DEUXIÈME PARTIE
» tomps-Ià, dil-il, il y avait parmi 1ns Juifs trois sectes qui )) pensaient fort diversement eiur les choses humaines : l'une )) avait nom les Pharisiens, la seconde les Saducécns, et » la troisième les Esséniens (1). Les Pharisiens disent que » certaines choses, et non toutes, sont l'ouvrage d'une des- » tinée fatale (2), mais que certaines aussi ont leur cause en » elles-mêmes, sont contingentes et non pas produites (3). » Mais les Esséniens célèbrent la destinée (h) comme maî- » tresse indistinctement de toutes, et soutiennent que rien » n'arrive aux hommes que par son suffrage. Quant aux » Saducécns, ils effacent complètement la destinée (5), pen- » sant qu'elle n'existe pas, et que les choses humaines n'ont » pas leur cause et leur fin en elle ; c'est en nous-mêmes » qu'ils placent cette cause et cette fin ; c'est nous-mêmes » qui devenons causes des biens qui nous arrivent, et qui » engendrons nos douleurs par notre propre folie. Mais j'ai » déjà traité ce sujet assez au long dans le second livre de » la Guerre des Juifs. »
Josèphe cependant y revient encore un peu plus loin dans SQS Antiquités {\\\. xviii, c. 1). C'est à l'occasion de ce qu'il appelle la quatrième secte, ou la secte de Judas et de Saddoc. Cette quatrième secte avait surtout pour dogme que tout Juif devait vivre et mourir libre, et ne reconnaître d'autre domination que celle de Dieu ; elle prit naissance
(i) E'îff/jV&jv.
(2} Ety.aouiVvjç.
(3) Ttvà o sp' kr/.-ozoX^ {)7:rj.pyii-i , ijjv-oatvîîv tî xaJ où ■jh-.'jO'xi, Les COlîinienlatcurs (voy. Todiî. «rHavercamp) se montront embarrassés de ce passage, et plusieurs ont voulu corriger le texte, fauts d'avoir compris la distinction des mots ffuwêouvîtv et 'jhinOyA. Le dernier exprime ce qui arrive naturellement, ce qui est engendré, ce qui nnU par Taclion continuée du créateur. L'autre exprime une contingence non déterminée et nécessaire, ou ce qui survient par l'action propre des créatures.
(A) La volonté divine, la Providence,
(5) La Providence.
lors du dénombrement ordonné par Auguste. Josèphe , qui regarde cette quatrième secte comme une des causes principales de la ruine des Juifs et de leur extermination par les Romains, la distingue avec soin, comme très récente, des trois anciennes, sur lesquelles, à ce propos, il revient encore : «De toute antiquité (1), dit-il, les Juifs avaient trois » sectes de philosophie nationale. » Et après avoir parlé des Pharisiens et des Saducéens, il continue ainsi : « Les Essé- » niens (2) aiment à laisser à Dieu le gouvernement absolu » de toutes choses (3). Ils font les âmes immortelles, pen- » saut qu'il y a une récompense assurée au juste pour prix » de sa vertu. Ils envoyent leurs offrandes au Temple ; » mais ils n'y offrent point de sacrifices, à cause de la dif- » férence des purifications qu'ils pratiquent ; et, exclus pour » cela du sanctuaire commun, ils offrent leurs sacrifices chez » eux {h). Ce sont d'ailleurs les meilleurs et les plus mo- » raux des hommes (5). Leur principale occupation con- » siste dans l'agriculture. Leur égalité (6) est admirable, )) et passe celle de tous ceux qui font comme eux profession » de vertu (7), lesquels sont en fort petit nombre, il est » vrai, tant chez les Grecs que chez les Barbares, quoique » chez ces derniers de telles inslittutions soient bien an- » ciennes (8). Car, afin que la justice soit parfaite et inal-
(1) Ez Toîi -àvj v.pxv.io\> TÛv rrocT/st'wv.
(3) 0ÎW y.v.rv.Mnîï'j zà Tràvra..
(h) ^'■i "^ô îtpàv àv'xdr,/j.y.r</. tc çèllo-jvti, B^jciaç ou/ IniTÔ.ouai ^ ouv/^opérrirt ô.'fitiôi'i aç, •joiJ.L^oi.vi y /.ai, oi c/.iirb tip-j6[j.i-jo(. toO /otvoO Tî//.îv{7y7.aT0;, cjj' olutùv rà; Ovjiv.i s.tiitû.oîj'jI.
(5) Bi/T£ÇO£ âï (iÙMi à'vo^oî; rèv t/jôttov.
(6) Le texte dit rb oi/.aio-j, leur justice, pour dire ieur société de justice, leur société d'égalité, comme le reste de la phrase le prouve suflisamment.
(7) C'est-à-dire qui vivent en sectes dans la pratique de la vertu, comme les sectes pliiiosopliiques grecques.
(8) E'zîtvotç o' éx Tra/atoCi. Ce témoignage de Josc-phe est remarquable, et confirme Tanliquité qu'il assigne aux Ksséniens,