DEUXIÈME PARTIE. 24S
j) Lorsque le président paraît suffisamment édifié, con- ») sullant du regard l'auditoire, il remercie par un geste celui » qui a porté la parole ; et aussitôt surgit de toute l'assemblée » un cri de joie qui semble appeler le festin. Alors celui qui » est levé cbante le premier un hymne à Dieu, nouvelle- » ment composé par lui-même, ou venant de quelque ancien » poëte (1). Car ces poëtes ont laissé les paroles et la
une idée, ou plutôt une inspiration ; non pas une règle ayant uniquement pour but ce qu'elle paraît dire, mais une règle qui se rapporte à ceux qui l'interrogent, et qui leur parle sons le voile des faits et dos prescriptions. Ou plutôt ces termes mêmes d'idée, d'inspiration, dérègle, ne rendent pas exactement encore la pensée : ce n'est pas une idée, c'est la vie même qui se communique; c'est un être vivant qui se met en rapport avec ceux qui le consultent ; c'est un père qui parle par images et par paraboles à ses enfants. Il ne s'agit là en aucune façon, ou du moins il ne s'agit pas au premier chef de cette espèce d'allégorisme qui a servi ù fonder le Christianisme, et qui consistait à voir dans les événements de la Bible une image prophétique des événements de la nouvelle Alliance. Il est bien certain que S. Paul et les premiers Chrétiens ont allégorisé sur l'Ecriture ù la manière des Thérapeutes. Ainsi tout ce que dit S. Paul sur la circoncision de la chair, qu'il transforme en circoncision spirituelle, se rapporte bien à ce genre d'allégorisme. Il est vrai aussi que les Pères du Christianisme ont, plus tard, ù l'exemple de Philon lui-même et des Esséniens, allégorisé de la même façon qu'eux. Photius rapporte même exclusivement à Philon cette habitude des Pères : « C'est de lui, dil-il {Biblioth. N. CV) qu'est venu, je » crois, dans l'Eglise, l'usage de donner aux Livres Saints un sens allégorique » et figuré. » Mais il est certain aussi que les faits de la vie de Jésus et les événements qui suivirent devinrent la matière d'un autre allégorisme qu'on pourrait appeler historique, et qui consistait à voir, dans les faits de la Bible, d'autres faits et non pas directement des idées. C'est là l'espèce d'allégorisme qui ne conviendrait qu'à des Chrétiens. Mais ce que dit Philon ici n'indique, je le répète, en aucune façon ce genre d'allégorisme. Il est on ne peut plus évident, au contraire, que Philon entend parler d'un allégorisme de tous points semblable à celui qu'il employé lui-même dans tous ses ouvrages. C'est donc bien vainement qu'Eusèbe et, d'après lui, Montfaucon prétendent tirer parti de cette habitude des Thérapeutes d'interpréter allégoriquement l'Ecriture pour prouver leur Christianisme. En fait, il est certain qu'à l'exception des Saducéens, les différentes sectes juives se livraient à l'allégorisme. Les docteurs mystiques chez les Juifs tiraient même leur nom de là; on les appelait Darsckanim, c'est-à-dire faiseurs d'allégories ou de sermons. Et, d'un autre côté, il est certain aussi, en fait, que la phrase de Philon indique positivement cette espèce d'inspiration que les livres vérilahlement sublimes et marqués au coin du divin ont le privilège de connnvuiiquer, et non pas une interprétation positive et historique comme le prétend Eusèbe.
(1) H xatvàv r/Zzàç TTîTror/jzw,, -o àpvv.ïoj rtva roiv 77«/at r:oir,rôi-j ' aizpv. yàp /.y.l fii)./] y.r/-c/i).-loi7:à.'7i -rzoXy.y. [al. Trot/jTaj) sTr&iv Tpiuiirpoi-j, etc. Philon veut-il parler de poésies et de chants particuliers aux Thérapeutes? Oui. Autrement, pourquoi parlerait-il de ces nombreuses compositions dont il se plaît a énumérer les diiférents genres? Tout le monde devait bien savoir à Alexandrie que les poètes juifs, en général, avaient laissé de nombreuses poésies chantées. Celte
Wi DE L'ÉGALITÉ.
