DEUXIÈME PARTIE. IM
fesscur , M. Poirson , en fait , d'après les autorités les plus certaines :
« L'île de Crète, dit-il [Précis de r histoire ancienne) , » fut peuplée successivement d'indigènes nommés Étéo- » crêtes, puis de diverses tribus grecques appartenant aux » Pélasges, aux Acliéens, et aux Doriens. Placée sur le » chemin de toutes les colonies qui, de la Libye, de la basse » Egypte et de la Phénicie, se rendaient en Grèce, la Crète » reçut de bonne heure des semences de civilisation et les » divers cultes de ces différents pays. Aussi les Grecs pla- » çaient-ils dans cette île la naissance de la plupart des » Dieux, et de Jupiter en particulier. Vers l'an 1500, tandis » que Pandion régnait à Athènes, Minos V"^ et les Dactyles » Idéens passèrent de l'Asie dans l'île de Crète. Minos j) réunit tous les peuples sous ses lois, et bâtit plusieurs » villes, entre autres Gnosse, Festus, et Cydonie. 11 donna » à ce sujet des lois qu'il supposa avoir reçues de Jupiter. » Dans le système de gouvernement qu'il établit, on trou- » vait des sociétés d'hommes libres, tous réunis sous un » même gouvernement, tous égaux entre eux, et tous servis » par des Esclaves ; aucune propriété particulière de terri- » toire ; les hommes mangeant à des tables publiques, et » leurs familles subsistant des provisions communes ; la » jeunesse formée régulièrement aux exercices de la gym- » nastique, de la navigation, de la guerre; des mœurs se- » vères maintenues par des lois rigoureuses ; les honneurs » accordés comme une récompense à l'âge et au mérite seu- » lement; la communauté entière reconnaissant la préro- » gative d'un roi héréditaire, qui tenait son autorité de » Jupiter, mais qui n'était regardé comme protégé des » Dieux qu'autant qu'il continuait d'observer la justice et » de maintenir les privilèges inaliénables de ses sujets.
ihl DE L*ÉGALITÉ.
» Tandis que Minos donnait aux Cretois cette forme de » gouvernement, Rhadamanthe, son frère, s'établissait dans » les îles de la mer Egée, Chid, Lemnos, les Cyclades, les » délivrait des brigandages des pirates, et leur donnait des » lois si équitables, que plusieurs autres venaient se ranger » d'elles-mêmes sous sa domination, ainsi que les côtes de » TAsie-Mineure. Des siècles devaient s'écouler avant que » Thésée et Lycurgue lissent des emprunts h la législation de » Minos. Mais, dès le commencement des temps héroïques, » les Grecs admirent dans leur droit des gens la répression » de la piraterie dont Rhadamanthe avait tracé les premières » règles ; et le nord de la Grèce, ainsi que la Thrace, furent » tirés en partie de la barbarie par des Dactyles Idéens, ou » Curetés, qui étaient passés dans la Grèce et dans les îles » de la mer Egée. Ces prêtres, qui découvrirent le fer en » Crète, savaient extraire les métaux du sein de la terre, les » fondre, les forger en armes et en outils. Habiles dans » l'agriculture, ils enseignaient à rassembler les animaux » errants dans les campagnes et à en former des troupeaux, » à élever les abeilles et à extraire le miel de leurs ruches. » Enfin on leur attribuait le pouvoir de commander à la T> nature par des prestiges et des enchantements ; erreur qui » reposait probablement sur leurs connaissances réelles en » physique. D'un côté, les Dactyles ou Curetés pénétrèrent » dans l'île de Samothrace, initièrent Orphée à leurs mys- » tères et à leurs connaissances, et donnèrent naissance à » cette civilisation éphémère qu'on remarque en Thrace. » Sur un autre point, on les voit, animés d'un prosélytisme » politique et religieux tout ensemble , gagner à leurs )) croyances et à leurs doctrines les Grecs voisins du Par- » nasse, qui avaient obéi à Deucalion, et qui, sous le nom » d'Hellènes , commençaient h jouer en Grèce un rôle
