DEUXIÈME PARTIE
» Les places sont distribuées en deux rangs : los hommes » sont à droite, et les femmes à gauche. Si quelqu'un » s'imagine que les hts sont, sinon magnifiques, du moins » doux et délicats, comme pour d'honnêtes gens adonnés à » la philosophie, qu'il sache que ce sont de simples nattes, » faites delà matière la plus commune, savoir du papyrus, «plante du pays; ces nattes sont étendues sur la terre, » relevées h l'endroit des coudes , pour s'y appuyer. Sans » donner tout-à-fait dans la rudesse lacédémonienne, ils » s'attachent à la simplicité, repoussant tout ce qui infdtre » en nous la volupté.
» Ils ne se font pas servir par des esclaves, profondément » convaincus qu'ils sont que la possession des esclaves est » contre la nature. Car elle nous a tous engendrés libres ; » l'injustice de quelques-uns et l'avarice des cœurs jaloux, en » produisant l'inégalité, source de tous les maux , ont seules » donné la puissance aux plus forts sur les plus faibles (1). » Donc, dans ce festin sacré (2), il n'y a pas d'esclaves, » comme je viens de le dire : ce sont tous hommes libres » qui servent, non par force ni commandement, et sans «attendre non plus qu'on leur donne des ordres, mais » volontairement, et empressés à prévenir les désirs des » convives avec la meilleure grâce du monde. On ne prend » pas même pour cette œuvre les premiers venus : on choisit » avec soin dans la société les jeunes gens qui ont le plus » de mérite, les plus polis de tous, les plus vertueux ; et » ceux-ci, comme des enfants vrais et légitimes, servent » avec joie leurs pères et leurs mères, estimant ces parents
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» communs (1) plus chers et plus proches que ceux du sang; » et en effet est-il rien de pkis cher aux sages et de plus » proche pour eux que la vertu ? Ils remplissent ce ministère » sans ceinture et la tunique flottante, afin que nulle marque » de servitude, aucun emblème qui rappelle l'esclavage, » ne se montre dans ce festin. Je sais qu'en lisant ceci il y » a des gens qui vont rire : qu'ils rient ceux dont les actions » sont dignes de compassion et de larmes !
» On ne sert pas de vin ces jours-là (2), mais seulement » de l'eau très claire, froide pour la plupart des convives, et » chaufl'ée pour ceux des vieillards dont la caducité exige ce » soin (3). La table, au surplus, est pure de tout mets san- » glant ou provenant de quelque animal que ce soit : des
(1) Koi-Joh; '/ovît,.
(2) Pliilon laisse-t-il entendre que les Thérapeutes buvaient du vin les autres jours? Je ne le crois pas, puisqu'il dit formellement un peu plus bas que la raison leur avait appris à vivre, Qtoîjv, dans Tabstinence du vnu Je crois que l'expression ces jours-là, iv Iz-ivat.; rat; Yi/j-ipcct^ , veut dire simplement en ces joxirs de gala, en ces fcies. Celle remarque a quelque importance; car si les Thérapeutes avaient éloigné spécialement le vin de leurs repas des grandes fêles, de leur Pàque-Rncharislie, quoiqu'ils en fissent ordinairement usage, on pourrait m'objecter le vin de l'Eiichaiistie chrétienne, et prétendre voir là une grande différence. Mais il est évidtiil, par tout ce dit Phiion, que rabslinence du vin était générale parmi les Thérapeutes et fondée sur Thygiène, et qu'ils ne re|)Ous?aient le vin de leur festin sacré (|ue parcequ'ils le repoussaient de leurs banquets ordinaires. Quant ù l'usage du vin dans l'Eucharistie chrélienne, j'en parlerai plus loin, et je montrerai que celte substance ne tenait nullement ù l'essence du sacrement, et qu'elle n'en riait qu'occasionnellement In matière. On y employait l'eau comme le vin, puisque les conciles défendirent d'employer le vit» pur : Si quis in panem oblotionis no)i ir.iiniltii fcrmenium et sal, nec aquam cum vino in auucliun calicem, anatlitma sit. (Ancieime formule citée par Cotelier et Martène.)
(3) Comme les Thérapeutes ne buvaient et ne mangeaient qu'après le soleil concile, et par conséquent après le jour du Sabbat expiré, rien ne les empêchait d'allumer du feu et de faire cliaulfer leur boisson. D'ailleurs toute eau chaude n'était pas indistinctement défendue ce jour-là aux Juifs, mais seulement ceile qui était cliaulfée au feu ; car pour celle qui l'était au soleil, leurs docteurs en permettaient l'usage. On conservait même des fourneaux chauffés de la veille. L'argument que Montraucon tire de celle pratique des Thérapeutes, pour prouver qu'ils n'étaient pas Juifs, est donc ridicule. 11 est vrai que S. Justin (Dialug, cum. Tri/p/t.) nous apprend que les Juifs rcprocliaienl aux Chrétiens de boire chaud dans leurs Sabbats, comme une inobservance criminelle : Mv^oi OTi Ozpy.ô-j Tihofj.vj h <7a62y.7t oîi-jo-j ■^/it^Oi. Mais il n'y a aucune parité enlre l'inobservance du Sabbat dont les Glnétiens se targuaient et la pratique dont il s'agit ici.