‹ De l'égalitéChapitre 27 sur 145 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

symbolique que Dante en a faite , a bien des cercles diff(5rents qui s'enroulent les uns dans les autres. Combien de femmes et f ombien d'hommes s'agitent dans ces cercles innombrables, cherchant l'amour et ne le trouvant pas, parceque l'amour est l'égalité, et que la fausse égalité que nous avons sous les yeux nous dérobe la véritable !

Oui , l'amour est comme la justice : son essence même est l'égalité ; ou plutôt c'est la justice même et l'équité, c'est-à-dire l'égalité à sa plus haute puissance. Quelle justice rendue à notre semblable femme que de l'aimer, et de la prendre pour épouse ! quelle égalité qu'un pareil lien qui nous fait partie d'elle et elle de nous, ou plutôt qui nous identifie à elle et elle à nous, qui transporte sur elle toutes les facultés de notre âme , et nous rend dépendants d'elle au point que nous' existons en elle et par elle I quelle égalité, dis-je , que le lien sacré et mystérieux qui , du père et de la mère, produira un être participant de tous les deux et les réunissant en lui ! Les poètes et les romanciers n'ont donc pas eu tort : nulle considération , à moins d'être vraiment sacrée, ne saurait balancer le lien divin qui fait l'amour.

Mais aussi transportez dans ce lien, au lieu de l'égalité véritable, une fausse idée de l'égalité, et voyez quel crime en résulte. Si vous n'avez pas d'autre idée de l'égalité en amour, sinon qu'aucune barrière ne vous sépare de l'objet de vos désirs, ce n'est plus un acte de justice que vous accomplissez, c'est la plus grande des injustices; ce n'est plus l'égalité que vous réalisez, c'est l'inégalité que vous érigez en sa place.

Et l'amour, qui est l'égalité, qui est la justice, s'éloigne et vous échappe ; et vos étreintes n'embrassent, au lieu de lui, que les douleurs et les remords , compagnons inséparables de toute injustice.

sa DE L'ÉGALITÉ.

Faut-il donc s*élonner que tant d'hommes et de femmes se plaignent aujourd'hui de n'avoir trouvé dans l'amour qu'une douleur éternelle ? Trompés par la fausse égalité que nous avons sous les yeux, ils ne cherchent à réaliser que celle-là, et ainsi se donnent licence d'offenser à plaisir l'égalité véritable, c'est-à-dire l'amour. Ils sont libres, disentils. Libres de quoi? en d'autres termes, pourquoi sont-ils libres? Le droit de l'égalité dans l'amour, qui est proclamé, n'est proclamé qu'afin que nous réalisions cette égalité. Mais prendre ce droit et en abuser sans produire réellement l'acte de justice qu'il nous confère, c'est se conduire en esclaves nouvellement affranchis, qui ne savent pas en quoi consiste la liberté. Et voilà ce qui est ordinaire aujourd'hui : en l'absence d'une notion véritable de la justice et de l'amour, au lieu de l'amour, qui est l'égalité réalisée, on réalise le contraire de l'amour. Et c'est à quoi a contribué la proclamation même de l'égalité dans l'amour.

On a dit : Entre les hommes et les femmes plus de barrière ; au nom de l'égalité , plus de rangs qui séparent ceux que l'amour veut unir. Mais qu'est-il résulté de cette proclamation de l'égalité? est-ce l'égalité dans l'amour? Non, c'est l'inégalité dans l'amour. Pour que l'égalité en résultât, il aurait fallu que l'amour fût revêtu de justice et de sainteté , c'est-à-dire que les hommes comprissent bien que ce lien est le plus grand acte d'équité que nous puissions réaliser sur la terre, qu'il est l'application la plus auguste du principe même de l'égalité, identique avec celui de la ustice. Mais , faute de comprendre cela, ils n'ont réalisé, au nom de l'égalité, que l'inégalité, l'injustice, l'iniquité. Car, s'unissant sans l'idée de la justice et de l'égalité, le lien qu'ils contractent est, non pas l'amour véritable , mais

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