DEUXIÈME PARTIE
» après Jérusalem, pour la fertilité de son territoire et pour » ses bois de palmiers, mais qui aujourd'hui n'est plus é^ale- » ment (1) qu'un monceau de ruines. Plus loin, Masada (2), » château situé sur une hauteur, tout près du lac Asphal- )) tite (3). »
J'arrive enfin aux Thérapeutes, et je vais citer presque en entier le petit traité de Philon où il nous les fait connaître. C'est là, je le répète, que le mystère de l'Essénianisme se montre le plus à découvert. On va voir que bien longtemps avant Jésus-Christ, la Pûque juive était devenue quelque chose de fort approchant de l'Eucharistie. Tout ce que Josèphe nous a raconté de la cérémonie du repas chez les Esséniens prend un nouveau caractère et une clarté plus évidente dans la description que Philon nous
(1) Pline écrivait après la destruction de Jérusalem. La prise de Jérusalem par Titus arriva l'an 71 de l'èie chrélienne, trente-huit ans après la prédication de Jésus-Christ. Pline mourut en 79.
(2) Massada. Josèphe {Guerre des Juifs, lib. VII, c. viii et suiv.) donne la description de celte forteresse, construite d'abord par Jonalhas Macchabée, fortifiée ensuite par Hérode, et qui fut le dernier refuge de la secte des Zélateurs, si acharnés contre les Romains.
(3) Voici le texte : « Ab occideniali liltore Hesseni, quod fiigitant usque qua » nocet : gens sola, et in tolo orbe praeter caeteras mira ; sine ulla fœmina, onini » Vencre abdicala ; sine pecunia ; socia palmarum. In diem ex .»quo conve- » narum turba renascilur, large frequentunlibus quos vita fessos ad mores cof) rum fortuna) lluctus agilat. lia per sa^culorum millia, incredibile dictu, gens » a-'terna est in qua nenio nascitnr. Tarn faîcunda illis aliorum vil;e pœnileiitia » est! Infra hos Engadda oppidum fuit, secundum ab Hierosolymis ferUlitate ;» palmelorumque nemoribus, nuiic aliorum bustum. Inde Masada caslellum iu » rupe, et ipsum haud procul ab Asphaltile. »
Jules Solin, le plagiaire de Pline, reproduit ainsi ce passage, en en détruisant le style et en y mêlant des erreurs : « Interiora Jud;E;u quœ occidenlem » contueniur Essa.^ni tenenl, qui, pnwiiti memorabili disciplina, recesserunt a )' rilu gcnlinm universarum, majeslatis, ut reor, providentia ad hune morem » deslinali. Nulkc ibi fœminic ; Venere se penilus abdicarunt. Pecuiiiam nes- » ciunt. Palmis victitanl. Nemo ibi nascitur, nec tamen déficit hominum mul- » tiludo. Locus ipse addiclus pudicitiui est, ad quem plurimi licet undique » genlium properent, nullus admiltilur nisi quem castiîalis fides et innoceii- « tiae meritum prosequulur. Nam qui reusestvel levis culpie, quamvis summa » ope adipisci ingressum velit, divinilus summovelur. lia per immensum spat> tium sx'culorum, incredibile diclu, icterna gens est, cessanlibus puerporiis. » Engadda oppidum itifra Essa-nos fuit, sed excisum est : verum indylis j) nemoribus adhuc durât decus, lucisque palmarum eminenllssimis nihil ve| » ,ievo vel J)ello derogatum. Jud.Tie terminus Massada castellum. n
h'iidn festin sacré des Thérapeutes, c'est-à-dire des plus dévots des Esséniens, de ceux qui se séparaient complètement de toute vie active pour se livrer à la contemplation. «Te prie le lecteur d'avoir présent h l'esprit, en lisant ce que rapporte Philon, que ce traité de Philon fut certainement écrit avant que le Christianisme eût pénétré en Egypte. Philon était âgé de vingt-cinq à trente ans lorsque Jésus vint au monde; il touchait à sa soixantième année quand Jésus commença sa prédication. Tel est le calcul le plus modéré que l'on puisse faire sur l'époque de Philon. Car loin qu'il soit permis de le supposer moins ancien, comme a fait Montfaucon en foulant aux pieds toutes les inductions de l'histoire, il serait bien plus vraisemblable de le supposer plus ancien d'une dixaine ou même d'une vingtaine d'années (1). Ce qui est certain encore, c'est que ses écrits sur
(1) Josèphe, parlant de l'ambassade que les Juifs d'Alexandrie envoyèrent àCaligula,en Tan ZiO de Père chrétienne, c'est-à-dire sept ans seulement après la passion de Jésus , nous représente Philon comme arrivé dès lors à une grande célébrité. « Le chef de la légation, dit-il, était Philon, homme illustre » à tous égards (rà Tzv.vra.hSo^oi ), frère de Talabarclie ( premier magistrat j) des Juifs d'Alexandrie), et fort habile dans la philosophie. {Aniiq., livre » xviii, c. 8. ) » Philon nous apprend lui-même, dans le récit de cette ambassade, qu'il était plus vieux que les quatre autres députés qui furent envoyés avec lui ; ce qui fait présumer qu'il ne devait pas avoir alors moins de soixante ou même de soixante-dix ans. Il n'y a pas d'apparence, en ellet, que le conseil des Juifs, qui n'était en général composé que de vieillards, eût choisi un homme moins âgé pour le mettre à la tête d'une députation aussi importante, et qui devait défendre solennellement une cause de religion. Philon lui-même se peint dans sa relation comme un vieillard ; car il débute ainsi : « Jusques » à quand nous autres vieillards serons-nous des enfants, vieux, à la vérité, » par le corps et les cheveux blanchis par l'âge, mais aussi insensés dans nos » jugements que des enfants sans expérience? » Et, en continuant, il parle de lui comme d'un homme plein d'années et formé « par les grands et nom- » breux événements qu'il avait vus de son temps. » Or il est très probable qu'il écrivit cette relation à l'époque même de son ambassade, et non plus tard. Eusèbe, en effet, rapporte qu'il en (il la lecture à Rome, en plein sénat, sous l'empire de Claude, et qu'elle fut très applaudie de tous les auditeurs; ce qui fait juger que celte lecture eut lieu peu de temps après la mort de Caligula, quand le sénat était dans les premiers transports de joie d'être délivré d'un si méchant empereur. Philon, en etfet, à l'époque de cet événement, ne devait pas encore avoir quitté Rome; car il avait eu audience de Caligula sur la fin de l'an 60, et cet empereur fut lue au commencement de l'an hi, avant d'avoir décidé l'affaire pour laquelle Philon lui avait été député. Il est donc certain