DEUXIÈME PARTIE
mais tous les sept jours vous redeviendrez égaux ; car parmi vous le serviteur ne travaillera pas plus que le maître ce septième jour. II y aura parmi vous des riches et des pauvres; et les riches tendront par l'avarice à tout envahir. Mais tous les sept ans vous redeviendrez égaux ; car la septième année, le pauvre comme le riche jouiront librement des bienfaits de Dieu. L'inégalité sera portée parmi vous à ce point qu'il y aura des hommes sans propriété, des Hébreux qui se vendront à leurs frères; et vous, qui avez été Esclaves en Egypte , vous aurez des Esclaves. Mais tous les sept fois sept ans vous redeviendrez égaux, et cette fois l'Égalité sera plus marquée ; car cette fois la propriété retournera à ses anciens maîtres , les héritages seront refaits sur le pied de l'égalité , et l'Hébreu qui se sera vendu deviendra libre. Celte fois la Pâque ne sera pas un vain nom; ce sera bien la Pâque des égaux, le repas égalitaire. » Voilà cette admirable législation (admirable pour l'antiquité) que ceux qui l'ont comprise ont avec raison appelée la loi agraire des Juifs.
Il suffit de lire la Bible pour y retrouver expressément et en propres termes les sentiments que nous venons de prêter à Moyse, et pour apercevoir dans la Pâque et le Sabbat réunis le plan d'une législation dirigée vers l'Egalité. Mais, la Pâque n'ayant pu être autre chose qu'un signe général de nationalité et de fraternité, le Sabbat, qui remédie à son insulîisance, devient une loi sacrée et de premier ordre. Le travail individuel étant fatalement nécessaire, Moyse remédie aux inconvénicns de ce travail individuel par la cessation obligatoire de ce travail , qu'il appelle Sabbat (la cessation, le repos). Toutes les fêtes et la Pâque elle-même deviennent ainsi des Sabbats. Cette cessation du travail, ce repos, dans le but de rétablir autant que
possible l'Égalité au milieu d'une société abandonnée à l'individualisme, est si bien le fond et l'essence de la législation de Moyse, que le précepte de garder les Sabbats revient sans cesse, comme si c'était toute la loi :
« Vous garderez mes Sabbats, et vous rév?»rerez mon » sanctuaire : je suis l'Eternel. {Lerit. , ch. xxvi, v. 2; » ch. XX, V. 30, etpassim. ) »
Mais comment imposer à ces travailleurs égoïstes, et nécessairement tournés vers l'oppression de leurs semblables par leur cupidité; comment, dis-je, leur imposer cette cessation de travail, ce repos réparateur de l'inégalité. Il fallait donner de ce repos une raison. Moyse l'a fait. C'est la création du monde en six jours, et le repos de Dieu au septième. Nous ignorons si dans la science antique dont Moyse était nourri, il y avait quelque fondement à cette croyance de l'œuvre divine achevée en six jours. Tacite, qui, au milieu des étranges erreurs qu'il a débitées sur les Juifs, a dit sur eux quelques mots profonds, pourrait bien avoir indiqué l'origine de cette idée en la rapportant aux phénomènes astronomiques et à d'anciens et obscurs rapports des Juifs avec l'antique religion de Saturne, auquel le septième jour était aussi consacré (l). Quoiqu'il en soit.
(1) « Les uns, dit Tacite, ne voient dans cette coutume des Juifs de se reposer TD le septième jour, qu'un amour du repos et une cessation du travail; et ce n serait aussi pour celte raison qu'ils donnent tons lis sept ans une année » entière à l'oisiveté. Mais, selon d'autres, ce serait un honneur rendu ù Saî) lurne : soit que les Juifs aient reçu les éléments de la relig:ion des anciens j) habitants de la Crète, les Idéens, qui, chassés avec Saturne, sont venus aussi » en Italie nous donner nos premières lois, soit parceque des sept astres qui, » de la sphère la pins élevée du ciel, gouvernent les mortels et toutes les choses » périssables, Tétoile de Saturne est celle qui est emportée dans l'espace avec » le plus grande puissance et vitesse, et que la plupart des corps célestes ac- » comprissent leur effet et achèvent leur course par le nombre sept et ses com- » posés : Septiynu die otium placidsfe fcrunt, quia is fincm laborum lidcrii, » ilein, blandicHte inertia, seplimum quuquc aiiuum ignaviae datum. Atii honoj) rem eum Satiirno kabevi: scu priitcipid reUgionis tradentibus Idaeis, quos, » mm Satiirno piilsos, et cçnditorcs gciitis accepimus ; scu quod e seplem si- » deribus^ quels mortnles reguntnr attissimo orbe, pra'cipua poteutia Stella.