‹ De l'égalitéChapitre 15 sur 145 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Ce principe est aujourd'liui reconnu comme le critérium même de la justice.

Je demande à ceux qui ne voient pas un principe, c'està-dire un dogme et un commandement, dans l'Égalité humaine, pourquoi ils trouveraient mauvais et contraire à toute équité , comme à toute saine législation , qu'un père eût aujourd'hui droit de vie et de mort sur ses enfants , comme cela se pratiqua chez les Romains, ou qu'un maître pût impunément tuer ou blesser son serviteur, comme cela a eu lieu autrefois chez tous les peuples, et comme cela a encore lieu dans les colonies à esclaves. Je leur demande pourquoi il leur paraîtrait inique et absurde de rétablir en Europe l'esclavage et la féodalité, pourquoi ils trouvent admirable, au contraire, que le citoyen le plus pauvre ait action contre le plus riche , et que la peine d'un délit ou d'un crime soit la môme, quel que soit l'offensé, et quelque soit le criminel.

Vous avez donc une justice différente de celle des Lacédémoniens, qui blessaient et tuaient impunément les Ilotes; différente de celle des Romains, qui blessaient et tuaient impunément leurs Esclaves ; différente de celle des Nobles du moyen âge , qui blessaient et tuaient impunément leurs Serfs. Vous ne pesez plus les peines d'après la qualité de l'offenseur et de l'offensé, et vous trouveriez mauvais qu'un prince aujourd'hui, meurtrier d'un manant, rachetât sa faute avec quelques sous parisis.

Mais pourquoi cette variation dans les lois humaines ? Autrefois; dans les lois criminelles, à quoi avait-on égard?

Page 1