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DU SACERDOCE DANS LA RELIM0N DE LA PROMESSE

Frappé de la sentence de mort après son pèche', Adam reçut dans cette sentence même tout ensemble l'arrêt de la justice et l'assurance de la miséricorde.

La mort, en effet, disent les PèreslT relevée dès lors par la promesse de la Rédemption, « d'éternelle devint temporaire ». L'homme, vase d'argile, ne sera brisé que pour être pétri de nouveau paj1 les mains du divin artisan, et pour recevoir de lui en Jésus-Christ une forme plus excellente.

Ainsi-, la mort, cette « dure exécution de la justice n (i ). ouvre la voie à la miséricorde. La miséricorde et la justice s'embrassent et s'unissent étroitement; désormais, par une conséquence naturelle, la miséricorde ne saura moins embrasser que la justice; et comme la sentence envr-loppe dans le juste châtiment de la mort toutes les générations humaines, il ne se pourra que la réparation soit limitée à quelques-unes. La justice et la réparation sont unies dans la mort elle-même qui est en Adam la consommation de l'une et en Jésus- Christ lo commencement de l'autre. Partout où la mort pénétrera il faudra que le remède aussi puisse pénétrer: la mort est générale, l'offre du salut ne le sera pas moins. Les desseins de Dieu ne connaissent pas d'obstacle, et par là même qu'il a placé le salut dans la mort, il l'a offert à tout le genre humain. Sicut in Adam omnes m&riàntur, ita in Christo omnes vivijicabuntnr.

Hais, pour qu'il en pût être ainsi, il fallait que la foi à ce mystère ne fût refusée à aucun âge du monde; et comme la foi procède de i ouïe, il fallait encore que ce mystère fût enseigné dans tous les âges: il fallait que, dès le commencement, il fût enseigné à Adam et à Adam tout entier, c'est-à-dire à toute l'humanité qui devait sortir de lui, puisque toute cette humanité devait v avoir foi et en recevoir le bienfait.

Aussi Dieu ne se contenta pas d'accomplir la rédemption du" monde dans la plénitude des temps, mais il l'annonça à l'avance; et.

(i) Saint Léon. *

\ dès l'origine, il voulut s'v engager par une promesse el un pacte miséricordieux afin de sauver dans la prédication de cette promesse les génération* humaines auxquelles le grand don de Dieu n'était pas encore actuellement présenté.

Ainsi la promesse du Rédempteur fut Faite à l'homme aussitôt après sa chute, el comme le remède, dans la vue de Dieu, était lié au châtiment de la faute, il montra cet ordre de ses desseins en unissant cette promesse à la sentence même de la condamnation. Son intinie honte se déclarait aussi par là, et, comme s'il ne pouvait la contenir, il ne voulut pas laisser un instant l'homme sans espé rance, de peur que les coups tle sa justice ne lui lussent trop I rigoureux.

Combien grand apparaît ici cet Adam que nous sommes trop habitués à ne voir que dans sa chute ! 11 reçoit pour le genre humain tout entier la promesse de la Rédemption ; il accepte cette promesse et il croit à la miséricorde. Dans cette loi au Messie qui naîtra de lui, il entre avec Dieu dans une alliance auguste qui est tout l'Ancien Testament. Il n'a pas refusé, comme Gain et Judas, le salut que l'amour infini de Dieu ofl're à l'.homme pécheur et qui en lui s'étend à l'humanité tout entière. Il ouvre pour l'humanité l'entrée à l'infinie miséricorde qui va déborder par-dessus le déluge du péché, / bi abundavil delictum superabundavit gratia. Et recevant de Dieu pour tous l'assurance du salut, il relève ce ministère par une pénitence de huit siècles, obéissant le premier à la loi des larmes et de la mort désormais réparatrice.

A oilà donc une promesse donnée et reçue, une alliance, un pacte, un testament, et dans cette alliance, la foi des hommes qui reçoivent la promesse, et dans cette foi à la promesse, 1 institution de la reli-

ii telle qu'elle convenait à cet état de choses, c'est-à-dire un dogme

un culte : ce dogme était celui de la justice et de la miséricorde, Htt la rédemption accomplissant l'une et l'autre: et le culte, répondant à ce dogme, témoignage de cette foi, consistait principalement dans le rite des sacrifices figuratifs, n'ayant de force que par leur relation à l'unique sacrifice réparateur que Dieu leur avait promis.

Par l'accomplissement de ces rites prophétiques, les hommes pro- ■nt, en effet, de leur foi à la grande victime qu'ils représentent. Ils s'uniront à elle par avance, conformément à l'institution que Dieu en a faite, et ils attireront sur eux par cette foi, non pas le fruit de ces sacrifices inutiles par eux-mêmes, mais la grâce du Christ, fruit anticipé de l'unique immolation rédemptrice, et le

droit à en recevoir un jour le prix et l'achèvement clans la gloire.

