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CHAPITRE IV

FAIBLESSE ET DEFAILLANCE DE l'aNCIENNE SOCIETE RELIGIEUSE

Nous avons suffisamment établi que l'ancienne société religieuse des hommes, représentée par l'Etat et la famille, par le sacerdoce public et le sacerdoce domestique, n'était point l'Eglise (n, mais la vieille humanité d'Adam attendant l'Eglise et la servant d'avance.

Nous n'avons plus, dès lors, à nous étonner que cette société religieuse fût par elle-même faible et défaillante, incapable de garantir aux hommes, par sa propre vertu, l'intégrité du dépôt de la vérité el du culte révélé.

Adam encore innocent n'avait pas su garder le trésor de la sainteté : après sa chute, il ne saurait avoir une plus grande fermeté. Sa postérité naissant de lui après son péché apparaissait à l'existence, non seulement privée de l'état de grâce originelle, mais encore blessée dans son intelligence et sa volonté par l'ignorance et les funestes tendances de la nature corrompue.

A l'Eglise seule, par Jésus-Christ son chef divin, appartient cette vertu intrinsèque qui en lait ci la colonne et le firmament de la vérité » et la source de la sainteté pour tous les hommes.

Mais, comme aujourd'hui les Pétais et les familles appelés à se sanctifier par elle peuvent se soustraire à son influence et, par une coupable rébellion, lui refuser le service qu'ils lui doivent, ainsi les sociétés antiques pouvaient-elles faillir au devoir religieux de conserver la promesse et le culte donné au genre humain ; et, parce que cette religion d'attente, dont le dépôt leur était confié, n'opérait pas par elle-même la sanctification des hommes, ces sociétés gardaient dans ce service du Christ attendu toute l'infirmité d'Adam tombé.

Aujourd'hui, sans doute, l'Eglise actuellement présente sur la lerre, cité surnaturelle, confirmée dans la vie, subsiste distincte des sociétés humaines dont les défaillances ne peuvent l'atteindre. Mais, à cette époque, ces défaillances mettaient en péril toute la religion

in Nous examinerons plus loin, comme nous l'avons déjà dit, en quel sens cette humanité est appelée l'Eglise par les Pères, et e.i quel sens l'Eglise est aussi ancienne qu'Adam et les patriarches.

vl'I'l M»H I. I 'J'3l

tirs peuples exposes à être trompés pai le sacerdoce de h rite luimême; et la vraie religion eùl péri s.>us le jx >i< 1 s des défaillancai humaines. »i Dieu, comme nous le venons bientôt, ne lût venu au rs des hommes el ne leol sauvegardée par des moyens sans cesse renouvelé* el toujours proportionnés aux progrès de l'erreur et aux bea< tins des tempe.

nt d'étudier cette admirable conduite de la Providence divine, nous avons d'importantes réflexions a proposer aux lei leurs sur celte faiblesse intrinsèque de l'humanité antique dans l'ordre de la i eligioD.

I.i société dépositaire de la révélation et de la promesse n'étaifl «pie l'héritière d'Adam déchu, porte trois caractères de l'ranrmièé qui lui vient de cotte origine.

Elle manque d'unité, d'autorité et de stabilité ; et. tandis qu'aujourd'hui l'Eglise, « plénitude de Jésus-Christ t, montre à tons les yeux les notes glorieuses dont son chef auguste l'a enrichie, cette antique humanité laisse voir par ces trois côtes tonte la pauvreté et l'impuissance du chef dont elle procède.

Et d'abord elle manque d'unité et n'est point relier dans toutes sec parties par une autorité universelle.

La mort d' Vdam et des pères de l'humanité, nous l'avons vu plu« haut, a pour toujours divisé et subdivisé l'humanité en rameaux détachés et Indépendants.

Or, en scindant la cité humaine, la mort a, du même coup, scindé la société religieuse qui n'en était point alors distincte, et il n'y eut plus de tribunal suprême et universel par où la vérité dût se con— server et s'enseigner à toute la terre. Autant il y eut de peuples, autant il v eut d'institutions sacerdotales indépendantes. Au sein dos Etats, le culte privé de chaque famille était sans lien avec celui <]<■• toutes les autres familles : et la dépendance de ces sacerdoces domestiques à l'égard des sacerdoces puhlics variait avec le degré de dépendance politique des familles à l'égard «le l'Etat, dépendance politique dont il était une suite.

