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DEUXIÈME PARTIE

» leur force d'aine, ils profèrent la mort à la vie , lorsque » la mort est glorieuse. La guerre contre les Romains a » bien montré ce qu'ils sont dans toutes les épreuves. Ni » en leur brisant les membres, ni en les brûlant h petit » feu, ni par aucun autre genre de torture, on n'en a pu » amener un seul , soit à proférer un blasphème contre le » Législateur (Moyse) , soit à manger des aliments qu'ils » repoussent; jamais ni prière à leurs bourreaux, ni pleurs » au milieu des supplices ne leur sont échappés ; mais sou- » riant au milieu des tortures, et raillant ceux qui les leur «appliquaient, on les a toujours vus rendre l'âme avec » joie , en gens qui savaient qu'ils la retrouveraient bien, » Car c'est une opinion ferme et arrêtée chez eux que les » corps sont corruptibles, et que la matière qui les compose » change et n'a rien de permanent, mais que les âmes sub- » sistent toujours et sont immortelles ; que , descendant de » l'élher le plus subtil , elles s'enferment dans nos corps » comme dans une prison , attirées par un certain charme » naturel; mais que, lorsqu'elles quittent ces liens de la » chair, se sentant comme délivrées d'un long esclavage, » elles se réjouissent et prennent leur vol (1). Aux âmes » des bons ( et en cela ils s'accordent avec les Grecs ) , ils » assignent une demeure au-delà de l'Océan , dans une ré- » gion où ne tombent ni pluies ni neiges, où ne règne jamais » une chaleur dévorante, mais qu'un doux zéphyr venu de » l'Océan rafraîchit de son souffle. Aux âmes des méchants, » ils donnent pour séjour un lieu enfoncé, ténébreux, d'une » horrible tristesse, soumis à tous les extrêmes des éléments

» et plein de supplices qui ne finissent pas (1). II me semble » que c'est absolument pour les mêmes raisons que les » Crées assignent les Iles des Bienheureux (2) (les Iles For- » tunées) à ceux de leurs grands hommes qu'ils appellent » héros ou demi-dieux , tandis qu'ils envoyent les scélérats » habiter dans l'enfer, le séjour des impies (3) , où leurs » mythes racontent que soutirent les Sisyphe, les Tantale , » les Ixion , les Titye : c'est d'abord qu'ils pensent que les » âmes ne périssent pas, mais sont immortelles ; puis pour )) encourager les hommes à la vertu et les éloigner du mal; » car il est certain que les bons deviendront meilleurs dans » cette vie par l'espérance d'une récompense après la mort; » et que la fureur aveugle des méchants sera refrénée en » pet;sant qu'ils auront beau cacher leurs crimes durant » cette vie, leur âme immortelle souffrira des peines après » la mort. Voilà donc ce que les Esséniens, dans leur théo- » logie (Zi), enseignent sur l'àme, offrant ainsi un appât iné- » vitable à ceux qui ont une fois goûté de leur sagesse. II » y a aussi parmi eux des gens qui prétendent connaître » l'avenir, et qui sont exercés à cela dès l'enfance par l'étude » des livres sacrés (5) , par des purifications particulières, » et en se livrant à l'intelligence des anciennes prophéties : » ils se trompent rarement dans leurs prédictions (6). Il y a

(i) Taï; èk p«0/atç, Çopw^/j y.v.l yjtyÀfiiov (procellosum) àyopi^ovTV.t ,'J.\)yhv^ •/é/zovra Ttaw^otoiv àoja/îtTTTWv, (2) Tc/.ç Ma/.y/5wv v/jffous»

(8) a'ijîScuv yùpo'f, [Ix) (FiiQy.o-/o\>nfj.

(5) Btê/otï iipy.Xi. Il s'agit probablement ici des livres ordinaires du canon juif, de la Êible. Mais pourtant rien irexchit a])snlument Tidée de livres de deutcrosc particuliers aux Esséniens. En général Josèphe et Philon semblent accepter comme national tout ce qui appartient à la secte qu'ils décrivent. Ils commencent par partager la religion juive en trois sectes; et, cela fait, ce qui est propre à Tune leur paraît, par cela seul, faire partie de la religion nationale, être une portion intégrante de la doctrine et de la tradition juive, au même titre que tout ce qui se rencontre dans les deux autres sectes.

