CHAPITRE II
Les écrivains politiques, depuis Aristote jusqu'à Montesquieu, n'ont su qu'ériger le fait en droit.
Oui, je dis que le droit social n'a pas eu de fondement jusqu'à nous, et que, la croyance à l'égalité humaine supprimée, les États ne sont que ce que Hobbes les a vus, un conflit de passions aveugles et d'intérêts opposés, où le despotisme seul, c'est-à-dire un pouvoir quelconque, une domination quelconque (ce que Hobbes par euphémisme appelle imperium) établit une règle. Je dis que, la croyance à l'égalité humaine supprimée , l'égalité dans la cité est un simple fait, qui peut exister ou ne pas exister, mais qui, s'il existe, n'a aucune autre sanction que son existence même.
Au surplus, les monuments dont la science politique s'enorgueillit le plus prouvent cette assertion.
Pourquoi, je le demande, Aristote, vivant au milieu des républiques grecques, admet-il indifféremment, comme également légitimes, la monarchie, l'aristocratie, la démocratie? Pourquoi Montesquieu, si voisin de nous, a-t-il admis, à l'exemple d'Aristote, comme également légitimes, la monarchie, l'aristocratie, la démocratie ?
C'est que ni Aristote, ni Montesquieu, n'ont eu la croyance de l'égalité humaine, et que, n'ayant pas celte croyance, ils n'ont pu établir comme un droit l'égalité dans la cité. Ils ont donc admis, comme des combinaisons également heureuses, également raisonnables, le gouvernement par