En second lieu, par là même que la société religieuse manquait d'unité, il est manifeste qu'elle manquait d'anèorité.

La vérité est une; elle ne peut varier avec les limites «les Etats

et dès que le sacerdoce, devenu une magistrature locale, peut, chez les différents peuples, rendre des décisions différentes' et contradictoires, sans qu'aucun tribunal supérieur puisse réformer son enseignement et le ramènera l'unité, ce sacerdoce perd tout droit à imposer sa doctrine. La raison individuelle ne doit plus s'incliner sans le contrôler devant un enseignement dont les variations attestent l'incertitude, et qui ne peuvent plus la rassurer contre le péril d'erreur. Ainsi, en l'absence d'un magistère suprême et universel, le dépôt des vérités religieuses se trouvait, dans un certain fonds, confié à la garde de la conscience individuelle. C'était même, en une certaine manière, des multitudes qu'émanait l'autorité religieuse des princes et des magistratures avec tout le pouvoir politique dont le sacerdoce était désormais une suite.

Aussi, remarquons-le, si l'obligation qui incombe à tout homme de demeurer fidèle à la vérité et de résister à l'erreur, même enseignée par un membre de l'ordre sacerdotal, se confond aujourd'hui avec le simple devoir d'obéir aux déclarations du tribunal public et suprême de l'Eglise, désormais dressé au milieu du monde pour régler et réformer tout l'enseignement des particuliers, cette obligation avait alors jusqu'à un certain point le caractère d'un contrôle et d'un jugement.

La conscience se trouvait elle-même le tribunal supérieur du juste et du vrai parmi les nations. Saint Paul les accuse de n'avoir point écouté les arrêts de ce tribunal, et il semble ne pas leur donner d'autre loi que celle loi écrite en chacun d'eux ; ipsi sibi sunt lex.

Mais, chose digne d'attention, dans les périls de ce temps, périls dans lesquels Dieu ne cessa, nous le verrons bientôt, d'assister les hommes par des secours proportionnés à leurs besoins, n'était-ce pas cette économie et ces appels à la conscience qui ramenaient et maintenaient l'unité religieuse dans l'extrême division des sociétés humaines?

L'âme « naturellement chrétienne » échappait par là à la domination des sectes. La vérité est universelle : ce tribunal établi dans la conscience, étant le même en tous les hommes, était entre eux un trait commun. La conscience ne fait pas de l'homme le membre d'une cité, mais le membre de l'humanité tout entière. La conscience où la vérité rendait ses décisions, n'appartenait pas aux Grecs en tant qu'ils étaient Grecs, ni aux Romains en tant qu'ils étaient Romains, mais aux uns et aux autres en tant qu'ils étaient hommes, descendants d'Adam, et liés entre eux par la même nature,

APPENDICE I a33

la même origine, les mêmes souvenirs et les mêmes espérances.

La vérité parlanl à la conscience rassemblait ainsi toute l'humanité, fi, n'étant point arrêtée aux limites des Etats, embrassait tous 1rs hommes sous les mêmes lois.

routes les nations se trouvaient donc ramenées à la même dépendance à l'égard de la vérité. Les Gentils formaient comme un seul tout dans les conditions de leur vie religieuse : et, avant L'avènement du Messie, on ne connaît dans la religion aue deux « '■ t a t s et deux peuples: le- Juifs, soumis à la loi particulière de Moïse dont nous parlerons en son lieu, et les Gentils avant la conscience pour suprême magistère.

Toutefois, combien était grande encore la faiblesse de l'humanité dans ce triste état, et quel besoin n'avait-elle pas de cette assistance de Dieu dont nous parlerons bientôt! La conscience individuelle est, il est vrai, éclairée du rayon de lumière que Dieu a mis clans toute créature raisonnable: mais, exposée aux tyrannies des passions, elle pouvait être faussée ou contrainte au silence, et, loin de redresser l'erreur publiquement enseignée, ce tribunal pouvait, par une coupable et commune abdication, lui apporter l'appoint des faiblesses du grand nombre.

