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c'est-à-diro comme une iiiiilé complète, adéquate à l'état et de même qualité. C'est cette synthèse nouvelle qui manque à la llcpnbliqxie de Platon, et qui n'était pas possible avec les bases qu'il avait adoptées.
En effet, comment l'homme complet pourrait-il se trouver dans une société oCi régnent de véritables castes, dans une société dont le principe générateur est que les uns seront intelligents et gouverneront par la science, la ruse et l'adresse; que les autres seront dociles, obéissants comme les chiens d'un berger; et que les troisièmes seront ignorants, abjects, sans courage, sans générosité ?
Mais je vais plus loin, et je dis à Platon que, suivant ses principes mêmes, sa conclusion rend ses prémisses absurdes, ou réciproquement. Car où est, ô Platon, votre homme juste dans une telle république ? Votre république est juste, je le veux bien ; mais il n'y a plus d'hommes justes. Un homme juste, avez-vous dit, est celui dans lequel l'intelligence gouverne le sentiment et la sensation. Sont-ce vos artisans qui sont justes? Ils n'ont pas d'intelligence qui gouverne en eux ; car c'est une intelligence étrangère qui les gouverne. Ils n'ont pas de sentiment qui vienne en aide à la raison qui leur manque ; car le sentiment est la force qui réside au camp de vos guerriers. Sont-ce de même vos guerriers qui sont justes? Non ; car l'intelligence rectrice est hors d'eux dans le secret sanctuaire de leurs magistrats et de leurs prêtres. 11 n'y a donc que ces derniers qui soient justes : mais le sont-ils, occupés qu'ils sont de gouverner par la ruse l'appétit irascible de leurs élèves les guerriers, et foulant aux pieds, comme un vil bétail, les artisans et les esclaves? Donc, dans votre république, il n'y aura pas un seul homme juste suivant votre définition, ou du moins le plus grand nombre ne sera pas juste. Ainsi la justice.
dans le sens même où Socrate l'expose, est bannie de cette n^publique, sans laquelle pourtant Socrate ne voit pas de justice sur la terre.
Et s'il n'y a pas d'homme juste dans une telle république, comment la république elle même pourrait-elle être juste? Cette justice, cette perfection, que Socrate voit dans sa république, n'est donc, comme je l'ai déjà dit, qu'apparente ; elle n'est que dans les mots, et n'a rien de réel. L'intelligence placée au sommet de cette société n'est pas une intelligence normale ; car les hommes en qui elle réside sont supposés n'être qu'intelligence ; ils diffèrent autant des autres hommes, pour employer la comparaison familière à Platon, que le berger diffère de son chien et de son traupeau. Quelle sympathie les ferait s'intéressera ce troupeau ? Aucune. Or, qu'est-ce que l'intelligence ainsi séparée du sentiment et de la réalité présente et sensible ? Un fort mauvais guide, susceptible des erreurs les plus graves, et exposé aux plus profondes ténèbres. D'où viendrait l'inspiration vraie à cette intelligence ainsi étrangère à l'Humanité ? Ces vieillards sublimes , sans cœur et sans entrailles, que Platon met à la tête de sa cité, pourraient bien, s'ils étaient de bonne foi, entraîner l'Humanité dans un ascétisme insensé; ou, s'ils se laissaient gagner aux passions de la terre, devenir d'habiles hypocrites et de grands mystificateurs. Témoin la papauté qui , comme je le montrerai tout-h-l'heure, a réalisé jusqu'à un certain point le gouvernement de Platon.
Le sentiment, à son tour, n'est chez Platon qu'un courage aveugle, fanatique, superstitieux. Ces guerriers de Platon, que l'on conduit par d'hajiiles ressorts, ressemblent aux serviteurs du Vieux de la Montagne et aux croisés du moyen-âge. Enfin la sensation, trop méprisée, avilie, foulée
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aux pieds, se voiigc en se redressant comme un serpent : les passions les plus impures doivent agiter cette tourbe d'esclaves qui composent le peuple dans la cité de Platon.
Ainsi rien n'est normal dans cette république, ni l'intelligence, ni le sentiment, ni la sensation. Après avoir détruit de fond en comble l'œuvre divine, qui est l'homme, Platon n'arrive, dans son œuvre artificielle, la société, qu'à un véritable monstre.
C'est que Platon, je le répète, n'a pas compris le vrai rapport de l'homme et de la société. Il a imaginé de faire vivre artiliciellement l'homme par la société. En effet, l'homme vit et doit vivre par la société ; mais il doit vivre par elle naturellement. J'entends par là qu'il doit rester homme, et vivre au complet, suivant sa nature,- même en vivant par la société. Or, il ne peut vivre au complet sans être par lui-même , et par conséquent sans que la société ne soit hors de lui, ne procède de lui, ne relève de lui, ne soit autre chose que lui. Il s'en distingue donc radicalement et complètement, en même temps qu'il est identique avec elle. Voilà le mystère que Platon n'a pas compris.
Il y a réellement identité entre l'homme, ou le citoyen, et la société. Mais, au lieu de la véritable identité qui doit exister entre eux, on peut saisir une identité fausse ; et c'est ce qu'a fait Platon.
Il y a également une différenciation réelle et certaine à établir entre l'homme, ou le citoyen, et la société. Mais, au lieu de la véritable différence, on peut en saisir une fausse ; et c'est aussi ce qu'a fait Platon.
Lorsque Platon dit à son citoyen : Tu seras artisan, guerrier, ou magistrat dans la république, et tu ne seras pas autre chose, tu ne seras plus homme, il établit à la fois et
du même coup une identification fausse de l'homme avec
la société et une différenciation fausse de l'homme avec cette même société. En effet, il distingue et différencie l'homme de la société en ce que l'homme n'est qu'intelligence, ou sentiment, ou sensation, en d'autres termes n'est que tête, cœur ou membres, tandis que la république est tout cela. La différenciation est trop forte : l'homme qui n'est ainsi qu'une partie de la triplicité , placé en face de cette triplicité vivante qui constitue l'Etat, est nécessairement anéanti ; car il se distingue trop de la société pour qu'un rapport quelconque puisse être apprécié entre eux. Et, réciproquement, quand Platon cherche l'identité de l'homme et de la société dans une identification complète, telle que l'homme soit réellement ou la tête, ou le cœur, ou les muscles de cette société, la société elle-même disparaît et est anéantie ; car devant cet homme vivant qui se trouve investi du pouvoir social, au point d'en être la tête, par exemple, l'être abstrait qu'on nomme société n'est plus qu'une ombre vaine et un mot vide de sens. La société appartient à cet homme qui est sa tête, il la porte avec lui ; il est elle, donc elle est en lui; et, de même que certain monarque disait : « L'État , c'est moi » il peut et doit dire : L'Humanité, c'est moi. De là, encore une fois, le Lamaïsme oriental ou la Papauté de l'Occident, c'est-à-dire l'anéantissement de l'Humanité dans un homme.
Non, ce n'est pas là que gît la véritable identité de l'homme et de la société, et leur véritable différenciation. Cette identité et cette différenciation gisent en ceci que la société, être complet, magistrat-guerrier-artisan, ou, en d'autres termes, savant-artiste-industriel , se réfléchit dans l'homme complet, connaissance-senliment-sensation , correspond à toute sa nature, fournit des aliments à toutes ses facultés, l'engendre réellement et le gouverne; de même