon traduit : « Ils envoyent ceux » d'entre eux, etc. » Mais çiXXo-JTv.i ne me paraît pas signifier positivement que ces Thérapeutes qui se rendaient au lac Maria y fussent envoyés par des supérieurs. Le mot çkXlofj.v.1 se dit proprement des vaisseaux appareillant pour se rendre à un certain lieu ; et c'est à cause de l'idée de colonie que Phiion s'en sert ici. Au surplus, comme il est certain, par ce que Phiion rapporte plus loin, que les Thérapeutes ne vivaient pas solitaires, mais en communauté, et qu'ils avaient par conséquent, comme les autres Esséniens, des chefs, des supérieurs, on peut très bien admettre le sens de Montfaucon, qui est aussi celui delà vieille version latine : Optimus quisque mittitur.

(Aj y'nzp /J/j.-jrtç Maotaç. C'est le lac célèbre d'Alexandrie, appelé Maréotis flans Ptoloraée et Maroa dans Slrabon.

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» à la pureté et à la douceur de l'air, elles résultent de ce » que des souffles de vent s'élèvent continuellement du lac » qui se jette dans la mer, et de la mer qui est à très peu de )) distance; les vents qui viennent de la mer sont secs, ceux )) du lac humides, et leur mélange donne le l'air plus favori rable à la santé. Leurs demeures sont fort simples, et » construites uniquement pour les préserver du chaud et du » froid. Elles ne sont pas serrées les unes contre les autres, » comme dans les villes; car ce n'est pas ce qu'il faudrait » à des gens qui aiment la solitude : mais elles ne sont pas )) non plus trop écarées, à cause de la communauté de vie )) qu'il pratiquent (1), et ahn qu'il puissent, au besoin, se » secourir mutuellement contre les voleurs. Chacun a sa » sainte retraite qui s'appelle Semnée et Monastère, et où, » seul et à part, il accomplit les mystères de la vie reli- » gieuse (2). Jamais ils n'y portent ni nourriture, ni boisson, » ni aucune des choses qui regardent les besoins du corps, » mais les lois et les oracles de Dieu révélés par les pro- )) phètes, des hymnes, et d'autres livres, par le culte et )) l'intelligence desquels ils s'élèvent et se perfectionnent. » Ils ont toujours présente à l'esprit la pensée de Dieu, » tellement que jusque dans leurs songes leur imagination » ne leur retrace que les beautés des perfections divines. » Beaucoup d'entre eux môme parient dans le sommeil (3), » interprétant dans leurs rêves les dogmes les plus pro-

(1) At' -^v àcTràÇovrai xstvwvt'av. Ceci est remarquable. Il est donc bien certain ([ue ces ïiiérapeulL'S, tout livrés qu'ils l'ussenl à la contemplation, pratiquaient cepentiant !a vie commune, comme les autres Esséniens. Montfaucoii n'a pas compris ce point; il traduit : « Leurs maisons ne sont pas trop éloi- » giiées , afin qu'ils puissent se visiter disémeul. »

(2) ExycTTW oi Içtv oï/.ny.v. izpo-i, b /.cfl-ÏTcf.t ^tu-jzïo-j xaè Movaçï;o£5v, iv ot u-O'/o^j'ii-jot. TV. 7vii ae/jVJoO èiou ij.uqr,pi.'A tÙov'Jtu.i,

(3) Uollol o\i-j Ar/.l i/.'kvlov'si-i h vnvoiç. Jl est assez tlilïicile de ne pas voir Vexidse dans ces hommes qui parlent en dormant, et qui iulerprêlein eu rêve les dogmes religieux.

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fonds do la philosophie sacr^io (1). Ils ont coutiimo de prier deux fois par jour, le matin et le soir; le matin au lever du soleil, demandant ce qu'on pourrait appeler et ce qui est véritablement le beau jour d'une belle journée, c'est-à-dire que leur àme soit remplie de la lumière céleste (2); et le soir quand le soleil se couche, afin que leur esprit, entièrement dégagé du poids des sens et des choses sensibles, et retiré dans sa propre demeure et comme dans son conseil secret, s'applique à découvrir la vérité. Tout le temps entre le matin et le soir est employé à la méditation. Car, lisant les saintes Écritures, ils cherchent la sagesse par la voie de l'allégorisme, sous les traditions et les emblèmes de la sagesse de nos ancêtres, regardant ce qui est contenu dans la lettre écrite comme autant de symboles d'une nature voilée, mais dont l'essence se manifeste dans les interprétations de notre esprit (3). Ils ont, en effet, beaucoup d'anciens ouvrages composés par ceux qui jadis ont fondé cette secte, véritables monuments de la science interprétative et allégorique, et dont ils se servent comme de modèles pour tenter de faire la même chose (A). Ils

(1) Ou de la religion : T/j? hoà^ t^ù.rj<:o-j>icf.i.

(2) Que le lecteur se rappelle ce que Josèplie dit de la prière des Esséniens au soleil levant. (Voyez plus haut, p. 183.)

(A) EvruyxàvovTîî '/à/? rot^ itp^ti-rr/.TOi^ 7^à;7./;i«<7«, jjt/05ojsou7£, t-/]v rzcf.Tpio'j oi'

a.T:o/.zxp'JiJ.y.vJ-riç, sv ûno-Joi'/.i.i o-/])^ouij.k-j-^^.