Mais, nous le voyons déjà, cette religion, telle que Dieu l'institua dans la promesse primordiale, ne fut point proposée par lui confusément aux hommes et comme livrée au hasard. Autant que les choses viennent de Dieu, elles 'procèdent de lui dans l'ordre et la dépendance, et l'infirmité des créatures peut seule porter le trouble Ct la défaillance dans la suite de ses ouvrages. ^

Cette religion primitive et préparatoire du genre humain porta donc cette marque des œuvres divines; elle eut un caractère hiérarchique et social comme le genre humain lui-même ; et c'est pourquoi le pacte de la promesse, sur lequel elle repose, fut donné d'abord, non pas à quelques hommes particuliers, mais, selon l'ordre de la hiérarchie humaine, à Adam père et chef de l'humanité, et par lui à toute la suite des générations humaines auxquelles il devait le transmettre.

Par là, cette religion revêtait à la fois le caractère d'universalité et de hiérarchie. Le père de tous les hommes, en la recevant de la bouche de Dieu comme vin dépôt sacré, recevait aussi la mission d'enseigner et de transmettre la doctrine, l'autorité du culte, et comme un souverain sacerdoce dans ce culte primitif. \

Ce sacerdoce, attaché à l'autorité sociale d'Adam, suivit les diverses vicissitudes que subit cette autorité, et connut les phases que nous avons décrites dans la première partie de cette étude. Les patriarches en héritèrent, et l'autorité sacerdotale, liée en leurs personnes à l'autorité paternelle, s'attacha à l'autorité publique de la cité primitive.

Le sacerdoce d'Adam se transmit à ses fils et par eux aux princes héritiers de son pouvoir; et désormais le sacerdoce apparaîtra partout où se montrera le pouvoir souverain procédant comme lui originairement d'Adam.

C'est pour cela que, dans l'état patriarcal, le père qui est le prince offre les sacrifices et préside à la religion. Les aînés reçoivent de lui lé sacerdoce en même temps que la royauté, et le droit d'aînesse n'est si important que parce qu'il entraîne avec la prérogative souveraine, les bénédictions spéciales qui sanctifient l'aîné et en font une personne sacrée.

Bientôt la religion de la promesse ainsi attachée à l'ordre social de l'ancienne humanité passera avec lui de la condition patriarcale à celle des cités constituées. A mesure que la souveraineté publique se formera au-dessus des familles, cette souveraineté emportera le

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l.i religion, cl les dynasties royales auront un caractère é et sacerdotal.

El ici deux points importants sont à remarquer.

D'une pari ce sacerdoce public des rois reposera, comme la royauté elle-même, sur cette souveraineté radicale de la nation entière, dont nous avons exposé dans la première partie de ce discours l'origine, la légitimité, les limites et l'insuffisance sociale. Il subira don< tour, comme le pouvoir du prince, les loi mes diverses que les ré\olutions humaines apporteront à l'exercice île la souveraineté. Il s'attachera aux aristocraties qui, dans l'antiquité, ont généralement quelque privilège sacerdotal; et dans l'état démocratique, le peuple le déléguera, comme il le fait des magistratures, et le réglera par ses lois.

D'un autre côté, comme la famille, en abdiquant la souveraineté sous la tutelle «le l'Etat, avait gaule dans le pouvoir paternel sa forme et son gouvernement propre, ainsi se perpétua au-dessous de la religion publique le sacerdoce domestique: et toute l'antiquité admit au foyer l'autorité religieuse du père de famille. On distinguait, chez les Romains, les sucra domestica et les sacra publica (i).

Ainsi, les familles, comme la cité qui les abritait, revêtaient le caractère de sociétés religieuses. Il y avait les religions des familles, avec leurs i îles et leurs observances, et la religion de l'Etat, celle-ci contenant les premières dans une dépendance plus ou moins expresse, selnn que la subordination des familles à L'Etat était elle-même plus étroite.

Ainsi L'antique cité humaine, avant recueilli comme un béritage d'Adam, avec le pouvoir de ses princes, le dépôt delà promesse, était une société religieuse, ou plutôt elle était l'unique société religieuse de l'humanité, appelant de ses désirs et attendant l'avènement du Christ et de L'Eglise qui procède du Christ.

Mais combien cette société religieuse n'était-elle pas infirme et défaillante en elle-même el laissée à ses propres forces! (l'est ce (pue nous ne verrons que trop dans cette étude, en même temps que nous y admirerons les secours que Dieu donnait assidûment aux hommes pour leur conserver le trésor de la vérité et les moyens de salut.

(i) Le peuple chinois si rapproché, par ses traditions, des temps primitifs, admet encore les sacrifices offerts par l'emj ereor et l'autorité publique, et les sacrifices offerts dans la famille par le père ou l'aîné des enfants.

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