CHAPITRE XL
DémonsUaiion de la môme vévilé par la léR-islalion de Moyse. La Pàque a le même sens dans la loi de Moyse que la Pliidilie dans les lois de Mines et de Lycurgue.
eTe passe maintenant à la Pâqiie des Juifs, et je dis que cette institution a le môme sens dans la loi de Moyse que le repas commun ou la Phiditie dans les lois de Minos et de Lycurgue. J'entends d'abord par là que , de même que la P/iidilie était le signe d'institution des Egaux dans la loi de Minos et de Lyciirgue, de même la Pâc/ue éîait, dans la loi de Moyse, le signe d'institution des Juifs. Certes, la circoncision n'était pas le signe d'institution de la nation juive; car il est problable que les Juifs prirent cette coutume des Egyptiens. On sait, en effet, que tous les Égyptiens étaient circoncis ( Hérodote, liv. II; Strabon, S. Jérôme, S. Ambroise ) , et que les .éthiopiens et les Phéniciens l'étaient également (I). Quel fut donc le vrai signe d'institution des
(1) » Colchi et yEgyptii et^Efhiopes ab inilio pudenda circnmcidunt. Nam et 0 Phyenices, et Syri qni siint in Palu3^tina, didicisse ah /E;^yptiis et ipsi confilen- » lur. Syri vero qui iluvium Tiiermodontem et Parthenium accolunt, et hoiura » contermui! Macrones, a (^olchis se iinper didicisse aiunt. Hi enim ex homini- » bus soli sunl qui circumcidunUir. ( Ilerodot., liv. ii.) o
Qat:lq-jes écrivains modernes avaient pensé que la circoncision n'élait peutfclie pas d'un usage général en Egypte, et qu'elle n'était d'obligation que pour les prêtres ; mais les momies, toutes circoncises, ont prouvé le contraire. Au surplus, cet usage était également répandu cbez loi:s les voisins des Juifs. La P>ible elle-même nous apprend que les Ismaélites, les Madianites, les Iduméens, les Ammonites, et les Moabi'es, la pratiquaient comme les Hébreux : «Voici , » les jours viennent, dit rj'ïternel, que je punirai tout circoncis qui a le prépuce, » Egypte, Juda, Edom, les enfants de Hammon , Moab, et tous ceux qui sont » au bout et aux extrémités du désert; car toutes les nations ont le prépuce, » et toute la maison d'Israël a le prépuce du c(pur. {Jcrcm., ch. ix, v. 25-20.)» J'employe, quand je cite la Bible, la version d'Oslervald ; je dois avertir que Le Maistrc de Sacy a mal rendu ce passage de Jérémie.
DEUXltMl'] PAUTIE. 155
Juifs? Ce fut hPàquc, c'est-à-dire un repas solennel, mais tout-à-fait particulier aux Juifs par les circonstances qui y étaient attachées, et les cérémonies qui y étaient jointes. Voici de quelle manière il fut ordonné aux Hébreux de la céléjjrcr en Egypte pour la première fois :
« Et l'Eternel parla à Moyse et à Aaronau pays d'Egypte, » en disant :
» Ce mois (1) vous sera le commencement des mois ; il » vous sera le premier des mois de l'année.
» Parlez à toute l'assemblée d'Israël, disant : Qu'au » dixièmejour de ce mois chacun d'eux prenne un agneau » ou un chevreau, selon les familles des pères; un agneau » ou un chevreau chacun pour sa fannlle.
» Mais si la famille est moindre qu'il ne faut pour mar- » ger un agneau ou v,n chevreau, qu'il prenne son voisin, » qui est près de sa maison, selon le nombre des personnes; » vous compterez combien il en faudra pour manger un » agneau ou un chevreau, ayant égard à ce que chacun de » vous peut manger.
» Or, l'agneau et le chevreau sera sans défaut, mâle, et ») de l'année ; vous le prendrez d'entre les brebis ou d'entre » les chèvres;
» Et vous le tiendrez eu réserve jusqu'au quatorzième » jour de ce mois; et toute la congrégation de rassoniblce )) d'Israëli'égorgera entre les deux vêpres.
» Et ils prendront de son sang, et ils le mettront sur les » deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons où » ils le mangeront.
» Et ils en mangeront la chair rôtie au feu cette nuit-là ;
(i) Le premier mois du prialciups, nommé Nisan.
» ils la mangeront avec des pains sans levain et avec des » herbes amères.
» N'en mangez rien à demi cuit, ni qui ait été bouilli » dans l'eau; mais qu'il soit rôti au feu, sa tête avec ses » jambes et ses entrailles.
» Et n'en laissez rien de reste jusqu'au matin ; mais s'il » en reste quelque chose au matin , vous le brûlerez au feu.
» Et vous le mangerez ainsi avec vos reins ceints, vos » souliers en vos pieds, et votre bâton en voire main; et » vous le mangerez à la hâte : c'est la Pâque de l'Éternel.
» Car je passerai cette nuit-là par le pays d'Egypte, et je » frapperai tout premier-né au pays d'Egypte, depuis les » hommes jusqu'aux bêtes , et j'exercerai des jugements sur » tous les dieux de l'Egypte. Je suis l'Éternel.
n Et le sang sera pour signe sur les maisons où vous se- » rez; car je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous; » et il n'y aura point de plaie parmi vous pour détruire, » lorsque je frapperai le pays d'Egypte.
» Et ce jour vous sera en mémorial, et vous le célébrerez » comme une fête solennelle à l'Éternel dans vos âges; vous » le célébrerez comme une fête solennelle , par une ordon- » nance perpétuelle. ( Exode, ch. xii. ) »
Je laisse de côté le prétendu miracle de l'ange ^terminateur qui tua dans une nuit tous les premiers-nés des Egyptiens, et épargna ceux des Hébreux. Le récit de la Bible en cet endroit voile-t-il à demi , comme on en a déjà fait la remarque, une conspiration secrète des Juifs pour recouvrer leur liberté et des espèces de vêpres siciliennes tentées par eux contre les Égyptiens? C'est ce qui est assez clairement indiqué par ce chapitre de V Exode, ainsi que par d'autres circonstances de la sortie d'Egypte. Mais, quoi qu'il en soit, il est évident par ce récit même que la Pâque