‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 101 sur 114 · DÉPENDANCE DU SACERDOCE DE LA PROMESSE A L ÉGARD DU CHRIST · texte numérisé non relu

DÉPENDANCE DU SACERDOCE DE LA PROMESSE A L ÉGARD DU CHRIST

Cependant, avant d'aller plus avant, il faut établir que cette union du sacerdoce à la puissance publique telle qu'elle convenait à l'époque de l'attente du Messie, n'emportait nullement ni la contusion de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel ni la soumission de l'ordre surnaturel à l'ordre naturel, du spirituel au temporel, delà religion à l'Etat.

Pour le bien entendre, considérons que l'humanité, telle qu'elle procède d'Adam, dans l'Etat, la famille et l'individu, est déchue de l'état surnaturel et ne peut y parvenir de nouveau qu'en entrant dans un nouvel ordre de choses et en devenant par son incorporation au Christ une nouvelle humanité, qui est l'Eglise et le chrétien.

Conservée sur la terre uniquement pour atteindre cette nouvelle création d'elle-même dans le Christ, l'humanité n'a plus d'autre tin suprême ici-bas. Elle doit se soumettre au Christ. L'Etat et la famille doivent lui amener les individus par tout le concours qu'ils peuvent en recevoir. C'est bien en cela et par ce service que la cité et la famille, telles qu'elles nous apparaissent de nos jours dans leurs relations avec l'Eglise, sont présentement encore des sociétés religieuses, l'Etat chrétien et la famille chrétienne, non par l'autorité du Christ, laquelle est dans l'Eglise et ne réside pas dans l'Etat ou la famille, mais par la soumission à cetti? autorité et à cette Eglise, telle qu'elle convient à la société humaine.

L'Etat et la famille qui ne sont pas l'Eglise, qui d'eux-mêmes ne donnent à l'homme que l'ordre naturel et les secours de cet ordre, doivent aller au Christ et à l'Eglise, amener au Christ et donner à l'Eglise les générations humaines, s'incliner au service du Christ.

Or, avant la venue du Christ, alors que l'Eglise n'apparaissait point encore sur la terre avec sa hiérarebie et son sacerdoce, prête à recueillir et à s'incorporer par ce sacerdoce les générations humaines, l'Etat et la famille s'acquittent de leur service en se représentant sans cesse le Christ futur, en montrant aux individus, de loin, dansles promesses, cette cité qui doit les recueillir et les sauver. Ainsi, au fond, l'autorité religieuse des princes et des pères de famille

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il que le mode, appropria a ces temps, de la subordination de l'ancienne humanité à la nouvelle, de la • îité el de la famille à l'Eglise, d'Adam au Christ, ou, si l'on vent, du temporel au spirituel, de l'ordre naturel qui procède d'Adam à l'ordre surnaturel qui procède de Jésus-Christ.

\ussi, le sacerdoce de ces tempe, le sacerdoce <Ifs princes et des n'est point le sacerdoce du Christ: ces prêtres ne son! point ntants du Christ présent actuellement et opérant en eux. Ils n'en sont que des images impuissantes.

Ils sont* vraiment les représentants d'Adam dans l'ordre de la promesse; et comme \ilam. dans L'ancienne humanité désormais privée d'unité, voit <nn autorité scindée par des divisions infinies, aillai ce sacerdoce infirme est-il multiplie' sans fin, mulU constitati stuil sacerdotes ; ce sont dea prêtres mortels, des sacerdoces défaillants, qu'il faut sans cesse renouveler par de nouvelles institutions. Les sacrifices aussi sont multipliés sans pouvoir jamais par leur nombre et leur diversité- suffire au salut des hommes et satisfaire à la justice de Dieu. -

Le seul prêtre. Jésus-Christ, et son unique oblation opéreront efficacement et rendront parfaite l'œuvre de la sanctification des hommes. Saint Paul, dans son épitre aux Hébreux, fait ressortir à chaque page cet éclatant contraste; d'un côté, la multiplicité, l'impuissance et le caractère transitoire des anciens sacerdoces et des sacrifices offerts sous l'ancienne loi, et de l'autre, l'unité, l'efficacité et la perpétuité «lu nouveau sacerdoce et du nouveau sacrifice.

Nous ne saurions trop, en ell'et. le répéter à la suite du <rrand Apôtre, le caractère de la religion confiée à l'ancienne humanité est l'impuissance en tout : elle ne peut rien par elle-même pour l'homme qui ne sera sauvé que dans le Christ et l'Eglise; tout y est relatif au Christ et à l'Eglise, tout y est subordonné à ce futur et nouvel ordre de choses.

