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DEUXIÈME PARTIE

eut pour but, dans son institution première, desr'parer les Juifs du milieu des Égyptiens, et d'en faire un peuple à part; et ce fut aussi là dans la suite le but de sa célébration perpétuelle. Fondée en commémoration d'un fait historique tout-à-fait particulier à une race, la Paque n'avait en apparence rien de semblable aux cérémonies religieuses des autres nations (1). Mais en même temps, fondée pour unir les Juifs en nation et instituer parmi eux la sociabilité, elle avait le caractère de toute institution correspondante dans d'autres législations.

Le peuple juif me paraît donc, avant toute chose, caracrisé par sa Paque. Les Juifs, comme on sait, avaient trois grandes fêtes, et la première et la plus solennelle était la Paque. L'obligation pour tout Juif de la célébrer était si sévère^ que quiconque aurait négligé de le faire devait être condamné à mort : a L'Éternel parla à Moyse, disant ; Parle » aux enfans d'Israël, et dis-leur : Quand quelqu'un d'entre » vous ou de votre postérité sera souillé pour un mort, ou » sera en voyage loin de votre pays, il ne laissera pas de

» célébrer la Pàque à l'Éternel Mais si quelqu'un s'ab-

» stient de faire la Paque, il sera retranché d'entre ses peu- » pies, et il portera la peine de son péché, parcequ'il n'aura » point offert l'offrande à l'Éternel en sa saison {Num.,Q. ix, » v. 10-13. ) 0 C'est sur les trois fêtes solennelles, et en particulier sur la Paque, qu'était fondée l'unité delà nation:

(1) Il paraît que les Egyptiens avaient une fête religieuse qui a pu donner en partie à Moyse la signe de la Pàque, ou, comme disent les tliéoiogiens, la matière de ce sacrement. Je trouve dans Selden [De Dis Syris, prolegom.) : e /Egyptiis quotannis in Judaico Paschate (id est, eodem tempore quo Pascha) » grèges el arbores minio, velul alexcierio, illinire soLenneerat. Id ex dépravait to traditionis sacrœde tlebrœorum superlimiuaribus sanguine illitis intellec- » tu manavit ; quod fusius narrât Epiphanius, in Hœresi Sazarœorum.» Mais il est évident que cette sorte d'exorcisme pratiqué par les Egyptiens a pris un sens tout différent et complètement nouveau dans Tinstitution de Moyse.

« Tu ne pourras pas sacrifier la Pâque dans tous les lieux de » ta demeure, que l'Éternel ton Dieu te donne; mais seu- ))lemcntau lieu que l'Éternel ton Dieu aura choisi pour y » faire habiter son nom ; c'est là que tu sacrifieras la Paque , » le soir, aussitôt que le soleil sera couché, dans le même » temps que tu sortis d'Egypte... Trois fois l'année, tout » malo d'entre vous se présentera devant l'Eternel ton Dieu, » au lieu qu'il anra choisi, savoir, à la fête solennelle des » pains sans levain (la Paqne) , et à la fête solennelle des » Semaines , et à la fête des Tabernacles ; et nul ne se pré- «) sentera devant la face de l'Eternel à vide. Mais chacun » donnera à proportion de ce qu'il aura, selon la bénédiction » que l'Éternel ton Dieu t'aura donnée. [Dculcr. , ch. xvii.) » La Paque, comme toute la législation de Moyse, dont elle était le symbole, avait donc deux caractères : d'un côté elle distinguait les Juifs de toutes les autres nations, et d'un autre côté elle unissait les Juifs entre eux et les faisait frères. D'une part, c'était la fête de l'émancipîion, de la sortie d'esclavage; c'était le signe de séparation d'avec les autres peuples, le signe particulier du Juif; c'était le signe de l'insurrection contre tous les dojninateurs, quels qu'ils fussent. Égyptiens, Assyriens, Persans, ou Romains. Mais, d'autre part aussi . c'était le signe de la fraternité des Juifs entî-e eux , le signe de leur union ; c'était pour eux (ce que le Christianisme a développé) une véritable cormnunion. U ne faut pas oublier que les Juifs ont été la nation qni a pn à la fois émettre ce grand précepte de sociabilité : « Tu aimeras ton » prochain comme toi-même, » et avoir en abomination tous les autres peuples. La frat;^rniîé des Juifs entre eux et leur distinction profonde des autres peuples , voilà les deux caractères de la législation de Moyse, et ils sont partout empreints dans la Bible. La Paque les réunissait tous les

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