PREMIÈRE PARTIE
dustricl. Mais, lors même qu'elle se manifeste, comme elle ne se manifeste que par des actes empreints de sensation, de sentiment et de connaissance à la fois, aucune disparité essentielle de nature d'elles à nous ne nous est révélée ; mais, au contraire, nous retrouvons encore notre propre nature dans la leur.
Considérez en effet ce qui arrive ; considérez la cause du phénomène, la nature du phénomène, les effets et les suites du phénomène. D'abord la cause de cette originalité, de cette particularité de la femme, est la même à nos yeux que celle qui fait d'un homme un savant, un artiste, ou un industriel. C4ette cause est cachée en Dieu, au sein d'une vie qui ne nous est pas communiquée. N'est-il pas vrai que nous attribuons grossièrement ces facultés diverses des hommes à ce que nous appelons la nature ou l'organisation ? Qu'est-ce à dire, et que signifient ces mots de nature et d'organisation, sinon la cause inconnue et tout-à-fait incompréhensible pour nous d'une virtualité qui peut se manifester comme elle peut rester latente. Hé bien, il en est de même de la femme. C'est à la nature, à l'organisation^ que nous rapportons la virtualité secrète et mystérieuse, qui, de l'état latent, peut passer à l'état de manifestation; qui, d'un être humain en général, peut faire un être particulier, ayant certaines propriétés distinctes, une épouse, une mère. Le phénomène ayant lieu, la même parité se continue. Car l'artiste perd l'inspiration ou la retrouve sans en être maître, et sans savoir comment Dieu agit en lui ; et de même la femme sent en elle l'inspiration qui la fait aimer, et, devenue mère, s'incliner sur le berceau de son enfant, sans rien comprendre de ces profonds mystères. Mais l'un et l'autre, la femme et l'artiste, manifestent leur vie ^t la virtualité qui est en eux par des actes où se trouvent
unis la sensation, le sentiment, la connaissance, et où il n'y a pas autre chose, ni pour eux, ni pour les natures avec lesquelles ils sont en communication. L'identité de condition est donc encore évidente.
Tirez maintenant la conclusion. Pour être ce qu'ils sont, c'est-à-dire certaines virtualités bien diverses, mais cachées dans leur essence, les savants, les artistes ou les industriels, ne sont pas moins tous égaux, en tant qu'hommes. Parcequ'il y a prédominance chez eux de l'un des trois aspects de notre nature, ils n'en réunissent pas moins ces trois aspects, et voilà pourquoi ils sont égaux. Ils sortent de cet état général d'uniformité quand la fonction spéciale à laquelle Dieu les a destinés et rendus propres commence : alors leur particularité se révèle. Des actes empreints à la fois du triple cachet de la sensation, du sentiment, et delà connaissance, mais qui ont leur source dans une innéité particulière, les révèlent ce qu'ils sont, les particularisent et les distinguent. Mais , ne saisissant eux-mêmes en eux et ne communiquant aux autres hommes que sensation-sentiment-connaissance, ils restent par là-même nos égaux, des natures pareilles aux nôtres, des personnes humaines en un mot. Il en est de même de la femme : tout ce qu'elle sent en elle et tout ce qu'elle exprime, c'est la sensation, le sentiment, la connaissance, unis. Elle est donc toujours notre égale et de nature semblable. La source est diverse en Dieu, mais les effets sont les mêmes, et tout ce qui est percevable et communicable se trouve être identique. La même erreur qui a fait que les penseurs que je réfute ici en passant ont imaginé, entre le savant, l'industriel, et l'artiste, une différence essentielle ou de nature, comme s'ils n'avaient, par exemple, qu'une des trois facultés de notre être pour apapage, leur a fait aussi considérer la femme comme un type