Ainsi le sacerdoce est à la fois multiple et impuissant ; les sacrifices sont inefficaces en eux-mêmes et n'ont point de vertu qui leur soit propre pour justifier et sauver les hommes. Ils ne sont que des signes publics et extérieurs, que des gages, des cédules et des protestations de la foi de ceux pour qui ils sont offerts; gages etcédules qui leur donnent droit à être comptés parmi les citoyens de la cité future, c'est-à-dire de l'Eglise à venir; ils s'inscrivent d'avance dans les rangs de ses citoyens, et ils attirent à ce litre sur eux, par une mystérieuse anticipation, la justice et la sainteté qui viennent du Christ

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Loin donc que les Etats et les princes temporels s'élèvent au-dessus de l'ordre spirituel qui appartient au Christ, pour le régler et en disposer, les rois et les princes, les familles et les cités ne font par tout cet ensemble d'institutions religieuses, dont ils sont les dépositaires, que témoigner de leur dépendance et de leur service à son égard, et ils ne prétendent point par ces rites sacrés sauver les hommes, mais les destiner au Christ qui les sauvera, les diriger vers lui et pour ainsi dire les acheminer vers la cité nouvelle où seul il les peut introduire.

Ainsi, de même que la foi au Christ, unique salut de tous les hommes, est, selon la diversité des temps, la foi à la promesse ou la foi à la rédemption accomplie, ainsi le service que l'Etat et la famille doivent au Christ prend des formes diverses selon les époques, sans que l'ordre nécessaire des relations et des dépendances des cités et des familles à l'égard du Christ soit interverti ou substantiellement altéré.

C'est là ce que la Sainte Ecriture compare aux progrès de l'âge : la loi de la promesse et des figures est comme la tutelle de l'enfance de l'humanité; elle en est, dit saint Paul, « le pédagogue dans le Christ », et son service s'arrête à l'âge mûr. Cette parole de l'Apôtre, nous le savons, regarde proprement la loi de Moïse, comme les autres, que nous avons rappelées plus haut de l'épitre aux Hébreux, regardent le sacerdoce d'Aaron ; mais la loi de Moïse et le sacerdoce d'Aaron appartiennent à l'état de la promesse; et, à cet égard, ils ne diffèrent point de la loi donnée à la postérité d'Adam et de Noé et du sacerdoce des patriarches.

Ainsi, il n'y a pas de confusion possible entre l'ancienne cité humaine et l'Eglise; cette ancienne cité, bien qu'elle soit une société religieuse, n'est pas l'Eglise (i); mais elle sert d'avance l'Eglise à laquelle elle se subordonne. Et ainsi l'Etat et le principat temporels, toujours identiques à eux-mêmes dans leurs rapports avec le Christ et l'Eglise, n'ont d'autre fonction religieuse que de leur apporter d'âge en âge, par des moyens ou sous des formes diverses, le tribut et l'hommage des générations humaines, destinées au salut.

L'Etat et la famille, dans l'ordre de la religion, n'auront jamais

(i) Nous verrons plus loin en quel sens les Pères ont considéré l'Eglise comme existant dans l'ancienne humanité.

d'autre fonction que de servir l'Eglise, e1 c'esl par là que I Etat et l,i famille sonl religieux el doivent l'être. Mais cette religion |»iil>li<|iie de l'Etat, celle religion domestiqu.edu foyer, qui, aujourd'hui, consistent dans la soumission de l'Etat el de la famille aux enseigne ment s el .mx l<>i> de l'Eglise, consistaient autrefois dans la garde du dépôt de la promesse el dans les observances Qguratives qui répondaient ii l'ancien état de choses. Bien loin donc qu'avant la venue du Christ, l'ordre spirituel fût subordonné à l'ordre temporel, cette religion confiée aux princes et aux chefs de famille, religion t<>ui«* relative au Chris! et impuissante par elle-même, fait voir qu'en aucun temps l'humanité n'a pu se soustraire à sa dépendance à I du Christ el de l'Eglise, qu'en aucun temps la société baroaine n'a pu vivre indépendante du < 1 1 1 1- i - f et de l'Eglise, qu'en aucun temps l'Etat n'a été dispensé du service qu'il leur doit, c'està-dire encore qu'en aucun temps Tordre temporel n'a pu subsister indépendant de l'ordre spirituel.

En tous le» temps, au contraire, l'Etat et la famille s'acquitteront du religieux service qu'ils doivent au Christ, soit en dirigeant par avance à la lumière de la promesse les hommes vers l'Ki:b>c, soit dans les derniers temps en protégeant et en gardant libres de tout obstacle les accès de la cité sainte.

Ce service religieux de L'Etat envers l'Eglise est tellement lié au fond «les choses qu'il donne seul à l'Etat et à la famille, à toute l'humanité, leur raison d'être depuis le péché. Adam et sa postérité ft'onl été conservés sur la terre que dans l'unique dessein de la Rédemption, et toute l'existence des choses humaines dépend désormais, dans les décrets divins, de cette fin suprême.

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