DEUXIÈME PARTIE
» pains pour nourriture , pour ragoût du sel , h quoi on )) ajoute quelquefois de i'hysope comme une délicatesse pour » les plus friands. La droite raison leur ordonne d'éloigner » le vin de leurs repas, comme aux prêtres de leurs sacri- » (ices (1) ; car le vin est un poison qui nous infiltre la folie, » et les mets recherchés aiguisent la concupiscence, la plus » insatiable des bêtes féroces. Tels sont les préludes du » festin.
» Mais quand les convives sont couchés dans Tordre que » j*ai dit, et que les servants se tiennent en rang prêts à rem- » plir leur ministère, ne trinque-t-on pas, et ne se livre-t-on » pas à la joie? dira quelqu'un. Plus réservés au contraire et » plus silencieux qu'auparavant, pas un alors n'oserait bal- » butier un mot ou respirer plus fort qu'à l'ordinaire. Quel- » qu'un propose une question sur les Saintes Écritures, ou » résout une question posée par un autre, sans prendre d'ail- » leurs aucun souci des paroles mêmes qu'il va prononcer. Car » il ne tient pas à la réputation d'éloquence; il ne cherche » qu'à voir d'une façon plus nette l'objet de son aspiration, » et, l'ayant vu, à le faire partager à ceux qui, pour avoir la » vue moins perçante que lui, ont un désir de connaître sem- » blable au sien. Il parle lentement, il insiste, il se répète sou- » vent, afin de mieux graver ses pensées dans les esprits. Car » les beaux diseurs qui parlent vite et qui discourent à perdre » haleine ont cet inconvénient, que l'esprit de leurs audi- » teurs, incapable de marcher de ce train, renoiice souvent
(1) NvjpàAta '/cf.p oj^ ToTç izptû'ji Bxjzvj, y.vl roùrotç Stouv o opOb? Ao'yo; ôpyjyâtTaf. On peut rapprocher de ce passage un autre passage de Philon dans son Traité De l'Ebriété, ntplMiQvii, où, parlant des prêtres juifs qui s'abstenaient du vin dans leurs sacrifices, et leur comparant sous ce rapport les Thérapeutes, il dit : ly^zâàv yà.p Upiuv /.ai BzpxixixiTOi'^ 0£oy /xâvo-J to è'^oyov vri'^v.ltv. Oûîtv. Bouhier fait ce rapprochement pour montrer, contre Montiaucon, que les Thérapeutes étaient Juifs; mais on peut remarquer en outre que dans cette dernière phrase la cône des Thérapeutes est complètement assimilée aux sacrifices des prêtres:
11x2 DE L'ÉGALITÉ.
» à les suivre et s'arrête en route. Tout l'auditoire attentif » écoute clans une attitude uniforme. S'ils comprennent, ils » le montrent par un léger signe et par leurs regards ; s'ils » sont satisfaits, ils approuvent de la tête, et on le voit » d'ailleurs sur leur ligure ; s'ils ont des doutes , un hoche- » ment de tête, et l'index de la main droite tenu en l'air, le w montrent suffisamment. Les jeunes gens qui se tiennent » debout pour servir n'écoutent pas avec moins d'attention » que ceux qui sont couchés.
» Leurs interprétations des Saintes Écritures consistent » en allégories (1). Car toute la Loi leur paraît ressembler à » un être vivant, dont le corps serait les dispositions textuel- » lement exprimées, et l'âme l'esprit invisible caché sous les » paroles, esprit dans lequel une intelligence guidée par la » raison commence par chercher les propriétés qui lui im- 3» portent, comme on lit dans le miroir des yeux, décou- » vrant les beautés merveilleuses des pensées sous la forme » qui les enveloppe, et rejetant ou dissipant les symboles, » pour amener à la lumière le sens nu, à l'usage de ceux qui » avec un peu d'aide peuvent apercevoir les choses invisi- » blés à travers les visibles (2),
(1) Mot à mot : ont lieu par conjectures en allégories : Ai ùnovoiûTt è»
(2) ATzv.av. yàp ■/] •JO[xoQz<jic/. S0/.1X T0Ï5 ù.'j5pv.Gi roÙTOig loi/.vjv.i Çcôw • xat (7&i//.« fj.vj 'éx^r^ TÙç pyjTa; ëiv.TV.^îtç, ^^XO"* '^^'■^ huTzo/.dp.vJO-j rotç Xi^S7rj cloprAzov voûv, £v w rip%cf.ro V7 loyi/.ri 'pvyj'ri Siv.'^zpàvroiç ra oî/.îta Oiojptï-j, usmp âià xarÔTr- Tpo'j T&iv ôvo/Av.Twv £|aJ(7«a xyJ.Av/ voYi/j.v.rojv 1/x'^spôfj.vjv. xaTt^oOua, xat rà /j.kv
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Toïç (?jva//àvùt? è/. iJ.ixpv.ç U7ro//vv^7îW5 rà c/.pav-,o ë^^- l'wv pavî^owv OcOipù-j. La mélliode d'ullégoiiser des Thérapeutes me paraît parfaitement caractérisée dans cette phrase. Il s'aj»it évidemment avant tout de cette espèce d'allégorisme que les théologiens appellent Iropologique ou moral. La Sainte-Ecriture, dit Philon, est pour les Thérapeutes comme ur) être vivant. De même donc qu'ayant allaire à un être vivant, à un animal, nous cherchons d'abord ses propriétés, et lisons pour ainsi dire sa vraie nature et ses intentions par rapport ù nous dans son regard et dans ses yeux, de même ces sages cherchent, à travers le miroir corporel de la Loi, l'intention vivante de la Loi par rapport ù eux el à leur devoir. La Loi, le livre, la Bible, en un mol, est donc, non pas un fait déterminé, mais