DEUXIEME PARTIE
que, réciproquement, elle est le résultat de toutes ces niAmes facultés de l'homme, le produit de cet homme, engendrée qu'elle est par lui et gouvernée par lui, son œuvre en un mot, sa maison pour ainsi dire, et le simple milieu où il vit.
J'établirai plus loin cette proposition ; je montrerai que tel est réellement le rapport de l'homme et de la société ; je chercherai comment cette sorte d'équilibre et cette pénétration mutuelle peuvent avoir lieu, et comment elle doit se réaliser de plus en plus à mesure que l'Humanité se perfectionnera. Je me borne pour le moment à une comparaison qui rendra grossièrement mon idée. Comment avons-nous connaissance de notre corps ? N'est-ce pas en nous regardant dans un autre corps qui réfléchit nos traits ? Ce que nous voyons ainsi, ce n'est donc pas notre corps, c'est la glace où nous nous regardons. Donc, ce qui fait l'image, c'est la glace. Mais la glace elle-même, si notre corps n'était pas devant elle, ne réfléchirait pas cette image. C'est donc notre corps aussi qui fait l'image. Néanmoins notre corps et la glace sont tout-à-fait indépendants l'un de l'autre, quoique nous ne connaissions notre corps que par le moyen de l'un et de l'autre. Il en est de même de la vie humaine. La vie humaine, c'est la connaissance, le sentiment, la sensation qui résultent de la coexistence de l'homme et de la société : supprimez l'un ou l'autre, la vie cesse et disparaît comme l'image dont nous parlions tout-à-l'heure. L'homme et la société sont pourtant aussi distincts, aussi indépendants que le sont notre corps et la glace où nous nous regardons. Mais c'est qu'il y a de l'homme à la société, de la société à l'homme, une pénétration mutuelle par laquelle ils se confondent sans cesser d'être distincts, de même que notre corps et la glace se réunissent dans notre image, Or
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à quelle condition dira-t-on qu'un homme s'est vu dans une glace, et qu'une glace a reproduit son image ? A condition qu'il se voie tout entier, et que la glace soit assez grande pour cela. Il faut donc de même, pour que l'homme et la société existent normalement , que l'homme y soit un et complet, et que la société soit également une et complète. Tels ne sont ni l'homme de Platon , ni la société de Platon. Platon fait trois compartiments dans cette glace qui est sa république. En haut, un premier compartiment, celui qui répond à la tête ; au-dessous, un second , qui répond à la poitrine; et en bas, un troisième, qui répond aux jambes. Puis, par une sorte de sortilège, qui est l'éducation qu'il donne aux uns et qu'il refuse aux autres, il fait que cette glace ne peut réfléchir les traits de ceux qui s'y mirent que par un seul compartiment à la fois. Les hommes qui passent devant cette glace sont donc divisés par elle : les uns n'ont qu'une tête, point de poitrine et point de jambes ; d'autres, au contraire, n'ont qu'une poitrine sans tête et sans jambes ; d'autres enfin n'ont que des jambes. Et Platon trouve que celte glace réfléchit admirablement les objets, parcequ'il met la tête des uns sur la poitrine et les jambes des autres. Mais réellement on peut dire qu'il n'y a plus ni glace ni hommes.
Platon , en disséminant , dans trois parties diverses de la société, l'intelligence, le sentiment, la sensation, et en les localisant d'une façon absolue, n'a fait évidemment que reproduire l'Inde et l'Egypte. Au lieu d'une espèce humaine, il en a trois ; et il est précisément au niveau des Védas : « De sa bouche (répondant à la tête), de son bras (répon- » dant à la poitrine et au cœur), et de ses pieds (la partie » qui supporte et qui touche à la terre), le Souverain Maître, j> disent les Lois de Manon, produisit, pour la propagation