‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 103 sur 114 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

(Suite du précédent.)

Au commencement, Dieu soutint la religion par un moyen où sa bonté se déclarait avec une sorte d'excès, et il n'en voulut point emplover d'autres, jusqu'à ce qu'enfin les péchés des hommes toujours croissants v mirent obstacle et le contraignirent à retenir les manifestations extrêmes de son amour pour eux.

rs'ous savons qu'avant la chute d'Adam, Dieu aimait à converser familièrement avec lui; il s'était complu dans la contemplation de ses œuvres après les avoir créées ; mais avec quelle surabondance de complaisance n'abaissait-il pas ses regards sur l'homme innocent! C'était son chef-d'œuvre, le couronnement et le dernier de ses ouvrages, en qui il avait rassemblé, comme en leur abrégé, les propriétés et les beautés de toutes ses créatures, achevant par lui son dessein et entrant ensuite dans son repos. Il aimait en l'homme non seulement son ouvrage, mais sa propre image qu'il avait imprimée en lui. Il v voyait cette image aussi parfaite et aussi pure qu'il l'avait produite par un souffle mystérieux de son sein, et il y contemplait ses propres traits comme dans un miroir qu'aucun contact n'a terni. Aussi quelle paternelle et amoureuse condescendance dans ce commerce de Dieu parlant familièrement à l'homme innocent! Il s'entretenait sans cesse avec lui ; il l'instruisait de ses desseins ; il lui faisait connaître ses lois et ses préceptes; il lui révélait l'ordre de l'univers, et, à la fin, dans une admirable extase, le mystère de l'union de l'homme et de la femme avec tout l'ordre de la société humaine.

La rupture de ce commerce ne vint pas de Dieu, et il ne s'éloigna pas de l'homme comme par inconstance. Ce fut l'homme ingrat et prévaricateur qui s'éloigna de Dieu; et quand, après son péché, Dieu vint le chercher encore dans le jardin, il.se cacha et voulut fuir la face de son Créateur.

A la lin, Dieu, comme contraint par l'ordre de sa justice, le chassa à son tour hors du paradis et de ce lieu ou il le visitait familièrement.

Ainsi tout paraissait à jamais rompu. Mais aussitôt que Dieu eut préparé la réparation par la promesse qu'il en fit, ne pouvant plus-

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longtemps contenir sa miséricorde, il sembla qu'il voulu! aussitôt tout rétablir en vue de cette promesse.

L'homme pécheur était, dans son triste état, indigne du colloque divin; et il était juste que ce Dieu ne le regardai plus qu'avec des yeux irrités, jusqu'au jour du moins où il en aurail accompli la rédemption. Mais, dans sa bonté victorieuse de sa justice, considérant par avance l'excellence de sa promesse cl son Christ qui devait venir, et son sacerdoce affermi par serment, dès qu'il se fut engagé par cette promesse, comme par un pacte divin, à la miséricorde, il ne voulut plus \,,ii 1rs hommes dans leur état présent de fils d'Adam pécheur, mais dans celui qu'il leur destinait selon l'ordre de cette promesse.

11 les considérait par avance comme déjà rachetés, et, dans la vue de ce mystère de son amour, il voulut aussitôt renouer avec eux ce commerce familier que le péché avait interrompu. 11 ne trouvait plus en l'homme, au lieu des précieux dons de rectitude et de force, dont il l'avait orné, que des faiblesses, un sens incliné au mal, une ignorance que. le travail ne diminuait qu'avec peine. Mais ces langueurs ne le rebutèrent pas. Il s'abaissa jusqu'à la portée de sa faiblesse, et. s'inclinant comme une mère qui se penche sur son enfant, il soutint l'humanité chancelante. Son amour le pressait et lui faisait passer les h. m nés; il ne pouvait déjà plus attendre le terme qu'il avait luimême marqué o pour que le péché prit lin et que la justice éternelle lût ramenée » (i) sur la terre.

Ainsi, hâtant l'avènement de ses miséricordes ets'essavant amoureusement, disent les Pères, au mystère de l'Incarnation par des manifestations sensibles. Dieu se reprit, après le péché, à converser encore avec les hommes, et il le fit en vue de leur future réparation.

Dans ces communications extérieures et sensibles, Dieu rappelait aux hommes les devoirs moraux, ainsi que nous le voyons dans l'histoire de Caîn : « Pourquoi es-tu chagrin?.... Tes appétits seront sous ta puissance et tu devras les dominer. » (a) Mais, principalement, il entretenait le souvenir de ses promesses et veillait avec un soin jaloux sur ce dépôt confié à la tradition fragile et incertaine des générations humaines.

