DEUXIÈME PARTIE
» lièmcjour (i) ils se réunissent comme en un conseil com- » mun, et se placent en rangs suivant l'Age, avec gravité » et bienséance, leurs mains cachées sous leur habit, la
» Ilasllvillioj. » Ce que Pliilon veut dire ici posilivemeut, c'est que pendant six jours de la semaine les Thérapeutes méditaient à part, renfermés dans leurs cellules ou ermitages, n'en sortant pas de tout le jour, et ne laissant même pas leur vue s'égarer sur les objets du dehors, tandis que le septième jour, lejour du Sabbat, ils se réunissaient en synagogue. Celte assemblée commune et le repas commun qu'ils faisaient ensemble sulliraient pour justifier ce que dit Philon, qu'ils pratiquaient la vie commune. Mais il est assez évident, par tout l'ensemble de son récit, que leur communauté ne se bornait pas à celle réunion du jour du Sabbat : seulement celle-là était de règle et tout-ù-fait obligatoire. Du reste, ils avaient de grands Semnées où ils venaient chaque soir prendre leur repas et passer la nuit. Je croirais volontiers que la prière du malin et celle du soir étaient dites en commun. En un mot, ils pratiquaient la même société que les Esséniens de la Palestine, à l'exception que ceux-ci se livraient dans lejour à un travail corporel, tandis que les Thérapeutes se livraient uniquement à la contemplation. Mais cette différence en entraînait une autre. Il est évident en effet que des hommes livrés au travail corporel avaient besoin de prendre beaucoup plus de nourriture que des hommes vieux pour la plupart et livrés uniquement à la contemplation. Aussi les Esséniens de la Judée se réunissaient-ils deux fois par jour, le matin à onze heures et le soir, pour manger ensemble, tandis que les Thérapeutes ne mangeaient que le soir. Philon rapporte même que plusieurs restaient trois jours sans manger, et que quelques-uns vivaient dans l'abstinence la semaine entière, ne mangeant que le septième jour. Ces abstinences n'ont rien d'étonnant sous le climat de l'Egypte, et chez des hommes dont plusieurs étaient livrés à Vextase : on a raille exemples pareils dans l'histoire des extatiques. Mais il résultait de là qu'ils pouvaient, pendant la semaine, demeurer fort solitaires, sans faire infraction à la vie commune.
(1) Ta?^ k&Sô/xatç. C'est le jour du Sabbat; mais Philon, non plus que Josèphe, n'employé jamais le mot ffàêêarov; témoin le titre d'un de ses traités : Ilzpi Tni kêoôix-riç y.rxi twv koprùv, qu'il faut traduire du Sabbat et des fctcs. Cet attachement des Thérapeutes au Sabbat, qui est encore bien plus positivement marqué dans ce que Philon dit plus loin, ne laissait pas que d'être fort embarrassant dans le système de Montfaucon. Car on sait que les Chréliens transportèrent de bonne heure au dimanche, c'est-à-dire au premier jour de la semaine, le repos du septième jour et tout ce qui s'y rattachait chez les Juifs. On croit trouver déjà quelque indication de ce changement dans les écrits des Apôtres. On cite deux passages, l'un de S. Paul (I. Cor. c. xvi, v. 2) , et le second de l'Apocalypse de S. -Jean, (c. i, v. 10), où il est question du dimanche. Le premier, il est vrai, ne prouve rien : mais, dans le second, le texte désigne formellement le dimanche, c'est-à-dire lejour du soleil chez les anciens, sous le nom de jour du Seigneur : « Je fus ravi en esprit, dit S. Jean, dans le jour du » Seigneur : sv rr) y:jpiv./.ri -hy-ip^y- » Les anciennes Constitutions dites Apostoliques, Canones Apustolorum, parlent aussi du dimanche sous ce nom ; « Si » quis clericus inventus fuerit die Dominico jejunare velSabbato, praeterquam » unosolo, deponatur (art. lxv). » Mais la date de ces Constitutions est complètement inconnue; on croit seulement qu'elles se rapportent au second ou au troisième siècle. Ce qu'on a de certain sur l'instilution du dimanche, c'est le témoignage bien positif de S. Justin dans son Apologie à l'empereur Anlonin, écrite l'an 140 de l'ère chrétienne. Je citerai ce passage plus loin; il me servira à montrer la continuité entre le Sabbat essénien du samedi accompagné du festin sacré, et le Sabbat chrétien du dimanche accompagné de Veucharistie,
» droite sur la poitrine, la gauche appliquée sur leur côté (1). » Alors le plus ancien et le plus instruit clans les dogmes » prend la parole, et fait, avec un visage tranquille et d'une » voix calme et unie, sans passion, sans emportements, un » discours plein de sens et de sagesse, ne visant pas, comme » les rhéteurs et les sophistes du jour, à l'éclat de la phrase » et à ce qu'on nomme l'éloquence, mais cherchant, soit dans » l'exposition, soit dans l'interprétation, cette solidité et » cette justesse de la pensée qui ne s'arrête pas à flatter » l'oreille, mais qui pénètre jusqu'à Vixme et s'y établit » solidement. Tous les autres écoutent dans un profond » silence, ne manifestant leur approbation que par des » signes d'yeux et de tête. Ce Semnée commun où ils s'as- » semblent chaque samedi est divisé en deux enceintes, » Tune pour les hommes, l'autre pour les femmes: car les » femmes ne sont pas exclues de cette réunion (2) ; elles y » ont au contraire leur place marquée, n'ayant pas moins
Quant à la substitution même du dimanche au samedi, S. Juslin rallribue à deux motifs, savoir la création de la lumière dans la Genèse, et la résurrection du Sauveur, qui passait pour avoir eu lieu ce jour, l-lusèbe dit ù peu près la même chose : « Le Verbe divin, dit-il [in Psabn., XCI), malgré la répugnance » des Juifs, a transféré le Sabbat au jour où la lumière a pris son origine. H » nous a donné l'image du véritable repos en instituant le dimanche, jour de » salut, où ce sauveur du monde, après avoir mis fin aux actions merveilleuses I) qu'il avait opérées parmi les hommes, devint vainqueur de la mort. » Ne semble-t-il pas que, tout en se séparant hostilement des Juifs et en se tranchant des Esséniens, les Chrétiens, dans cette comparaison de Jésus au soleil ou à la lumière étaient encore inspirés par le culte essénien, par la prière au divin Soleil ?
(1) Ce genre d'altitude servant à exprimer le recueillement et le repos du Sabbat n'était pas particulier aux Thérapeutes. Pliilon, dans son traité Que les soufies 710US sunt eniuycs par Dieu (pur!. II), introduit un Païen se moquant en ces teimcs d^ la gravité solennelle des Juifs pendant le jour du samedi : « Quoi donc ! si quelque péril pressant se préscntail cejour-lù, si l'ennemi, ou » un incendie, ou une peste survenait tout-;Vconp, vous resteriez tranquilles » dans vos maisons! Ou, si vous eu sortiez, ce serait avec votre contenance » accoutumée, la main droite cachée sous votre robe et la gauche appliquée » sur vos hanches, afin que, malgré vous, vous ne soyez forcés à rien faire » pour votre salut! etc. »
(2) On va voir un peu plus loin qu'elles prenaient également part au bau" quet sacré de la grande fête sabbatique.