» musique d*une multitude de compositions, chants trîmè- »tres, cantiques de procession, hymnes proprement dits, » spondaïques comme dans les libations, chants devant » l'autel, pour les stations, pour les chœurs, admirablement » travaillés, et se déroulant en un grand nombre de strophes. » Après lui, les autres chantent, chacun à son tour, avec «toute la gravité convenable, tous écoutant dans le plus » grand silence, excepté quand il faut répéter les refrains » ou entonner les répons; car alors ils partent tous d'une » voix, hommes et femmes.
nation était fort adonnée au chant des hymnes. On en voit la trace dès le temps de Moyse. David, par ses poésies sacrées, au{?rnenta encore ce goût. S. Hippolyte, dans le fragment que nous possédons de son Commentaire sur les Psaumes, dit que ce prophète changea en quelque manière le culte des Hébreux par le grand nombre de chants qu'il y mêla. 11 y a dans l'Ecrilure un exemple de leurs prières et de leurs chants nocturnes dans le temple. C'est celui d'Anne la prophétesse, quœ non discedebat de tcmplo, jejuniis et obsecrarionibus serviens die ac nocte. Philon, dans un de ses ouvrages, parlant des Juifs dévots d'Alexandrie, met au nombre de leurs mortiiications leurs pieuses veilles. Les Talmudistes se sont expliqués plus clairement encore sur cet ancien usage. Buxtorf, qui a ramassé dans sa Synagogue tout ce qu'ils en ont dit, nous apprend que, les veilles de certaines fêtes, ils pratiquaient à peu près, sous ce rapport, la même chose que les Thérapeutes. Car ils s'assemblaient dans leurs synagogues pour y prier Dieu et pour y chanter ses louanges. Ils chantaient jusque fort avani dans la nuit, et même les plus zélés restaient jusqu'au lendemain dans cet exercice. Cet usage, au surplus, subsiste encore parmi eux aujourd'hui : Pergunt poslea, dit Buxtorf, et cantum in multam noctem producunt. Quidam, qui pietate sunt admirabili , et gravent pœnitentiam agere volunt , per totum festum diu noctuque stant in pedes , canunl et orant indesiuenter, ut ego quosdam vidi. 11 est donc bien certain que les Juifs dei'aient avoir, du temps de Philon, de très nombreuses compositions sacrées, vers et musique. Mais est-ce de ces poésies en général, ou bien de poésies particulières, transmises dans la secte des Thérapeutes, qu'il s'agit ici? Il me semble évident, encore une fois, que Philon veut parler de poésies composées uniquement par ces solitaires, ou en gênerai par des Ksséniens. Il sullit, pour s'en convaincre, de rapprocher ce qu'il dit ici de ce qu'il a dit précédemment (Voyez page 225) : « Us ont beaucoup d'anciens ouvrages composés par ceux » qui jadis ont fondé cette secte, véritables monuments de la science interpré- » tative et allégorique, et dont ils se servent comme de modèles pour tenter de » faire la même chose. Ils ne se bornent pas en ellet à penser et à méditer; ils » composent des poèmes et des hymnes à Dieu , en vers de toutes sortes de t> mesures, et dans toutes les formes usitées par les poètes, qu'ils rendent plus » faciles à se fixer dans la mémoire par l'accompagnement d'un chant grave et » religieux. » L'opinion de Monifaucon, qui prétend, d'après Eusèbe, que Philon a voulu parler de la récitation des Psaumes et de la lecture des autres parties de l'Ecriture Sainte, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, ne inérite pas qu'on la réfute.