‹ De l'égalitéChapitre 66 sur 145 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

gitiiïio et que le droit ne dût jamais prévaloir, on reste de déplus en plus convaineu de cette vérité, que l'antiquité, faute d'avoir connu l'égalité humaine, n'a pas connu le droit.

Mais si le droit n'existait pas chez les anciens, il y avait du moins chez eux le germe du droit. En eifet, s'ils n'avaient pas la notion de l'égalité humaine qui fait le droit , ils avaient le germe de cette notion : car, tout en méconnaissant la fraternité des hommes quand il s'agissait des hommes pris en général, ils reconnaissaient positivement cette fraternité dans un cercle restreint, la caste; et ainsi ils avaient à la fois le germe de la Fraternité, de l'Égalité, du droit.

C'est ce germe que Jésus développa ; et , ne pouvant encore le développer librement dans la société même, il le sauva du moins, en le mettant dans une sorte de sanctuaire que l'on appela V Eglise. Quand je dis Jésus, je n'entends pas que lui seul ait tout fait dans cette œuvre. Une multitude d'hommes dignes d'y coopérer avec lui y ont pris part; et comme il avait eu des prédécesseurs, il eut des successeurs.

Il est temps de comprendre que ce que l'on appelle la Révélation n'est pas une révélation surhumaine ; que le révélateur, comme on le nomme, avait été précédé d'une multitude d'autres révélateurs ; que Jésus , l'analogue dans notre Occident du Bouddha oriental , et venu longtemps après lui et comme à la suite de son mouvement , n'a fait, ainsi que lui, que continuer l'esprit des législateurs antiques, en donnant une forme nouvelle à leur pensée.

La pensée des anciens législateurs était, ainsi que je viens de le dire et que je vais le démontrer, non pas l'égalité des hommes , mais l'égalité d'un certain nombre d'hommes

choisis pour dominer sur les autres ; non pas la fraternité des hommes en général, mais la fraternité des égaux, c'està-dire la fraternité dans la caste. Bouddha et Jésus, détruisant les castes, en ont fait la fraternité humaine.

Le monde occidental étant arrivé, au temps de César, à ce point de confusion que les castes étaient ruinées en Occident sans être pourtant détruites ni en principe ni en fait , et que l'esclavage aussi était ruiné sans être non plus anéanti ni en principe ni en fait, il était nécessaire, humain à la fois et providentiel , qu'un homme parût qui , reproduisant la pensée des anciens législateurs dans ce milieu ainsi transformé , donnât à cette pensée une forme plus étendue et en apparence toute nouvelle.

Cet homme qui a reproduit la pensée des anciens législateurs dans un milieu neuf, et qui, poussé par la même inspiration qu'eux, mais ayant affaire à une Humanité nouvelle, a été à la fois eux et différent d'eux, ancien et nouveau, copiste pour ainsi dire et original, c'est le législateur ou, si l'on veut, le révélateur Jésus.

Je vais montrer le lien qui unit Jésus aux législateurs qui l'avaient précédé en Occident ; je vais montrer que sa loi, son Évangile , sa bonne nouvelle, n'est pas quelque chose d'anormal et qui fût sans antécédents ; qu'au contraire elle n'est, à un certain point de vue, que la suite, la reproduction, le développement des législations antérieures, quoique, si on la considère à un autre point de vue, c'est-à-dire sous le rapport de l'abolition des castes, elle en soit profondément distincte.

Les Bouddhistes regardent Bouddha comme une dernière incarnation de l'esprit de vérité qui avait animé avant lui Chrisna, Vichnou, et tous les prophètes déifiés de l'Inde. Le Bouddhisme n'en est pas moins la destruction de ce ré-

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