DEUXIÈME PARTIE
naître entre l'antiquité italienne et l'antiquité Cretoise. Le nom même d'Italie, qu'il dit avoir été donné, avec la loi des repas communs aux Œnotriens, par un roi nommé Italus, rappelle l'Ida sacré d'où les Dactyles tiraient leur nom d'Idéens. Ainsf s'expliquerait aussi cet âge d'or, ce règne de Saturne, qui fait la borne et le point de départ de la civilisation romaine, et dont les Saturnales avaient conservé l'image.
Je ne puis m'empecher d'ajouter que j'ai remarqué, en lisant Hérodote, un fait curieux, qui me paraît jeter quelque lumière sur ce sujet. On vient de voir qu'Aristote cite^ entre autres peuples italiens qui avaient les repas communs^ les Choniens (Xwvsç) qui habitaient dans la Grande-Grèce ♦ à l'extrémité méridionale de l'Italie. On sait qu'en face de ces Choniens, de l'autre côté du golfe Adriatique, était une province d'Épire, dont les habitants s'appelaient aussi Choniens ou Chaoniens (Xâovs?). C'est dans cette partie de l'Épire qu'était la célèbre forêt de Dodone , oii les anciens Grecs avaient, dit-on, longtemps vécu de glands, et oii ils avaient été civilisés par l'oracle de Jupiter, que desservaient des espèces de cénobites appelés Selles, dont Homère et Sophocle font mention. Mais ce ne sont pas là les seuls Choniens dont l'antiquité nous parle. Hérodote mentionne également des Cauniens ou Coniens dans l'Asie-Mineure (Rajvtoi, Kwvtoi, et Kajxwviôi, suivant les manuscrits ; Caunus ou Conus des géographes) ; et il rapporte d'eux nne circonstance qui me ferait croire, malgré la différence d'orthographe, que les Coniens d'Hérodote étaient un peuple analogue aux Chaoniens d'Épire et aux Choniens de la Grande-Grèce. « Ce peuple, dit-il, a des lois bien différentes » de celles des autres nations, et qui les distinguent fort de n SCS voisins (les Cariens). Car c'est pour les Coniens la plus
iUO DE L'ÉGALITÉ.
» belle chose du monde que de se réunir à table pour boire » ensemble par troupes composées suivant Tâge et l'amitié, » aussi bien les hommes que les femmes et les enfants :
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» (Liv. L) » Hérodote ajoute que ces Coniens se vantaient de tirer leur origine de Crète. 11 me semble difficile de ne pas voir dans ces libations en commun, regardées par les Coniens de l'Asie-Mineure comme une noble et religieuse institution, les repas communs de la Crète, dont ce peuple se disait issu ; et cela étant, il est difficile de ne pas établir un rapport entre cette peuplade et les Choniens de la Crande-Crèce. Cette particularité des repas communs qui frappe tant Hérodote, et qui lui paraît caractériser ce peuple, particularité qui caractérisait aussi, au rapport d'Aristote, les Choniens d'Italie , me ferait croire , je l'avoue , que ce nom même de Coniens, comme l'écrit Hérodote, ou, avec l'aspiration, de Choniens, était un nom significatif qui exprimait cette communauté de vie (Kotvôç, commun, d'oii cénobite, vie cénobitique, etc.) Dès lors on comprend cette substitution de nom dont parle Arislote, et comment des OEnotriens d'origine ont pris le nom de Choniens, qui exprimait le régime de vie qu'on leur avait fait adopter.
Mais, quoi qu'on puisse penser de ce rapprochement et des faits relatifs à l'Italie cités par Aristote, au moins est-il impossible de douter de l'existence des repas communs dans la législation crétoise. Toute l'antiquité, je le répète, nous atteste que Lycurgue avait été chercher ses lois en Crète , et d'ailleurs les lois de la Crète subsistaient encore au temps de Platon et d'Aristote. Je me contenterai, sur la législation de Minos , de citer le résumé qu'un savant pro-