DEUXIÈME PARTIE
» vertu étaient cultivées, et non point par quelques hommes » isolés, mais par des troupes entières. » El après avoir mentionné les Mages de la Perse et les Gymnosophistes de l'Inde, il leur oppose avec orgueil les Esséniens : « La Pa- » lestine et la Syrie ont aussi leurs sages, leurs homuies » vertueux. Car parmi la populeuse nation des Juifs, qui » occupe une bonne partie de cette contrée, il y a une es- » pèce de gens qu'on appelle Esséens (1) ; ils sont, je crois, n plus de quatre mille (2). Par une étymologie peu soignée, » il est vrai (3) , je n'hésiterais pas à faire venir leur nom » du mot grec Hosios [oatoç, saint), bien qu'ils se fassent
(2) ri>vi9o5 ijTrî/5 TcT/3axtîX''^'*0'-'s» x.kt' Î//-/5V odçav.
(3) Ou/. à-Apt^iX tÛttCjj (JtaAi/TOJ E>>)-/)V£/.yj 7ra^owv"y//0£ o(7£Ôtv]to^. A la fin (le ce morceau, on verra Pliilon répéter encore ce rapprochement remarquable du nom d'Esséen ou d'Esséuien avec le terme p;rec d'IIosios, saint : « Les Esséens » ou autrement les saints, dit-il : E77alwv^ Oîtùjv. » S. Clir>'sostome {in Act., horail. XLVl) a faille même rapprochement, d'après Phiion sans doute. De là quelques savants ont imaginé que le nom d'Es^éniens était un nom véritablement grec, comme celui de Thérapeutes, que portaient en Egypte, suivant Phi- Ion, les plus dévols des Esséniens passés à la vie contemplative. Le nom d'Osséniens, que S. Epiphane attribue à une secte des premiers temps du Christianisme, a paru uneconlirmation de cette idée, parcequ'il se rapproche encore plus du terme grec Hosios. De là le systi'me de Scaliger, que les Esséniens étaient, sous un nom grec ou sous un nom hébreu dégénéré, les descendants des Kasidéens ou Kasidim {Assida'i de la Vulgate), qui se réunirent autour des Macchabées, dans la guerre religieuse que les Juifs soutinrent si héroïquement contre les rois grecs successeurs d'Alexandre. Mais un seul fait détruit ce système : c'est que Josrphe, ronmie nous venons de le voir, parle des Esséniens au temps même des Macchabées, et f.iit remonter leur existence beaucoup plus haut. Suivant lui, cette secle pliilosophique existait dans la nation juive de iotite anliquiié. Or les Kasidim, les Saints des Macchabées, n'apparaissent nullement, dans les trois ou quatie passages que l'on a sur eux (I Macch,, ii , 1x2: \ii, 13; II Macch., xiv , 6), comme une secte philosophique ou religieuse ayant une doctrine, mais uni(|uement conune la réunion des forts et des saints d'Israël, résolus à mourir pour la défense de la patrie et de la religion. Scaliger lui-même ne fait pas de ces Kasidim une secte, mais une simple confréiie qui se distinguait uni([uement par sa dévotion 'pour le Temple. Ils offraient tous les jours, excepté un certain jour de l'année, un agneau, et ce sacrifice était appelé l'oblation des Kasidéens pour le péché. Quel rapport tout cela a-t-il avec les Esséniens , qui, comme nous l'avons vu par le témoignage de Josèphe (voyez page 196), étaient exclus du Temple quant aux sacrifices? Il me semble que c'est bien mal comprendre Phiion. Phiion veut bien indiquer, il est vrai, qu'Hosios est, d'une certaine façon détournée, la racine d'Esséuien ; mais il indique aussi très suffisamment que ce nom est hébraïque et non pas grec, quand il ajoute que c'est là une étymolo*
» principalement serviteurs (1) de Dieu, non pas en lui » immolant des victimes, mais en élevant leurs âmes vers » lui comme un digne sacrifice. En premier lieu, ils vivent » dans des villages, fuyant les villes, à cause des iniquités )) familières à ceux qui les habitent, sachant bien que, sem- » blable à la contagion d'un air empesté, l'approche des » méchants fait un mal inguérissable. Les uns travaillant à » l'agriculture, les autres s'occupant des aits favorables à » la paix, ils vivent en s'aidant et se secourant entre eux. » Ils n'amassent jamais ni or ni argent, ni ne songent à ac- )) quérir de grands fonds de terre pour s'en approprier le re- » venu : ils ne demandent absolument que ce qu'il faut pour «les besoins nécessaires de la vie (2). Car, presque seuls )) de tous les hommes, vivant sans bien et sans propriété, » par choix et de propos délibéré plutôt que par mauvaise » fortune, ils se trouvent pourtant, à mon sens, les plus » riches, puisqu'ils ont la simplicité et la modération qui » sont une si grande richesse. Vous ne trouverez pas un » artisan parmi eux qui travaille à faire une flèche, un dard, » une épée , une cuirasse ou un bouclier; en un mot, » aucune espèce d'armes, de machines ou d'instruments » servant à la guerre, ni même qui se livre à aucune de ces » occupations pacifiques en apparence, mais qui tournent si » facilement à mal. Je veux parler des difl'érens genres de
gîe peu soignée ou/. àxpiZîï rûrroj. Que veut-il donc dire ? Que le mot d'Essénien et le mot //osios sont non seulement analogues pour le sens, mais analogues quant à la racine; qu'il y a une certaine racine commune sur ce point à la langue hébraïque et à la langue grecque ; que de là vient la similitude complète de ces deux mots, en tant que forme et signification ; que par conséquent on peut, en n'y altacliant pas une trop grande rigueur, prendre Hosios, Saint, pour la racine d'Essénien. Philon, en quelque sorte, nous découvre par là, à travers le voile de la langue grecque, la racine profonde du mot Essénien. Quelle est celte racine ? C'est ce que je dirai plus loin.
(4) (dtpv.TCzvrv.L
(2) a'//' 0170. Tzpbq Ta? àva'/xatV.s y^pûrf.^ roï> èio'j i/.nopKovrS'î. C'est Ic paifl
auQlidieu de rE>uugilc ; Vamm fjuotidianiim da nobisfiodic.