PREMIERE PARTIE
n*est pas confirmé ou toléré. Vous me répondez par ce mot fameux, dont on a fait si stupidement un crime h la Révolution française : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! » Ce mot qu'on accuse est tout simplement le cri sublime de la conscience, c'est le cri de la justice, c'est le gu*îl mourut de Corneille.
Mais ces hommes sont noirs, vous dit-on ; ils sont de la race de Cliam, et vous êtes de la race de Japliet. Vous répondez que la différence de peau ne justifie pas l'esclavage; que les Suédois sont plus blancs que les Espagnols, et qu'il n'y a rien à en conclure.
Mais, vous dit-on encore, les papes ont donné autrefois un brevet de souveraineté aux Européens sur l'Afrique, et le grand défenseur des malheureux Indiens, Las-Casas, trouvait bon et légitime qu'on réduisît les nègres en Captivité. Vous répondez que les papes ont disposé de ce qui ne leur appartenait pas, et que Las-Casas eût été plus tard de l'avis de Clarkson pour émanciper les nègres.
Enfin, qu'on vous objecte la Bible et ces sentences d'extermination prononcées par Moyse contre tant de peuples, vous fermerez le livre avec dégoût, et vous rejetterez ces commandements sur l'ignorance du genre humain à celte époque.
Rien donc ne peut prévaloir sur le sentiment que vous avez de la justice, et ce sentiment n'est autre que la croyance dans l'égalité des hommes.
Et cette croyance, innée aujourd'hui pour ainsi dire dans tous les esprits bien faits, a produit un résultat. Les diplomates ont fait des lois positives et institué des peines contre le trafic d'hommes.
Concluons donc qu'il est reconnu aujourd'hui par l'esprit humain qu'un homme a certains droits en sa seule qualité
d'homme ; ce qni revient à dire, quand on y réfléchit, qu'un homme a virtuellement les mêmes droits que tout autre homme. D'où il nous faut tirer nécessairement cette seconde conclusion , que si nous ne pouvons pas encore réaliser véritablement l'application de ce droit, si nous sommes encore trop ignorants, trop vicieux, trop misérables, pour organiser l'Egalité humaine sur la terre, cette égalité n'en est pas moins antérieure et supérieure à toutes nos nationalités, à toutes nos constitutions, à tous nos établissements,