(6) Josèphe, dans ses livres, rapporte plusieurs fois des prédictions despro-

» une autre classe (1) d'Esséniens qui, d'accord avec les pro- » luiers sur le régime, les principes moraux, et les pratiques » légales (2), en diffèrent par l'opinion sur le mariage. Ceux- » ci disent que ne pas se marier, c'est retrancher Ja plus » grande partie de la vie, la succession (3), et que d'ailleurs, » si tout le monde pensait ainsi, l'espèce humaine serait » bientôt éteinte. Mais, regardant le mariage comme quelque » chose de sacré, ils diffèrent de trois ans leurs noces après » qu'ils ont résolu d'épouser une femme, et ce n'est que M lorsqu'elle a été purifiée trois fois dans le but de pouvoir » engendrer, qu'ils l'épousent. Devenues grosses, ils se tien- » nent éloignés d'elles, montrant ainsi que ce n'est pas pour » la volupté, mais pour avoir des enfants, qu'ils se marient. » Les femmes prennent le bain comme les hommes, après » avoir dépouillé tous leurs vêtements pour se couvrir uni- » quement de la ceinture ou tablier dont j'ai parlé (A). Telles » sont les mœurs de cette secte. Quant aux deux premières » sectes dont j'ai fait mention, les Pharisiens sont ceux que » l'on estime avoir la plus parfaite connaissance de nos lois

phttes csséniens. Dnns la Guerre des Juifs (liv. I, ch. 3), le prophète essénien Judas prédit la mort d'Antigone, l'un des (ils d'Hircan, tué par son frère Aristobule (106 ans avant J.-C). Plus loin (cii. II), un essénien nommé Simon explique un songe de Tethnarque Archélaiis, et son interprétation s'accomplit par l'exil qu'Auguste imposa à ce prince (an 8 de l'ère chrétienne). Dans les Antiquités (liv. XV, ch. 13), un essénien nommé Manahem prédit à Hérode enfant qu'il sera roi des Juifs. Hérode, devenu roi (AO ans av. J.-C), se souvint de Manahem, ellui envoya demander s'il régnerait longtemps. Satisfait de la réponse, qui lui donnait un assez long terme, Hérode, dit Jostphe, eut toujours les esséniens en estime, et leur laissa plus de liberté qu'à toutes les autres sectes.

(1) Tcc/fxv.,

(2) e6/! y.c/.i V(5//.j/ta.

(3) Tyjv ô'taooxviv, la succession, c'est-à-dire la transmission même de la vie. La doctrine des Esséniens étant, comme je le montrerai tout à Theure, la religion de la vie, de l'être, dans le sens le plus élevé et le plus profond, ceux qui par crainte s'abstenaient du mariage paraissaient aux autres porter atteinte à la vie même dans son essence ; car la vie doit être transmise : c'est ce qu'exprime cette phrase de Josèphe.

(4) \ODTpv. oè ratî yyva«|iv, v.7:iyoii.i-i(xii IvSv/j.v.TC/.y ^v.Qv.7czp roi; àcv$pcii.<nv , h TzsjsiÇbiuy.rr.. Quelques éditions portent à tort «,(/7r-:j((5,a£yaeç,

» et de nos cérémonies. Le principal point qui les distingue » est de tout attribuer à Dieu et à la volonté divine (1), de telle » façon néanmoins que, dans la plupart des cas, il dépend » encore de nous d'agir en bien ou en mal, sans pourtant » que personne puisse échapper à l'action de Dieu. Ils tien- » nent aussi que les âmes sont immortelles, mais que celles » des justes sont les seules qui, après cette vie, retournent » en d'autres corps, celles des méchants restant livrées à » des tourments éternels. Les Saducéens, au contraire, )) nient absolument l'intervention d'une Providence. Sui- » vant eux. Dieu est incapable de nous induire ni à bien ni » à mal. Le bien et le mal, c'est nous qui le décidons uni- » quement par notre choix, et chacun de nous se conduit » en cela par sa propre force et volonté. Ils vont plus loin ; » ils nient la permanence des âmes ; ils nient les peines de » l'enfer (2) ; ils nient les récompenses. Les Pharisiens sont » bienveillants entre eux, et cultivent la concorde dans l'in- » térêt commun : les Saducéens, au contraire, sont durs les » uns envers les autres, et ne se traitent pas mieux que des » étrangers. »

Ce passage n'est pas le seul où Josèphe parle des Esséniens. Toutes les fois qu'il s'agit des doctrines juives, c'est sur l'Essénianisme qu'il s'étend. Dans ses Antiquités ( liv. xiiiî, c. 5), racontant la résistance sous les Macchabées contre les rois grecs successeurs d'Alexandre, arrivé au règne de Jonathas, un siècle et demi avant J.-C, il interrompt le récit des événements pour parler des divisions dogmatiques qui existaient alors parmi les Juifs : « En ce

(d) i:lfj.v.py.rrjrty la destinée, Josrphe se sert du terme {!;rcc de destin, hule d'un terme pour exprimer Taclion de Dieu sur ses créatures, considérée soit sous le 1 apport qui l'a fait nommer iivcdcstination, soit sous celui qui l'a fait nommer fjrace, soit enfin dans le sens général de Providence,

(2) 'Vàç /.vJ/ (/.oo'J rty.upic/.:.

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