C'est ici le troisième caractère de faiblesse de l'antique société religieuse. Mal soutenue par la conscience des multitudes, elle n'v trouve pas une garantie assurée contre l'erreur, et, exposée sans cesse à de nouvelles défaillances, elle manque de slahililé dans la possession de la vérité.

Illuminés aujourd'hui par les clartés indéfectibles de la Sainte Eglise et de son chef Jésus-Christ présent en elle, ne nous étonnons pa> si, dans ces temps d'imperfection, les lumières semblent toujours prêtes à s'éteindre. A l'Eglise seule appartenait d'être au milieu du monde l'autorité universelle et le juge ordinaire toujours infaillible de la vérité. Il était bon que le vieil Adam lit l'expérience de sa faiblesse et sentit le besoin qu'il a du Christ. Cette douloureuse expérience, qui est encore aujourd hui un enseignement pour notre civilisation présomptueuse, se prolongeai travers toutes les superstitions et les mvthologies.

Le livre de la Sagesse (i ) nous apprend comment l'idolâtrie s'in-

(i) Sap. xin.

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troduisait pea à peu dans le champ de la religion et prenait la place du culte dû à Dieu. Les dogmes révélés au commencement s'altérèrent sous les symboles et les fables: celles-ci à leur tour se développèrent sans fin ni mesure et produisirent de vastes et absurdes systèmes mythologiques, au fond desquels se retrouvent les débris des vérités primordiales identiques chez tous les peuples, comme, au fond des idiomes issus de la confusion des langues, se retrouvent les étvmologies communes qui attestent la primitive unité de la parole h imaine.

La philosophie apparut plus tard. Ce fut un effort de la conscience humaine réagissant contre les monstrueuses erreurs de la religion publique, et invoquant le droit de la raison, dont nous avons parlé plus haut, à en contrôler les enseignements. Mais cette réaction, au lieu d'être l'humble recherche de l'aine désireuse de la lumière et la d-emandant à « Celui qui éclaire tout homme venant en ce monde » (i), fut corrompue par l'orgueil des philosophes et déshonorée par leurs honteuses dégradations, juste châtiment de cet orgueil. Saint Paul nous les montre, dans son épitre aux Romains (2), connaissant Dieu, mais lui refusant devant les peuples l'honneur qui lui est dû, et abandonnés pour cela aux outrages de leur sens réprouvé.

Au reste, les systèmes philosophiques ne tardèrent pas, par leurs contradictions et leurs absurdités, à égaler les folies des mythologies idolàtriques du vulgaire.

Il n'entre pas dans notre dessein de dérouler ici l'histoire des religions et des philosophies antiques, de ce double courant de ténèbres envahissant le domaine de la vérité et en obscurcissant toujours davantage les clartés salutaires.

Il est temps de tourner nos regards vers les œuvres de la7 miséricordieuse providence de Dieu, veillant sur l'homme, lui tendant la main, et ne cessant de le secourir dans ses faiblesses.

(1) Joan. 1. f).

!2i Rom. 1. 18.

CHAPITRK V

SECOURS DIVIM DO.N.NK A I.'.V.N I I'JIF. HUMANITE* RELIGIEUSE

L'antique humanité nous a montré toute sa faiblesse dans l'ordre religieux : elle n'a plus ni unité, ni autorité, ni fermeté, et le dépôt des vérités révélées est sans cesse exposé à périr entre ses mains, Le tribunal universel, suprême et infaillible, tic la véj ilé. n'esl i >a> encan au milieu du monde et ne rend point encore ses arrêts. Ce tribunal qui est l'Eglise catholique ne pourra apparaître avant la venue de Jésus-Christ, son chef, parée que cette Eglise est la suite et le développement de l'Incarnation, et c'est à elle qu'est réservé, avec un chef divin et éternellement vivant, la possession immuable et sans défaillance de la vérité, par une vertu intérieure qui lui est propre.

