‹ De l'égalitéChapitre 115 sur 145 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

je cite S. Paul après Jésus, je n'entends pas oul)lier les autres apôlres , compagnons de Jésus , et coopérateurs h son œuvre ; qi toute cette légion de philosophes qui se convertirent au Christianisme, pour lui apporter les traditions du monde oriental et l'autorité du génie grec et romain; ni cette légion de grands esprits qui suivirent les premiers convertis, et qui furent les Pères des six premiers siècles ; ni cette multitude qui n'eut surtout d'action que par le dévouement et le sacrifice, ces martyrs, hommes et femmes, qui souflnrent toutes les humiliations et toutes les douleurs ; ni enlin ces solitaires qui portèrent au sein des déserts l'exaltation d'une nouvelle conception de la vie et les aspirations d'une âme déçue par le monde dans ses espérances infinies, et qui finirent par formuler la vie Monastique, reproduction de la vieEssénienne. Quel Chrétien, en effet, pourrait séparer les saints du saint des saints, de Jésus? Non, l'œuvre n'a pas été propre et particulière à Jésus; elle a été collective et solidaire. Jésus a, pour ainsi dire, été le levain qu'on met dans la pâte pour la faire fermenter et produire le pain.

Comprendre Jésus autrement, au point du temps où nous sommes, ce serait de l'idolâtrie. La plus grande marque de respect que nous puissions donner aux révélateurs, c'est de les unir ensemble dans l'éternelle et immanente Révélation qui éclaira l'Humanité à son berceau et qui l'cclairera dans tous les âges.

Cela étant, quelle impiété peut-il y avoir à donner un cortège antérieur à celui que Ton appelle avec raison le divin Rédempteur, et dont la venue et la mort marquent en effet une époque de résurrection dans THumanité? 11 n'y a, certes, aucune impiété à découvrir la voie radieuse qui, de Jésus fondateur du Christianisme, remonte à Moyse ; et il n'y en a pas davantage à découvrir les routes qui unissent Moyse

à Orphée, Moyse et Orphée à l'Egypte, l'Egypte à la Chaldée et à l'Inde. Certes, nous n'avons pas découvert ces rapports dans toute leur profondeur par l'étude que nous venons de faire; mais, avec un cœur pur et sincère, cherchant la vérité de toute notre âme, nous nous sommes mis sur la trace de ces rapports, et nous avons, au moins, démontré, par les origines mêmes du Christianisme, cette importante vérité, que le Christianisme est l'extension de la cité antique à tous les hommes.

Au point oîj nous sommes parvenus, l'histoire entière du Christianisme se découvre ; et, sa signification profonde nous étant donnée, rien ne serait plus facile, ce semble, que de pénétrer dans cette histoire, pour y répandre une lumière toute nouvelle. Mais nous nous garderons bien d'entreprendre ce labeur.

Montesquieu raconte, dans la Préface de V Esprit des lois, qu'il a bien souvent commencé et bien souvent abandonné cet ouvrage ; il dit qu'il a mille fois envoyé aux vents les feuilles qu'il avait écrites, qu'il sentait tous les jours les mains paternelles tomber, qu'il suivait son objet sans former de dessein , et ne trouvait la vérité que pour la perdre. « Mais, ajoute-t-il, quand j'ai eu découvert mes principes, » tout ce que je cherchais est venu à moi,«et, dans le cours » de vingt années, j'ai vu mon ouvrage commencer, croître » s'avancer et finir. »

Heureux Montesquieu!

Nous n'avons pas le loisir que donnait le Dix-Huitième Siècle pour porter, vingt ans durant, un ouvrage dans notre sein , le méditer et l'accomplir.

Page 1