‹ De l'égalitéChapitre 20 sur 145 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

organisé un champ-clos où des hommes garrottés et désarmés seraient hvrés à d'autres munis de honnes armes. Le spectacle de liberté que présente le travail et l'industrie ressemble beaucoup, on vérité, au bagne de Toulon. N'importe; le peuple a gagné une grande victoire, puisque le droit de tous à toute industrie et à toute propriété est proclamé et reconnu.

li° Le même principe de l'Égalité est partout proclamé dans les lois criminelles.

Ici encore je serais fâché qu'on me crût dupe , et qu'on s'imaginât que, trompé par l'appât que l'on a jeté à la multitude, je donne dans la folie de croire que nos lois criminelles sont égales pour tous, et que nous possédons ainsi le ne c plus ^</^^^^ de l'équité. Non, en vérité, je n'en crois pas un mot. Mais s'il est faux de dire que la véritable égalité pénale règne en fait, il est vrai de dire qu'en fait une grossière égalité pénale est établie. S'il est faux de dire que le principe de l'égalité criminelle , tel qu'on le comprend aujourd'hui, soit le principe même de la justice, il est vrai de dire que ce principe est une ombre de la justice et un acheminement vers la véritable équité. Je m'explique.

Pour que la justice fût égale entre les pauvres et les riches, il faudrait d'abord qu'il n'y eût, à l'origine, au début, ni enfants pauvres , ni enfants riches ; il faudrait , en d'autres termes, que l'éducation publique fût donnée à tous, comme l'avait décrété la Convention ; il faudrait que, sans distinction de naissance , ils reçussent tous la même instruction morale , et qu'ils partissent ensemble du même point. Ils pourraient alors lutter véritablement de vertu , et tout méfait pourrait leur être justement imputé. Mais quelle justice y a-t-il,je le demande, à punir un malheureux imbécile, un homme que sa condition originelle a privé d'éducation, ou

qui a été poussé au crime par le besoin et la misère, de la même façon et de la même peine qu'un homme à qui rien de ce qui pouvait l'éclairer ou lui épargner le crime n'a été refusé? Punissez-vous un mineur comme vous punissez un homme fait ? Non , vous avez égard à la faiblesse de l'âge. Combien d'hommes, faute d'éducation, sont véritablement des mineurs dans la société, et devraient être traités comme tels ! La justice, dans son essence même, c'est l'égalité : où il y a si peu d'égalité dans les conditions , j'ai peine à voir quelle justice il y a dans l'égalité des peines. Quand vous faites courir des chevaux pour un prix, vous ne permettez pas que l'un soit chargé au double de l'autre ; vous portez le goût et le sentiment de l'égalité en ces choses jusqu'à peser les jokeys qui doivent monter sur vos coursiers. Mais en fait de criminalité humaine , vous agissez autrement. Vous punissez de la même peine le vol commis par un riche ( quand vous le punissez), et le vol commis par un pauvre. Ne voyez-vous pas que ce pauvre a un fardeau mille fois plus lourd que ce riche ?

Mais passons là-dessus ; admettons que, quelle que soit l'inégalité des milieux divers oii les hommes se trouvent jetés, la peine du délit doive être la même. Cette égale justice, cette répression égale a-t-elle lieu ? On le croit, chacun le dit, on le répète à tout propos, on le crie jusque sur les toits ; mais c'est encore un mensonge.

Consultez la statistique ; elle vous dira quelles classes payent tribut aux prisons, aux. bagnes, à l'échafaud. 11 y a une société où il est impossible d'être criminel sans tomber sous l'empire du Code pénal et sous la prise du gendarme : ce sont les classes pauvres. Il y en a une autre où l'on peut commettre presque tous les crimes sans être passible du Code pénal, ou du moins sans avoir à le redouter;

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