‹ De l'égalitéChapitre 109 sur 145 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

» plus saint cl le plus générateur, à cause du carré du » triangle rectangle, principe de la génération de toutes

fois nombre premier et sans multiple dans le cercle de dix. L'idée d'un nombre chaste, de mt'me que l'idée de la chasteté de Minerve, à qui on consacrait ce nombre, tenaient ix des raisons profondes, que je ne puis qu'indiquer ici sommairement. Dans cette grande métaphysique que l'on rejette aujourd hui avec dédain, parcequ'on ne la comprend pas, l'univers dans tous les ordres, ordre numérique, ou géométrique, ou musical, ou astronomique, ou physique, ou physiologique, ou psychologique, est symbolisé par des nombres. Les nombres représentent donc à la fois les substances et les modes ; ils sont le symbole delà substance et la règle des formes qu'elle prend. Mais, dans cette sorte d'architecture ou de création, les uns symbolisent plus particulièrement la substance, et dautres la forme : « Sunt qui aut corpus efjkiunt, nul cfficiuntiir, aut vim » obtineni vinculorurn, » dit Macrobe parlant des nombres que Ton appelait pleins. Ce dernier caractère d'être plutôt un lien que d'être quelque chose uni par ce lien était le caractère spécial du nombre 7. C'était le nombre de la forme plutôt que celui de la substance. C'était le nombre architectural par excellence, le nombre du Démiourgos ou de Minerve. « Septcnarius numerus, dit Cicéron (Somn. Scipion.), reriim omnium fere nodus est ; n à quoi Macrobe ajoute : « Non immerito hic numerus totius fabricœ dispensator et dominas. d Les autres nombres, même les plus sacrés, tels que le ternaire et le quaternaire, symbolisaient la substance, et non pas seulement la forme. Ainsi, pour prendre un exemple dans la psychologie, le ternaire ou la Triade est l'expression de l'âme. Cela est incontestable pour nous comme pour les anciens (Voyez plus haut, p. 81 et suiv.) : « Ternarius assignat animam tribus suispartilus » absolutam : quarum prima est ratio j quam Xoycçt/.b'j ap/etlant ; secunda » animositas, quam dv/j.i/.èv vacant ; tertia cupiditas , quœ è7nO-jfjLr,Tixàv nun- » cupatur, (Macrob. , ibid.) » lié bien, dans cette Triade scnsatiun-sentimentconnaissance, chacun des trois éléments constitutifs existe substantiellement. Un des trois termes, il est vrai, résulte des deux autres; mais néanmoins il est au même titre que les deux autres. Le nombre 3 dans cette formule n'exprime donc pas seulement la génération de ce troisième terme, ni l'existence de trois termes, mais ce troisième terme lui-même. Il en est de même du Quaternaire ou de la Tétrade, qui n'est que la Trinité considérée sous le rapport de la simultanéité et de la coexistence des trois termes qui la composent. Dans celte célèbre Tétrade des Pythagoriciens, l'unité harmonique qui résulte de l'ensemble des trois cordes pour ainsi dire de notre être est encore un terme nouveau qui est exprimé par le nombre /i, *en même temps que ce nombre exprime la somme des éléments de la formule. Les nombres 3 et /i sont donc là symboles de la substance, et non pas symboles purs du mode ou de la forme. 11 n'en était pas de même, suivant les anciens, du nombre 7, composé précisément de la somme du ternaire et du quaternaire. Il ne gardait de ses composés que la propriété de présider à la vie, sans être engagé dans les phénomènes comme substance; il n'apparaissait dans ces phénomènes que comme un lien, une espèce de chaîne des choses, vinculum, compago, nodus, comme disent Cicéron et Macrobe. C'était donc le nonibre constructeur pour ainsi dire, le nombre qui servait de règle et de mesure. Ce n'était pas lui qui donnait la substance des choses, mais cette substance ne pouvait prendre un ordre régulier sans lui. Il était donc par excellence le nombre de l'Ouvrier divin, du Démiourgos, de la Sagesse, ou de Minerve, du Verbe divin. Et, par la même raison, c'était un nombre chaste, puisque, occupé de diriger et de régler la génération des choses, il n'était pas directement le sujet de celle génération, mais seulement sa règle çt sa luiuièie. De lu la chasteté attribuée ù Minerve, chasteté qui sç reprodu^-