Mais, dans sa sagesse et sa bonté, Dieu vint au secours des nommas misérables j>ar d'autres dispositions: et comme il avait donne à Adam la promesse de la Rédemption et la religion primitive, afin de sauver toutes les générations humaines par la foi au Rédempteur à venir, il ne voulu! pas laisser périr un dépôt si nécessaire. 11 employa pour en assurer la conservation deux ordres de moyens et de secours lires des trésors de sa Providence.

Pour le bien entendre, considérons que la religion primitive contenait deux ordres de vérités. Les unes constituaient ce qu'on appelle proprement la religion naturelle, c'est-à-dire les dogmes proposés par la raison et la nature elle-même à toute créature intelligente, et les devoirs moraux qui résultent de ces vérités. Les autres i daient la restauration future de l'ordre surnaturel, le Rédempteur à venir et le salut promis en Lui.

11 est bon, toutefois, de remarquer ici que les vérités du premier ordre, c'est-à-dire celles qui constituent ce qu'on est convenu d'appeler la religion naturelle, ne peuvent être séparées absolument de celles ■ >nd dans l'homme déchu et appelé à la rédemption.

A aucune époque, en effet, l'homme appelé dès l'origine à la grâce n'a pu trouver sa fin dans la nature séparée de l'ordre surnaturel. Telle était fa disposition divine à sou égard. Mais depuis la chute, la nature elle-même n'existait plus en lui sans le péché qui l'infectait, et, par conséquent, l'expiation devait nécessairement pré-

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céder l'accomplissement des devoirs moraux, comme aussi la Rédemption devait tout ensemble, non seulement le rappeler à sa fin surnaturelle, mais encore réparer en lui la nature.

Les vérités de ce premier ordre, c'est-à-dire ce fond général de dogmes nécessaires et de devoirs moraux auxquels il faut joindre une notion au moins générale de la chute et de l'expiation, ont une telle connexion avec la nature humaine telle qu'elle existe dans tous les descendants d'Adam, que l'esprit humain n'en peut perdre la certitude dès que la connaissance lui en est acquise.

Or, à l'acquérir suffit sa propre réflexion, providentiellement excitée dans son exercice et, en fait, inévitablement aidée par l'éducation et les enseignements du milieu social où l'homme vit et se développe.

Dieu assura donc suffisamment la conservation des vérités de cet ordre en en confiant le dépôt à la conscience individuelle et à la société humaine, éducatrice des individus.

Ce dépôt ne pouvait pas plus périr que l'homme et la société humaine, que le genre humain tout entier, parce que les dogmes qu'il contient ont leur certitude en eux-mêmes et indépendamment de tout enseignement extérieur : et ainsi toute conscience et toute société humaine suffisent à le garder.

Mais il en est tout autrement de la promesse du Rédempteur donnée au genre humain et des m\ stères qui l'accompagnent; cette promesse est un don purement gratuit qui n'est connu que par le témoignage divin. L'Incarnation est elle-même un mystère que l'intelligence humaine ne peut découvrir et qui n'est connu des hommes que par la seule révélation. La raison n'y suffit plus et la réflexion n'v peut atteindre. Il faut la foi, qui n'est formée que par une parole venue du dehors.

Cette parole est sortie au commencement de la bouche de Dieu parlant à l'homme. Mais la mémoire de cet enseignement pouvait dans la suite se perdre ou au moins s'altérer. Pour les vérités de cet ordre, il fallait donc que Dieu vint au secours des hommes par une action spéciale et qu'il les rappelât sans cesse à leur souvenir par des moyens nouveaux et extraordinaires.

Toute l'histoire de la religion nous montre avec quelle sollicitude assidue ce Père miséricordieux s'appliqua à les préserver de l'oubli

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ft de L'erreur. Le Rédempteur promis était la fin de tous ses dessein», et il appliqua pour .hum dire toute sa puissance i eonserrei enfants <••. m;v, dans son intégrité, l«' précieux trésor de la 'promesse hors il<' laquelle il n') avait poinl de salul pour lux.

Quoi de plus propre à remplir nos cœurs d'admiration et de i--, onnaissance que cette conduite miséricordieuse de Dieu «'nvers les hommes! Etudions-en toute là suite; rien n'es! plus digne de notre attention.

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