‹ De l'égalitéChapitre 56 sur 145 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

reninieiU au temps où elle a paru ; erreur qui a pu être iiillueiite et entraîner rilumaniic, mais erreur. Voilà ce qui est arrivé à Platon : en prêchant l'abolition de l'hérédité, de la propriété, de la personnalité, au profit de son idéal de société, c'est-à-dire au prolit du régime des castes, il se trouve qu'il aura prêché au proiit de l'unité du genre humain ; de même qu'en prêchant l'organisation en castes, il se trouve qu'il aura enseigné pour sa part aux hommes le moyen d'organiser la société en fonctions qui aboliront définitivement les castes.

Pour moi, tout Platon se résume dans ce discours sublime et insensé, mi-partie vérité et mi-partie erreur, que Socrate dit qu'il adresserait à ses citoyens pour leur faire adopter son système, c'est-à-dire les castes et la communauté des enfants :

« Vous êtes tous frères , leur dirais-je; mais le Dieu qui » vous a formés a fait entrer l'or dans la composition de ceux » d'entre vous qui sont propres à gouverner les autres : » aussi sont-ils les plus précieux. Il a mêlé l'argent dans la ») formation des guerriers , le fer et l'airain dans celle des » laboureurs et des autres artisans. Puis donc que vous avez » tous une origine commune, vous aurez pour l'ordinaire des » enfants qui vous ressembleront. Mais il pourra se faire » qu'un citoyen de la race d'or ait un fils de la race d'argent; » qu'un autre de la race d'argent mette au monde un fils de » la race d'or, et que la même chose arrive à l'égard de la » troisième race. Or, ce Dieu ordonne principalement aux » magistrats de prendre garde , sur toute chose , au métal » dont l'âme de chaque enfant est composée. Et si leurs » propres enfants ont quelque mélange de fer ou d'airain, » il ne veut pas qu'ils leur fassent grâce, mais qu'ils les relè- » guent dans l'état qui leur convient, soit d'artisan, soit de

» laboureur. Il veut aussi que si ces derniers ont des en- » fanls qui tiennent de l'or ou de l'argent, on les élève, » ceux-ci à la condition de guerriers, ceux-là à la dignité » de magistrats, parcequ'il y a un oracle qui dit que la » république périra lorsqu'elle sera gouvernée par le fer ou » par l'airain. [RépubL, liv. IIL) »

Vous êtes tous frères ! quelle belle parole, et bien digne du précurseur du Christ ! Socrate est admirable quand il rend cet oracle de la fraternité de tous les hommes. Il s'approche, dis-je, de Jésus. Mais remarquez qu'à l'instant même la lumière qui l'éclairait s'obscurcit, et qu'il retourne aux Védas, au monde oriental, aux castes, quand il ajoute : « Mais, parmi vous, les uns sont d'or, les autres d'argent, les troisièmes d'airain. » S'il en est ainsi, nous ne sommes donc pas frères I nous ne sommes pas semblables ; car nous ne pouvons pas nous comprendre, étant doués de facultés si diverses, et étant de natures véritablement incommunicables! C'est là le point que Socrate n'a pas franchi, et qu'il a fallu Jésus pour franchir.

Les Védas, je le répète, disent aussi aux Indiens : Vous êtes tous frères, c'est-à-dire vous êtes tous sortis de Brahma : mais les uns sont sortis de sa lête, les autres de sa poitrine, les derniers de ses pieds. Socrate ne renverse pas le régime des castes quand il dit aux uns : Vous êtes faits d'or; aux autres : Vous êtes faits d'argent ; aux derniers : Vous êtes faits d'airain.

Il fallait que Jésus montât sur la montagne, et s'écriât : Bienheureux les pauvres d'esprit !

J'ai été longtemps sans comprendre cette parole de Jésus. Prise pour un dédain de l'intelligence, elle ne serait ni vraie ni sensée. Que veut-elle donc dire? Elle est une protestation contre ce droit tiré de l'intelligence dont se

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