» choses (1). Après donc qu'ils se sont assemblés, tous vêtus » d'habits blancs, et qu'ils ont été introduits à la lumière avec » une cérémonie majestueuse par un des éphéméreutes (2)

sait dans sou symbole le nombre 7, quand on le considérait dans l'ordre purement numérique, ainsi que Macrobe nous le fait remarquer dans le passage que j'ai cité.

(1) A •/lÛTc/.TOç y.'-jX ipv7(./Mzv.roç ùpiS/j.ôj'j , ix rf,ç vov hpQo'^u-nou T/Jtycjvoy §i>vK/A-coç, o-Kip sçtv c/.py-fi T'nç, 7&iv oAcov -/ivi^îw;. La philosophie numérique me paraît avoir reposé principalement sur cette incontestable et profonde vérité métaphysique que deux choses ne peuvent coexister sans qu'une troisième chose n'existe par là même, laquelle est leur lien, leur rapport , et participe par conséquent des deux. Le symbole de ce principe de la génération de toutes choses était pour les anciens le triangle rectangle. En voici la raison. Deux lignes ne peuvent se rencontrer sous un certain angle sans que le troisième côté d'un triangle ne soit par là même déterminé. Cette troisième ligne dépend donc des deux autres. On doit donc se poser celte question : Comment obtenir la valeur de cette troisième ligne en fonction des deux autres? Or cette troisième ligne participe des deux autres, non seulement en raison de leur longueur; mais aussi en raison de leur direction. Cette directicn est donnée par le cosinus de l'angle qu'elles forment entre elles. Mais, dans le cas où les deux lignes se rencontrent à angle droit, le cosinus de l'angle qu'elles forment s'évanouit, et le troisième côté reste délermiué par les les deux autres seulement. De là cette fameuse formule du carré d.* l'hypoténuse, que Pythagore, dit-on, découvrit le premier, et pour laquelle il immola une hécatombe. Le rapport du troisième terme aux deux qui l'engendrent brille eu effet dans ce cas particulier, avec une clarté et une simplicité admirables. Cela étant, dans le cas d'un triangle rectangle isoscèle, si Ton donne au côté la suite des valeurs numériques 1, 2, o, 4, 5, 6, etc., le carré de l'hypoténuse sera représenté par les nombres 1, 8, 4 8, 32, 50, 72, etc., et l'hypolénuse par lès racines de ces nombres. Mais aucun de ces nombres ne reproduira le nombre latéral ou primitif dans sa forme même, excepté dans le cas du nombre 5 et de ses multiples décuples. Car 5 étant le côté primitif, le carré de l'hypoténuse est 50 ou 5 dizaines. Dans ce cas, donc, le rapport du nombre engendré au nombre producteur paraît pour ainsi dire encore plus évident, puisque la forme même du nombre primitif est en partie conservée. Il est vrai que cela tient au système d'aritméli(|ue décimal ; dans le système duodécimal, ce serait le nombre 6 qui aurait cette propriété. Mais les anciens croyaient à la valeur absolue du système décimal, par des raisons que je n'ai pas à exposer ici. Quoiqu'il en soit, on comprend que, de même qu'ils prenaient la géométrie pour symbole de l'engendrement des choses par la monade et la diade, et dans la géométrie le triangle rectangle et sa propriété pour symbole plus évident de cette génération des choses, c'està-dire du rapport du troisième terme engendré aux deux termes générateurs, parceque ce rapport est en effet plus clair dans ce cas, de même ils devaient prendre le cas particulier où le triangle avait 5 pour côté, pour symbole parfait de cette même génération, parceque dans ce cas la vertu générative, c'est-àdire le rapport et la reproduction, se montraient le plus manifestement et pour ainsi dire sans voile. C'est ce que Philon dit ici.

