DEUXIÈME PARTIE
» préceptes ; où l'on trouvait des prêtres, des diacres, des » vierges, des monastères, une table sacrée pour celé- » brer avec du pain le plus saint de tous les mystères; » où l'on priait Dieu vers le soleil levant ; tout cela, dis-je, » me fixe invariablement dans le parti que j*ai pris. Je ne » vois là que le Christianisme. » La controverse à laquelle cette opinion donna lieu resta sans résultat, parcequ'elle avait deux résultats en apparence contradictoires. D'un côté, il était amplement démontré, contre l'opinion de Montfaucon, que les Thérapeutes étaient antérieurs à Jésus-Christ, et qu'ils étaient bien Juifs; mais, d'un autre côté, leurs rapports intimes avec le Christianisme n'en restaient pas moins incompréhensibles. Nous allons voir si, dans ces rapports qui embarrassaient tant les érudits du dernier siècle, tout, jusqu'à celte table sacrée sur laquelle on célébrait avec du pain le plus saint de tous les fnystères , ne s'explique pas aisément pour nous.
Je ferai à ce sujet ce que j'ai fait jusqu'ici pour les législations dont j'ai eu à parler; je citerai des textes, et le lecteur conclura de lui-même. Trois excellents auteurs de l'antiquité, Josèphe, Philon, et Pline, nous ont laissé sur les Esséniens des notions parfaitement concordantes entre elles, et très circonstanciées. Grâce à leurs témoignages, il n'y a pas de point de l'histoire plus certain, plus indubitable. J'ajouterai que , quand on a compris l'essence de cette secte duMosaïsme, tout dans leurs récits devient si clair, qu'on peut dire que les sectes philosophiques de la Grèce les plus connues ne le sont pas mieux. Rien d'absolument important ne manque au tableau que ces trois auteurs nous ont donné. Cependant il y a encore quelque parti à tirer des écrivains postérieurs. II est vrai que ni Eusèbe ni Porphyre, qui ont répété en partie leurs récits, l'un dans sa Préparation Evau-
180 DE L'ÉGALITK
gélique, l'autre dans son Traité de l'Abstinence, n'y ajoutent aucun trait nouveau. Dion Ghrysostome, contemporain de Pline , avait écrit sur les Esséniens : malheureusement son livre est perdu ; il n'en reste qu'une mention dans un ouvrage de Synésius. Mais plusieurs Pères de l'Église ont aussi parlé des Esséniens et des Thérapeutes, et ils ne se bornent pas toujours à répéter Josèphe ou Philon; ils nous donnent quelques indications nouvelles et du plus haut prix : on en jugera par ce que je tirerai de S. Epiphane. Je commencerai par citer Josèphe.
Le témoignage de Josèphe est fort imposant. Sorti de la race sacerdotale et des anciens rois Asmonéens, il exerça, comme on sait, les plus hautes fonctions parmi les Juifs. Il était d'ailleurs attaché à la secte des Pharisiens; son témoignage est donc fort impartial. Il nous apprend lui-même qu'il avait étudié la secte essénienne avant de se décider pour le Phariséïsme : « A l'âge de treize ans, dit-il, je désirai d'ap- » prendre les diverses opinions des Pharisiens, des Sadu- » céens, et des Esséniens, qui sont trois sectes parmi nous, » alin que, les connaissant toutes, je pusse m'attacher à celle » qui me paraîtrait la meilleure. Ainsi je m'instruisis de » toutes, et en fis Tépreuve avec beaucoup de travail et )) d'austérités... A dix-neuf ans, je commençai à m'engager » dans les exercices de la vie civile, et embrassai la secte des » Pharisiens, qui approche plus qu'aucune autre de celle » des Stoïques chez les Grecs. [Vie de Josèplie écrite par D lid-mcme. ) » Voici donc le portrait que Josèphe trace des Esséniens dans le second livre de sa Guerre des Juifs (liv. II, ch. 8) (1) :
(1; (le passage et. les autres que je cite ici sur les Esséniens me paraissent si imporlanls pour la philosophie de l'hisloiie, que je ne vois j(U('re (ie témoigniiges de rontiquilé phis précieux sur aucun sujol quelconque. Je vais m'atlacher à les traduire avec fidélité. Les versions qu'on en a sont très défcctucu-