‹ De l'égalitéChapitre 91 sur 145 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

)> la table commune (1), il fail des vœux solennels (2), s'en- » gageant d'abord à honorer Dieu et à le servir religieuse- » ment; ensuite à observer la justice envers les hommes, » et à ne faire de mal à personne , ni de son propre mou- » vement, ni par aucune impulsion étrangère; à détester » toujours les méchants et à se ranger du côté des justes; » à garder inviolablement la foi à tous, et surtout aux puis- » sances (3), car toute puissance vient de Dieu {h) ; et si » lui-même arrive à commander aux autres (5), à ne pas » s'enorgueillir de son autorité et à ne se distinguer de ses » inférieurs ni par l'éclat de ses vêtements, ni par le luxe et » la pompe, mais à aimer toujours la vérité, et à mépriser » et repousser la flatterie et le mensonge ; à conserver ses » mains pures de tout larcin , et son âme éloignée de tout » avantage personnel qui ne serait pas saint et légitime ; à » n'avoir rien de caché pour ses frères, et à ne rien dévoiler » d'eux aux autres hommes, même quand il irait de la vie. » Ils ajoutent encore à ces serments celui de transmettre » la doctrine telle qu'ils l'ont reçue , sans en changer les » dogmes; de n'en rien dérober, et d'avoir en égale véné- » ration et les livres de la secte et les noms des annoncia- » teurs ou évangélistes par qui ils ont été écrits (6). Tels sont

(1) Ou, plus littéralement encore, avant de goûter de la nourriture commune^ îlph 3ï 7f,^ y.ofjfiç vjpc/.'jOv.i. T/>op-/35.

(2) ôp/.O'Ji o/j.-jwji <ppuo>oiii.

(3) Totî y.py.T0V7fj.

(Il) Ou nulle puissance n'arrive sans la permission de Dieu : Ov yà/5 oiyioL ©ïoû TTî/sîytvîîôat Ttvt zb apytiv.

(5) On peut entendre cela aussi bien de dignités civiles et militaires que les Esséniens occupaient quelquefois dans les villes où ils résidaient, que des grades de leur hiérarchie. Josèphe( Guerre des Juifs, liv. ir, chap. 20, et liv. m, ch* 1) parle d'un Essénien nommé Jean, 'loiàwr), b E^^atoî, qui était gouverneur de Thamna, et qui livra bataille aux Romains auprès d'Ascalon.

(6) Ce passage a fort embarrassé les commentateurs; et plusieurs le regardent icomme corrompu. Le texte porte partout, dans les Œuvres de Josèphe comme dans Kusèbc et dans Porphyre : Ta rdiv àyyé^wv èvô/ita-K « les noms des anges » {litter., des envoyés). » Havercamp propose de lire : twv a./yicwv, « les mé*

y> les serments par lesquels ils fortifient contre leur propre 7> faiblesse ceux qu'ils admettent dans leur société. Ils en » chassent quiconque, sur le rapport de témoins dignes de » foi , est convaincu d'avoir violé ses promesses ; et tous » ceux qui sont ainsi condamnés périssent ordinairement » d'une mort misérable. Car, liés par leurs serments et par » leurs habitudes, ils no peuvent trouver leur subsistance » auprès des étrangers, qui les repoussent; ils sont donc

» tliodes de purification. » Mais il me semble qu'il n'y a rien à changer. Il est évident d'abord qu'il ne s\igit pas des anges, ainsi que quelques uns ront cru, rapportant à tort aux Esséniens ce que S. Paul dit dans son épître aux Colossiens ( chap. ii, v. -18) : «Que personne ne vous maîtrise par le culte des » anges, etc.» Il est bien vrai que certains Juifs donnaient, dès ce temps-là, des anges pour gardiens à ciuique homme, et que le culte des anges était répandu dans la Palestine, surtout dans la secte des Sahaïtes, dont j'ai parlé plus haut (Voyez page 170, note ). Mais rien de tout ce que nous savons des Esséniens ne fait supposer qu'ils fussent adonnés à ce culte; tout semble prouver le contraire. D'ailleurs la contextnre même de la phrase de Josèphe démontre invinciblement qu'il n'a pas voulu parler d'anges, mais de quelque chose de relatif aux livres de la doctrine essénienne. Il est clair, en un mot, qu'il s'agit du respect que l'on devait porter aux auteurs de ces livres. Aussi Prideaux, dans son Histoire des Juifs, et d'auties, ont-ils ainsi compris, bien que le mot d'ày/É/wv soit resté une énigme pour eux. Ils traduisent : « Les vévéla- » teurs ou messagers divins qui avaient composé ces ouvrages. » Arnauld d'Andilly a entendu : « les initiateurs qui avaient transmis la doctrine aux » catéchum>nes. » Mais pourquoi tant de dillicultés? A'v/âAwv veut dire ici les évatigélistes. C'est à quoi n'ont pas réfléchi tant de savants hommes que ce terme a embarrassés. Le mot (Vcvangclhics, pour signifier les annonciateurs d'une doctrine ou d'un événement religieux , est en effet bien antérieur au Christianisme. Evangeliste se dit en grec txjv.jjiliq-fiç, , ou £.\jy:piloi ^ ou simplement ayysAfjç , annonciateur. Ce n'est pas seulement chez les Juifs que ce terme d'annonciateur fat employé dans un sens religieux. Dans la langue grecque, celui qui avait eu une révélation, ou qui avait été consulter un oracle, et qui venait rapporter la réponse de cet oracle, s'appelait «v/è/o;, et l'acte d'annoncer un oracle s'appelait àv/î/t/j ou àvyîÀt'a, en latin denuntiaiio. Quiconque avait été ainsi investi de la parole divine devait se cioire en effet une mission, celle de la révéler. Aussi les anciens glossaires îraduisent-ils c/.yyûirt par -praecipua poieslas -ennutiandi oraculi quod quis audivU. Cette acception directe en produisit une autre. Un oracle de la Divinité, ainsi transmis, prenait poiu' ainsi dire une valeur, et demandait une récompense. On disait : « Vous avez reçu un on-cle, vous devez un évangile, n c'est-ù-dirc un sacrifice d'action de grâces. De la une expression, en apparence singulière (|ui se rencontre dans les auteurs grecs et même clicz les Latins : 6ÙU-J avxY/i/.iv., immoler des évangiles. « Phocion, dit Plutarque, ayant reçu la » nouvelle de la mort de Philippe de Macédoine, ne voulut pas permettre au j) peuple d'immoler des évangiles, où/, sto. tov Syi/j.o'j sOxyyâAta Oùti-j. ( Vie de » Phocion). » Cicéron écrit à Atticus : « O suaves epistolas tuas uno tempore datas, quibus zù/xy/ï/fx quae reddam nescio, debcri quidem plane fateor.y» Chez les Hébreux , c'était la même chose : Dieu ne pouvait rendre un oracle, c'est-à-diie

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