DEUXIÈME PARTIE
scntiincnt. Aussi Platon, chorchaiU où réside celte tempérance, la place-t-il en môme temps en eux et hors d'eux :
SOCRATK.
« Lorsque les membres de la société sont ainsi disposés, » en qui direz-vous que réside la tempérance ? Dans ceux » qui commandent ou dans ceux qui obéissent ?
GLAUGON.
» Dans les uns et dans les autres.
SOCKATE.
j> En effet. Il n'en est pas de la tempérance comme de la » prudence et de la force, qui ne se trouvent chacune que » dans une partie de l'état, et le rendent néanmoins pru- » dent et fort ; au lieu que la tempérance est une sorte de » concert établi par la nature entre la partie supérieure et » la partie inférieure d'une société ou d'un particulier, » pour décider quelle est la partie qui doit commander à » l'autre. »
Il ne reste plus à Socrate qu'à conclure. Et il conclut en effet par ce grand mot de justice, qui équivaut pour lui à la vertu et à la perfection. Or, où trouve-t-il cette justice? Ecoutez bien :
SOCRATE
« La république est Juste, parceque chacun des trois » ordres qui la composent fait ^iniquement ce qui est de son » devoir, »
Voilà le dernier mot de Socrate et de Platon en fait de justice humaine. La justice, c'est qu'il y ait trois ordres dans l'état, des bergers, des chiens, un troupeau ; que les magistrats soient d'habiles bergers, les guerriers les chiens actifs de ces bergers, et la multitude le troupeau obéissant de ces chiens et de ces bergers,
Elevons ici notre voix contre Socrale avec toute la certitude que nous donne la moralité d'aujourd'hui.
Non, le but de la politique n'est pas de former un état composé de trois hommes d'essences diverses, une brute sous le nom d'artisan, un gardien de troupeau sous le nom de guerrier, et un homme intellectuel sous le nom de magistrat. Le but de la politique est de faire que tout homme soit, le plus possible, un homme complet, c'est-à-dire un composé d'intelligence, de sentiment et de sensation.
Il est évident que Platon a tué l'homme au profit de son idéal de société. Mais il y a plus, c'est qu'il n'a même pas rencontré cet idéal. Et lorsque ce grand artiste , épris de son œuvre, s'écrie : « Voilà la plus belle république qui fut )) jamais, » nous sommes en droit de lui dire que nous en co::cevons une plus belle. Sa république n'est constituée qu'en apparence, elle n'est parfaite qu'en apparence, elle n'est le type de la justice qu'en apparence. Il lui manque quelque chose, Fâme, l'unité.
De même que Platon avait trop divisé et fragmenté l'âme humaine, il a trop divisii et fragmenté la société humaine. Voilà, je l'ai déjà dit, la source de toutes ses erreurs; et voilà aussi pourquoi sa république n'est pas l'idéal qu'il cherchait.
Il fallait, après avoir distingué dans l'état trois ordres, c'est-à-dire trois fonctions, montrer ensuite comment l'état n'était ni l'une, ni l'autre, ni la troisième de ces fonctions, ni un assemblage des trois, mais comment une unité indécomposable résultait de l'harmonie entre ces trois fonctions, unité qui était réellement l'état ; puis, reprenant la similitude de l'individu et delà société, montrer que le citoyen reparaissait dans cet état, non plus comme fonctionnaire, c'est-à-dire comme partie, mais comme citoyen.