(2j AîuyîJ^aov&ûvTîç '^fy-iSpol //srà t'/jî àvcorà-rco ^-//votv^toî tîvoî Tùiv z^r,/j.îpîi>- Toyj. Monlfaucon, dans son aveuglement, prétend tirer de ce nom iVéphéméreutea une preuve que les Thérapeutes étaient chrétiens. « Ce nom, dit-il, se Irouve » en usage chez les Chrétiens pour marquer ceux qui célébraient d leur tour, n çt il cile un passage de S. Athanase, qui, parlant de la naissance de Jésus-

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» (c'est le nom que l'on donne à ceux qui remplissent ce inini- » stère), avant de se placer sur les lits, se tenant debout en » bon ordre, et levant vers le ciel les yeux et les mains, leurs )> yeux comme accoutumésà voir ce qui est digne d'être vu, » leurs mains comme pures de tout gain et n'ayant été en au- » cune occasion souillées par le lucre (1), ils prient pour que » le repas qu'ils vont faire soit agréable à Dieu et selon sa » volonté (2). Après les prières, les anciens prennent place » en suivant leur ordre de réception (3). Car ils ne regar- » dent pas comme anciens les vieillards et ceux qui sont le » plus chargés d'années; ceux-là ne sont que des enfants à )) leur sens , s'ils ont embrassé tard la règle : les anciens » sont ceux qui, dès leur première jeunesse, ont marché » et se sont mûris dans cette patrie contemplative de la » philosophie qui est la plus belle et la plus divine. II y a » aussi des femmes à ce repas, âgées pour la plupart, et » vierges. Attachées à la chasteté, non par contrainte, » comme bien des prêtresses que l'on voit chez les Grecs,

Christ, dit que Ton peut comparer la maison où il naquit à l'église, lu crèche à l'autel, S. Joseph à réphéméreute, les bergers aux diacres. Mais celte interprétation du mot cphémérciite est absurde. Ce mot est tiré des antiques mystères. Il signifie celui qui conduit Tinilié à la lumière {v/ riij.zpv.-j). L'initié arrivé au dernier degré de l'initiation s'appelait epopte, le voyant; la dernière cérémonie de l'initialion se nommait épiphanie, la manifeslation. Le nom iVéphémércuie est composé des mêmes racines. La lumière et les ténèbres étant les symboles de la connaissance t^t de l'ignorance, on dut naturellement employer ces symboles dans les cérémonies. Voilà pourquoi Philon nous montre les Thérapeutes vêtus de blanc et conduits par un éphéméreute.

(d) Cette haine du gain, du lucre, du profit, de tout ce qui n'est pas l'échange véritable et pur entre les hommes, est le caractère même de 1 Essénianisme pratique, tel que Josèphe et Philon nous l'ont représenté dans les passages cités plus haut. Si les Tliérapeutes n'avaient pas été des Esséniens, pourquoi Philon aurait-il choisi ce trait pour peindre ces contemplatifs?

(2) ITyOOffîû/ovTat rài (-)î&i 0\jfiY,p-ri yvjiijOv.i /.al xarà voDv v.tzc/.'j rri^ac Tyjv sùcjyjv.v. Ce sont presque les propres termes dont Josèphe se sert pour décrire la prière du commencement et de la fin du repas des Esséniens. (Voyez plus haut, p. 18/i et suiv. )

(.S) Ta?? tî'7/.plGt'JVj àxoAouGoîivTî^. Il y avait donc des réceptions. Les Thérapeutes formaient donc une société entre eux, comme les Esséniens. Ils n'étaient donc pas dilîérents des Esséniens sous ce rapport. Ce mot confirme ce que j'ai déjù démontré précédemment.