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» important. Dans cette partie de la Grèce, ils répandirent » leurs arts, en même temps qu'ils devinrent les pr^'îdica- » teurs et les minisires du culte de Jupiter, et qu'ils insti- » tuèrent h Delphes celui d'Apollon, dont ils établirent » l'oracle et le premier temple. »
Je passe aux autres témoignages qu'Aristote nous fournit sur les i^epas communs des cités antiques. Dans cette espèce de politique comparée qu'Aristote Mi dans son livre entre les divers gouvernements qui existaient de son temps , il commence presque toujours par comparer les États sous le rapport des i^epas communs. C'est une des raisons qui lui font donner la supériorité aux lois de Crète sur celles de Sparte : « Les repas communs, que les Spartiates nomment » Pliidities (^t^ma), ont été mal organisés, et la faute en est » à leur fondateur. Les frais en devaient être mis à la charge » de l'État, comme en Crète. A Lacédémone, au contraire, » chacun doit y porter la part prescrite par la loi , et l'ex- » trême pauvreté de quelques citoyens ne leur permet pas » même de faire cette dépense. L'intention du législateur » est donc complètement manquée. 11 voulait faire des repas » communs une institution toute populaire, et, grâce à la » loi, elle n'est rien moins que cela. Les plus pauvres ne » peuvent prendre part à ces repas. Et pourtant, de temps » immémorial, le droit politique ne s'acquiert qu'à cette » condition. 11 est donc perdu pour celui qui est hors d'état » de supporter cette charge. {Polit., liv. II, ch. 6.) »
Aristote revient plus loin sur la supériorité de la Crète à cet égard : « L'organisation des repas communs vaut mieux » en Crète qu'à Lacédémone. A Sparte, chacun doit fournir » la quote-part fixée par la loi, sous peine d'être privé de » ses droits politiques, comme je l'ai déjà dit : en Crète, )) l'institution est beaucoup plus populaire. Sur les fruits
» qu'on récolte et sur les troupeaux qu'on élève, qu'ils » soient à l'État ou qu'ils proviennent des redevances payées » par les serfs, on fait deux parts, l'une pour le culte des » Dieux et pour les fonctionnaires publics, l'autre pour les » repas communs, o\x sont ainsi nourris, aux frais de l'État, » hommes, femmes, et enfants. (Ibid., ch. 7.) »
Ce n'est pas seulement en Italie, en Grèce, et à Lacédémone, qu'Aristote nous signale l'existence des repas communs; il affirme que la constitution de Garthage reposait en partie sur cette institution : « Garthage aussi semble » jouir d'une bonne constitution, plus complète que celle » des autres États sur bien des points, et à quelques égards » semblable à celle de Lacédémone. Ges trois gouvernements » de Grète, de Sparte et de Garthage, ont de grands rap- » ports entre eux, et sont très supérieurs à tous les gou- » vernements connus ; et ce qui prouve bien toute la sagesse » de leur constitution, c'est que, malgré la part de pouvoir » qu'elle accorde au peuple, on n'a jamais vu à Garthage, )) chose très remarquable, ni d'émeute, ni de tyran. Je cite- » rai quelques analogies entre Sparte et Garthage. Les repas » communs des hétairies carthaginoises ressemblent aux » phidities lacédémoniennes, etc. (Liv. Il, ch. 8.) »
Des faits cités par Aristote, passons à son opinion personnelle sur les repas communs, et à l'usage qu'il voudrait en faire dans une cité modèle. L'importance qu'il y attache est immense. G'est par l'éducation commune et les repas communs qu'il pense pouvoir introduire dans l'État le degré d'unité et de communauté que la vraie société humaine lui paraît comporter. Gritiquanl avec raison l'identification absolue que Socrate, dans la République de Platon, fait de l'homme et de la société , Aristote soutient que l'harmonie du citoyen et de l'état sera suffisante si l'éducation et les