‹ De l'égalitéChapitre 89 sur 145 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« II y a, dit-il, parmi nous trois sectes pliilosopliiquos (1). » La première est celle des Pharisiens; la seconde celle des «Saducéens, et la troisième celle des Esséens ou Essè- » niens (2), qui peut passer pour la plus grave et la plus » remarquable de toutes (3). Les Esséniens sont Juifs de » naissance, mais unis entre eux d'un amour mutuel , bien » plus étroitement que ne le sont les autres hommes (A). Ils » considèrent la volupté comme le mal, et la continence et » la victoire sur ses passions comme la vertu. II y a chez eux » éloignement (5) pour le mariage. Ils prennent des enfants «des autres, d'un âge assez tendre pour être formés par » l'éducation, les traitent comme s'ils étaient à eux, et leur » inculquent leurs croyances et leurs mœurs. Ce n'est pas » qu'ils détruisent le mariage ni la succession naturelle qui » en résulte, mais ils ont peur de la faiblesse et de l'intem- » pérance des femmes (6). Ce qu'ils ont véritablement en » aversion, ce sont les richesses. Une admirable commu- » nauté (7) règne parmi eux, et il serait impossible d'en » trouver un plus riche que l'autre. Car c'est une loi que » tous ceux qui entrent dans la secte lui fassent abandon de

ses. La traduction de ces endroits de Josèphe par Arnauld d'Andilly, et celle du traité de Philon par Montfaucon/.ne sont qu'un tissu de contre-sens.

(1) Ou religieuses : Tpiot. Trapà lo^j^oûot^ dû-/] 'j>iXo<jO-^zItv.i,

(2) Le texte ordinaire de Josèplie porle ici Ecr^/îvoi, tandis que dans le nitîrae passage cilé par l'orphyre {De Abstinent., lib, iv ), on lit E'^^atot. Au surplus, Jost'phe, dans ses Antiquités ( liv. xv, c. 13, et ■passim), employé inditréreniment les deux noms.

(3)H' y.rAÏ iSà/.îi ciavoTàrv) îi-jv.i {in Porpli.), Le texte ordinaire porte : O

(4) 'louoatot //iv TÔ '/ivog, otXà/AyjAot Sï xcf.i twv à'ÀAwv crAsov.

(5) ^ï'ntpo'piy,. Josèphe parle ici de la classe d'Esséniens qui s'abstenaient du mariage. On verra plus loin qu'il y avait une autre classe d'Esséniens qui l'adoptaient et le sanctifiaient.

(6J La phrase se termine là dans le texte de Josèphe donné par Eusèbe ( Prœpar. evang.) et par Porphyre ( De Absiin. ) ; mais dans les éditions ordinaires de Josèphe, il y a d'ajouté : « Ne croyant pas qu'aucune d'elles garde la foi à son mari. »

(7) Kotvwvv^Tuov, al, xoi-jcû-jty.bv {in Porph, et Euseb.),

» leurs biens^ afin qu'on ne voie en aucun d'eux ni l'hu- » milité que donne la misère, ni l'orgueil que donne la » richesse, mais que les biens de chacun, réunis ensemble » comme ceux de frères , soient la propriété de tous. Ils » regardent comme une tache de s'oindre le corps et de se » parfumer; et s'il leur arrive, malgré eux, d'être atteints » de cette souillure, ils vont aussitôt se laver. C'est qu'ils » tiennent à honneur d'être peu soucieux de leur parure , )) pourvu que leurs habits soient toujours bien blancs. Ils » choisissent plusieurs d'entre eux qui prennent soin des » biens communs, et qui distribuent indistinctement entre » tous les revenus, suivant les besoins de chacun. Ils n'ont » pas de ville particulière oi^i ils résident; mais dans chaque » ville ils demeurent plusieurs ensemble ; et quand des » membres de la secte arrivent de quelque autre endroit , » ils vont se loger les uns chez les autres : et quoiqu'ils se » voient peut-être entre eux pour la première fois, on dirait » de vieux amis. Aussi, ne portant jamais rien avec eux, » ils voyagent sans dépense (1). Ils ne changent d'habit et » de chaussure que lorsque leurs vêtements se déchirent par » accident, ou sont usés à force de s'en servir. Ils n'achè- » tentni ne vendent; mais chacun, fournissant ce qui est » en son pouvoir à celui qui en a besoin, reçoit de lui en » échange ce qui lui est utile à lui-même; et même, sans » aucun échange, chacun est libre de recevoir de qui il lui » plaît. Quant à ce qui concerne la Divinité, leur religion

(1) Le texte de Josèphe cité par Porphyre et Eusèbe ne dit rien de plus. Mais dans les éditions ordinaires de Josèphe, il y quelques détails d'ajoutés; on y lit : « Aussi, quand ils voyagent, ils ne s'embarassent point de bagage; ils ont )) seulement des armes pour se défendre contre les voleurs. Dans chaque ville, » un curateur choisi pour cela (xr,oî//wv i^vAptro;) a la charge d'avoir soin des » étrangers, de leur fournir des habits et tout ce qui leur est nécessaire. Au » surplus, leur manière de s'habiller et leur air sont aussi modestes que ceux » de jeunes gens qui seraient sous une bonne discipline. »

Page 1