» mais plutôt par une résolution volontaire qui prend sa » source dans le zèle et l'amour de la sagesse, ou bien » parceque de fort bonne heure elles se sont hâtées d'em- » brasser la vie commune (1), elles ont méprisé les voluptés » du corps, ne souhaitant pas d'avoir des enfants mortels, » mais désirant avec ardeur de concevoir ces fruits immor- » tels que l'âme seule qui aime Dieu est d'elle-même capa- » ble d'engendrer par la fécondité des rayons intelligibles » que le Père répand en nous, et par lesquels nous découvrons » les dogmes de la sagesse (2).

(1) H cruy.êjîOv TTTouoàTaçat. Voilà encore un trait qui montre manifestement que le fond de la vie des Thérapeutes était la vie essénienne, la vie en communauté. Pliilon, voulant dire que plusieurs de ces ïhérapeulrides étaient restées vierges toute leur vie, parcequ'elles étaient sorties de bonne heure du monde, dit qu'elles avaient embrassé de bonne heure la vie en communauté. Montfaucon, qui n'a pas compris comment la vie commune et la méditation solitaire s'unissaient et se mêlaient chez les Thérapeutes, a omis ce passage dans sa traduction, laquelle, au surplus, est presque partout défectueuse et fausse. Mais comment son contradicteur, le président Bouhier, a-t-il pu fonder son opinion que les Thérapeutes étaient Pharisiens sur ce que Philon, suivant lui, ne dit en nul endroit que les Thérapeutes pratiquassent la communauté! Cherchant à quelle secte juive ils pouvaient appartenir, « Les maximes des Thérapeutes, dit » Bouhier, étaient directement opposées à celles des Saducéens; leurs mœurs » étaient différentes aussi de celles des Esséens, qui avaient pour règle de vivre » en commun, au lieu que les Tiiéropeules, suivant Philon, vivaient séparé- » ment les uns des autres. » Et Philon dit précisément le contraire, et tout son récit prouve la communauté de vie des Thérapeutes ! On ne peut attribuer cette erreur de Bouhier qu'à la mauvaise traduction de Montfaucon ; il s'en sera contenté, et n'aura point examiné attentivement le texte.

(2) Tcjy TTâ/St (7&>/ia r^oo-jù'j riXô'jn'JV.-j^ où 6yr,T6J-j sxydvwv, àAA' àSavàrcov opi)(- 6tT7V.t, â /Jtôv/] tUtzVj àp' lauz-Tii oïv. ri èçh yi ôâopàvjç i/'U/'Ô, omipuvTO^ eiç aù-r^v à/.Ttva? vo/îTà? toû YLy.Tpbi, vX^ ojvr;7îTa'. OiupiX-j rà '^o-j^iv..; ^dy/y.«T«. Je prie le lecteur de remarquer ce nom de Pore donné d'une manière absolue à Dieu, et ces rayons intelligibles qui viennent de Dieu et fécondent l'âme amoureuse de Dieu, comme la lumière sort du soleil et éclaire nos yeux faits pour la voir et pour voir par elle. Philon, p'tir l'époque à laquelle il écrivait, est ici pour nous, ce qu'il est en effet dans tous ses ouvrages, un miroir excellent pour nous faire comprendre le lien intime qui existe entre la doctrine essénienne et platonicienne et le Christianisme. Je toucherai plus loin ce point de la transition à Jésus et au Christianisme. Mais je prends acte, en passant, de ces expressions qui rappellent à la fois Platon et l'Evangile. Dans la doctrine de Platon, le Ad/o; ou Verbe est à Dieu ce que la lumière est au soleil; c'est le Fils, et Dieu est le Père. Le Christianisme a été en partie la suite de cette idée, dont une des applications est l'incarnation du Verbe dans le sein d'une Vierge. La Vierge Marie concevant le Verbe divin n'esl-elle pas en effet l'anthropomorphisme de ces Vierges Thérapeutrides dont parle Philon, qui recevaient dans leur ftme la Lumière ou le Fils, émanant du soleil divin ou du Père."

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