‹ De l'égalitéChapitre 30 sur 145 · PREMIÈRE PARTIE. M · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. M

il part, essentiellement différent du type homme. Mais c'est là une grave méprise.

Donc, pour me résumer, de quelque manière qu'on envisage cette question, on est conduit à proclamer l'égalité de l'homme et de la femme. Car si nous considérons la femme dans le couple, la femme est l'égale de l'homme, puisque le couple même est fondé sur l'égalité, puisque l'amour même est l'égalité, et que là où ne règne pas la justice, c'est-à-dire l'égalité, là ne peut régner l'amour, mais règne le contraire de l'amour. Et si nous considérons la femme hors du couple, c'est un être humain semblable à l'homme, doué des mêmes facultés à des degrés divers ; une de ces variétés dans l'unité qui constituent le monde et la société humaine.

Celte manière de nous rendre compte de l'égalité de la femme est bien différente, je le répète, de la doctrine présentée à cet effet dans ces derniers temps, et elle emporte aussi de tout autres conséquences. La théologie juive-chrétienne, née en Orient à une époque oii l'esclavage de la femme était universel, n'avait rien trouvé de mieux que de faire sortir la femme de la côte d'Adam, et de la subalterniser ainsi à l'homme dans l'idée même de sa création. C'était consacrer, par un dogme génésiaque, l'inégalité des deux sexes et la servitude de la femme. A leur tour, ceux qui naguère ont pris en main la cause de la femme, et qui ont prêché la révolte à Eve , ont présenté une idée théologique qui sépare essentiellement les deux sexes, tout en les égalisant et en les plaçant sur le même rang. En effet, n'ont-ils pas donné de Dieu cette formule en apparence bizarre : « Dieu , il est bon ; Dieu , elle est bonne. » C'est un retour vers le Sivaïsme que cette formule. Mais ont-ils bien compris l'antique culte de Siva et de Dourga, ceux

au DE L'ÉGALITÉ.

qui le reproduisent ainsi ? Le Sivaïsme séparait-il les deux principes? Non, il les unissait tout au contraire indi visiblement dans son symbole. Certes, la formule de M. Enfantin, appliquée aux manifestations divines, est supérieure au mythe hébraïque; elle ne fait pas sortir Eve, par une création secondaire, de la côte d'Adam; elle ne fait pas d'elle une dépendance, un appendice de l'homme; elle la fait éclore à côté de lui, et la constitue son égale. Mais elle a un grand défaut, suivant nous : c'est de différencier à tort, d'une manière essentielle, ce qui ne doit pas être ainsi différencié. Oui, Dieu est en effet les deux principes, il les renferme dans le mystère de son essence; mais il n'est pour cela ni il, ni elle : il est les deux unis par un troisième. Pourquoi expliciter essentiellement en Dieu ce qui ne doit pas l'être, ce qui ne peut l'être qu'en détruisant l'idée même de Dieu? Dieu n'est ni dans l'une ni dans l'autre des deux faces que vous distinguez en lui ; il est dans ces deux faces unies par l'amour, qui est sa troisième face. Donc la conséquence que vous tirez de votre formule est fausse : il n'y a pas plus d'il et d'elle dans la manifestation humaine de l'essence divine, c'est-à-dire dans le genre humain, qu'il n'y en a dans toute autre manifestation de l'essence même de Dieu. Dieu ne se manifeste que lorsque le il et le elle, qui sont virtuellement en lui, sont unis par un troisième principe, l'amour; et c'est alors, et alors seulement, que les deux principes que vous distinguez se révèlent. Et de même, l'homme et la femme ne se révèlent comme sexes que lorsque l'amour les unit. Avant l'amour et le couple, la femme n'est pas, pour ainsi dire; car elle n'existe pas en tant que femme, elle n'est qu'une personne humaine.

Au surplus, je Tai déjà dit, cette difîérenciation peu phi-

Page 1