CHAPITRE XIII
Conclusion de celle Seconde Partie.
Et pourtant nous croyons avoir découvert et exposé dans ce livre quelques principes. Nous allons les résumer, en attendant qu'il nous soit possible, s'il plait à Dieu, d'en suivre et d'en dérouler toutes les conséquences. Hélas! le temps où nous vivons est une époque de trouble et d'agitation, et notre vie en particulier est pleine de difficultés et d'entraves.
Ce temps où nous vivons, cette époque si douloureuse, a été le point de départ de nos réflexions. En examinant, dans la Première Partie de cet écrit, intitulée le PRÉSENT, la société telle qu'elle se montre aujourd'hui, nous avons reconnu et prouvé :
1° Que la Révolution Française a justement résumé la politique dans ces trois mots: Liberté, Egalité, Fraternité;
S*» Que l'Égalité est un principe, un dogme; que le terme Égalité y dans le symbole révolutionnaire , veut dire : L'Égalité est une loi divine, une loi antérieure à toutes les lois, et dont toutes les lois doivent dériver;
3*» Que ce principe, bien que n'étant nullement mis en pratique, est pourtant aujourd'hui admis comme le critérium de la justice ;
II" Que la société actuelle, sous quelque rapport qu*on la considère, n'a d'autre base que ce principe;
5** Que le mal actuel de la société résulte de la lutte de ce principe et de son contraire.
Et nous en avons conclu :
Que, dans l'ordre de la Nature, telle qu'elle se révèle
aujourd'hui à noire intelligence, l'homme est égal à l'homme, et que les conséquences légitimes de ce principe, quelles qu'elles soient, se réaliseront;
Que, pareillement, dans la Cité, telle que nous la concevons aujourd'hui , le citoyen est égal au citoyen, et que les conséquences légitimes de ce principe, quelles qu'elles soient, se réaliseront.
Mais après avoir ainsi recueilli le sens du Présent ^ nous avons voulu remonter au Passé , pour voir s'il confirmerait ou démentirait les espérances que nous fondons sur ce dogme de l'Egalité.
De là la Seconde Partie de cet écrit, le PxVSSÉ.
Or le Passé a complètement confirmé ce que nous avions découvert dans le Présent. Nous nous sommes assurés que la vie antérieure de l'Humanité contenait le germe de l'Égalité. Toutes les grandes religions, toutes les grandes philosophies, toutes les grandes législations, contiennent ce germe. Le but général de la Seconde Partie de notre ouvrage est d'en donner la preuve évidente et certaine. Le sens profond des religions, ou plutôt de la Piévélalion unique et éternelle, identique et pourtant diverse dans ses phases successives, ressort clairement des textes que nous avons rapprochés et commentés. La Religion est en essence la Solidarité humaine, dont l'Egalité est un aspect.
Si le développement de l'Égalité avait été aussi avancé à une époque qu'à une autre, il n'y aurait pas eu de progrès. Or le progrès, quelle qu'en soit la cause première, est la loi de l'espèce humaine. Toute notre étude du passé a donc abouti à prouver, d'une part, que le germe de l'Égalité a toujours existé, et, d'autre part, que ce germe n'a jamais été aussi développé idéalement qu'il l'est aujourd'hui.
Et pourtant, je le répète, la Révélation éternelle, mani-
DFUXIÈME PARTIE. SS;*)
feslée p«ir toutes les grandes religions, a toujours proclama; l'Égalité humaine.
De là, dans le passé, une antinomie que nous nous sommes attaché à suivre et h éclaircir.
Cette antinomie dure encore , ce qui fait que le droit social n'a pas eu de fondement jusqu'ici. L'Égalité humaine, comprise et acceptée, peut seule donner un fondement au droit politique. Aussi, je le répète, jusqu'ici le droit n'a pas été connu.
Nous l'avons prouvé en démontrant que depuis Aristote jusqu'à Montesquieu inclusivement les écrivains politiques n'ont su qu'ériger le fait en droit.
Nous ne reviendrons pas sur l'analyse que nous avons donnée, sous ce rapport, de la Politique d'Aristote et de la République de Platon. Aristote prend le fait pour l'idéal : Platon, ce grand artiste, tout en voyant l'idéal, ne le voit pas; car il est encore enfermé dans les castes.
La religion primitive était supéi'ieure à l'idéal de Platon; et voilà pourquoi le Mosaïsme, qui, soit dans ses dogmes génésiaques, soit dans sa législation, renfermait le principe de l'Égalité humaine, a triomphé de toutes les religions et de toutes les philosophies où ce principe était, à des degrés divers, obscurci et défiguré.
Le Christianisme, issu du Mosaïsme en ligne directe, a fait faire un nouveau progrès à l'Égalité, en apportant aux hommes cette leçon : « Vous êtes tous fils du même Dieu , vous êtes tous frères, aimez-vous comme des frères. » Mais, sorti, comme nous l'avons vu, d'une secte du Mosaïsme, de la secte Essénienne, il n'a pas dépassé la science des Esséniens ni leur pratique. La vie béate de ses moines n'a fait que reproduire la vie des Esséniens ; et, tout en dominant le monde^ il a laissé subsister Vinfraternitê , c'est-à-dire
l'inégalité. Pour se défendre lui-même, il a été obligé d'admettre et d'invoquer la fausse et absurde distinction du spirituel et du temporel, du royaume céleste et du royaume terrestre, de Dieu et de César. Il est donc vrai de dire que la venue de l'Évangile n'a influencé directement que le sentiment, et n'a agi qu'indirectement sur la connaissance et sur l'activité. Le Christianisme n'a pas apporté la science de l'organisation de l'Égalité : par conséquent, bien que, sous le nom de Fraternité, le principe de l'Égalité humaine se trouve avoir été proclamé par Jésus, il ne l'a été que comme une utopie commandée par la Charité, qui comprend à la fois et relie l'amour de Dieu et l'amour des hommes.
De même qu'après Platon et Aristote, l'Humanité avait un progrès à faire pour qu'un nouveau progrès philosophique fui possible, et que c'est ce pas fait par l'Humanité sans lumière nouvelle et sans autre idéal qui constitue l'histoire depuis Platon jusqu'à Jésus-Christ, de même après Jésus l'Humanité avait un progrès à faire pour qu'un nouveau progrès philosophique fût possible, et c'est ce pas fait par l'IIumanilé sans lumière nouvelle et sans autre idéal qui constitue l'histoire depuis Jésus jusqu'à la fin du Dix-Huitième Siècle et à la Révolution Française.
C'est ainsi que I'Égalité humaine est sortie peu à peu, laborieusement et successivement, des barrières qui l'obstruaient, et qui, comme je le dirai tout-à-l'heure dans la Conclusion générale de cet ouvrage, ne sont autres que les Castes. En abolissant les castes piimitives, qui se rapportent à la famille, elle s'est d'abord manifestée sous un aspect individuel , et s'est appelée Liberté. En abolissant les castes qui succédèrent aux castes primitives, et qui se rapportent à la patrie, à la cité , elle s'est manifestée sous un aspect sentimental, et s'est appelée Fraternité. En abolis-