(5) E'JTi 6s. c/.ùroZj y.y.i cuY/py./j./j.c/.TV. 7r«/a£wv àvopHv, o'I t;^j c/.ipi(7scoç v.pyri~ yîTai yî.-jô[j.ivoi noÀÀv. /j.'jnp.v.o(. tyjç sv toXç àXX-riyopov/jii-joiç îoiv.ç ikntÀiTzov, oiç y.ady.mp ri'jh o!.py tTÙ~oiç yp(>iUfjQt , fiip-cOvrocc. zr^^ npouipi^iuç tov rpôizov, Voilù un de ces passages contre lesquels l'hypothèse du Christianisme des Thérapeutes vient se briser comme du verre. Croirait-on que Montfaucon suppose sérieusement que celte multitude d'anciens écrits dont parle Philon, tzoXàÔ!. a'x/'/py./j.p.y.z'y. -y.laiàiv àvo/3wv, ces nombreux monuments de la science allégorisle laissés par les fondateurs de la doctrine des Thérapeutes, étaient les quelques épîtres que nous avons sous le nom de S. Pierre et de S. Paul, et l'Evangile de S. MarcI 11 est obligé en elFet à cette supposition absurde; car on lui demande à quels monuments du Christianisme peut se rapporter ce que dit Philon. Le président Bouhier {Lettres, p. 29 et suiv.) a complètement réfuté les arguments dont Montfaucon se sert pour étayer cette incroyable rêverie. Il

» ne se bornent pas en effet à penser; ils composent des » poèmes et des hymnes à Dieu, en vers de toutes sortes de » mesures, et dans toutes les formes usités par les poëtes, » qu'ils rendent plus faciles il se lixer dans la mémoire par )) raccompagnementd'un chant grave et religieux. Ilsdemeu- » rent six jours de la semaine dans ces monastères, » occupés à l'étude, ne passant pas le seuil de la porte, et » ne jetant pas même les yeux au dehors (l). Mais le sep-

montre combien, même en n'admetlant que Philon n'ait écrit qu'en l'an 68 de J.-C, il est absurde de supposer que les épîtres de S. Pierre et de S. Paul fussent parvenues à cette époque en Egypte ; combien il est absurde de croire que Philon ait pu traiter d'anciens trois hommes qui vivaient encore h l'époque où lui-même écrivait, ou qui venaient tout récemment de finir leur vie; car, suivant tous les faits connus de l'histoire du Chrislianisme, S. Pierre et S. Paul ne sont morts qu'en 66, et S. Marc en 67 ou 68. Ce qui intéressait avant tout dans le Christianisme naissant, c'était la nouvelle de la venue du Messie : toute science et tout désir de science s'évanouissait devant ce fait. Et Philon n'aurait pas dit un seul mot de ce fait! loin de là, il nous aurait peint les Thérapeutes, si nouvellement établis par S. Marc, comme occupés paisiblement à composer des livres allégoriques I et en parlant des modèles qu'ils imitaient, il aurait entendu parler des écrits tout récents de S. Pierre, de S. Paul et de S. Marc 1 Mais ces écrits des Apôtres sont-ils donc des monuments d'allégorisme? L'allégorisme n'y joue qu'un rôle secondaire; ce qui occupait avant tout les Apôtres, c'était le fait messiaque, et le gouvernement de la société naissante des Chrétiens. Si Philon avait connu S. Pierre à Rome, comme le suppose finement Eusèbe, n'aurait-il pas dit un mot de la nouveauté de celte doctrine des Thérapeutes dont il parle avec tant d'enthousiasme? aurait-il donné pour d'anciens écrits des lettres d'un de ses anciens amis, qu'il devait croire encore vivant? En vérité, toutes les suppositions que Monlfaucon est obligé de faire pour soutenir son hypothèse ne sont bonnes qu'à provoquer le rire. Il est évident qu'il s'agit ici des livres de TEssénianisme , des écrits de ces anciens évanyéiistes esséniens dont parle Josèphe (voy. plus haut, p. 187), et que Philon lui-même caractérise (voy. p. 202) de la même façon qu'il caractérise ici les livres des Thérapeutes , c'est-à-dire comme des monuments d'allégorisme.

(1) Il est assez probable qu'ils passaient souvent les nuits comme les jours dans ces oratoires. Mais pourtant cela ne résulte nullement de l'ensemble du récit de Philon. En tout cas, leur véritable logis était la maison commune, le grand monastère où ils se réunissaient pour manger. Philon dit en elfet qu'ils ne portaient jamais aucune nourriture dans ces cellules, qui étaient seulement leurs cabinets d'étude et de méditation. Il ailirme d'ailleurs positivement qu'ils pratiquaient la vie commune. Ce que l'on peut dire, c'est que leur vie était à demi érémilique, à demi cénobitique. Certains moines du Christianisme, qui embrassèrent la vie érémilique ou solitaire, la combinèrent également avec la vie cénobitique ou en commun. C'est ainsi que l'ordre des Camaldules, fondé à la lin du dixième siècle par S. Romuald, participait à la fois du genre de vie des Pères du dé-^ertet de celui des disciples de S. Benoît. « In eodem loco, dit » l'historien de cet ordre parlant de S. Romuald, et Monasterium etseparatas » solitariarum cellas .-cdificarc consuevit. {Camald, ordinis Ilistoria , auct.

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