Et qui pouvait mieux parler aux hommes de leur Rédempteur à

(i) Dan. ix. r>'i.

<[a) Gen. iv, 6, 7.

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venir, Dieu incarné, que ce même Dieu, aimant à revêtir les apparences de l'humanité en attendant qu'il en prit la réalité?

Cependant, ce doux et consolant commerce de Dieu ne put durer jusqu'à la fin avec la généralité des hommes. Les péchés croissant à mesure que les hommes se multipliaient, et l'audace des grandes prévarications soutenue par les longs siècles de la longévité primitive, y mirent bientôt obstacle. Dieu dira plus tard à son peuple d'Israël : u Je n'irai pas avec toi, parce que tu es un peuple h la tête dure, de peur que je ne te détruise dans le chemin. » (i) Combien plus ne dut-il pas avoir horreur de ces crimes effroyables qu'il fallut à la fin laver dans le déluge?

Il se fit alors une séparation entre les hommes. Dieu se choisit un peuple qu'on appela u les enfants de Dieu », et ce peuple innocent, auquel sans doute fut alors réservé le bienfait des communications divines, eut la charge de conserver le dépôt de la religion primitive et de la promesse.

En même temps, Dieu commençait à envoyer aux hommes des prophètes, et le ministère prophétique, qui devait succéder à la fin aux communications directes et sensibles de Dieu avec les sociétés humaines, commençait à apparaître sur la terre. Hénoch fut le premier que l'on sache avoir été revêtu de ce ministère. Il prophétisa le jugement dernier. Noé annonça le déluge.

Enfin la perversité des hommes ayant atteint le comble, le peuple choisi des enfants de Dieu fut lui-même entraîné dans la corruption commune; et, quand vint le déluge, la famille de Noé demeura seule fidèle, l'incrédulité ayant gagné le reste des hommes avec tous les vices.

Ainsi finit la première période de l'histoire de l'ancien monde. Dieu sépara Noé de l'universalité des hommes prévaricateurs; après avoir perdu ceux-ci par le déluge, il établit Noé chef du peuple nouveau et de la nouvelle société avec laquelle il contracta comme une nouvelle alliance, renouvellement du pacte de miséricorde qu'il avait fait au commencement avec Adam et sa postérité.

Pendant les premiers temps qui suivirent le déluge, Dieu parle encore à Noé et transmet par lui ses volontés à tous les hommes

(i) Ex. xxxii, 3.

issu- de lui, comme il avait autrefois parlé à Adam et a -es descendants.

M. ils. à partir de cette époque el de la dispersion des bommes sui la face de la terre, qui « • 1 1 1 lieu un peu plus tard, deux grands faits, l'un social et l'autre religieux, commencent à se produire.

D'une part, la vie humaine s'abrège rapidement, les peuples se constituent, el le régime politique des cités el des Etats se substitue universellement au régime patriarcal pour durer jusqu'à la fin des temps, substitution dont nous avons exposé le développement naturel. dans notre première partie*

D'une autre part, l'idolâtrie s'introduit dans le monde.

Commenl s'éleva cette Babvlone des erreurs religieuses en face de la vérité révélée el enseignée par Dieu lui-même aux ancêtres des peuples « e fut un graduel et immense obscurcissement qui à la lin couvrit toute la terre de ténèbres. Le livre de la Sagesse i i ), ainsi que nous l'avons déjà rappelé, nous apprend comment les bommes détournèrent peu à peu sur la créature l'hommage dû au Créateur : honorant sa puissance et sa sagesse dans ses oeuvres, indiquant ses attributs sous des signes convenus, les hommes passèrent insensiblement du culte de Dieu à celui de la nature, œuvre de Dieu, et bientôt à celui de leurs propre- ouvrages. L'idée de la divinité, par l'outrageante contusion qu'ils en firent avec la nature créée et le monde sensible, s'altéra et donna naissance aux divers systèmes du paganisme, qui fut panthéiste dans l'Inde, dualiste en Perse, anthropomorpbite en (irèce et en Europe.

Le dogme de la promesse et de la Rédemption fut aussi tourné en mille manières et tellement défiguré qu'il n'en resta, dans la religion des peuples, que d'indignes et absurde- parodies.

L'erreur, faible d'abord, s'insinua lentement et ne prit corps qu'a la longue. Au commencement, ce n'était que l'abus superstitieux des sviiibolcs qui se mêlaient à la vraie religion. Celle-ci, transmise par les patriarches, fut voilée d'abord et bientôt défigurée par ces symboles eux-mêmes, et à la fin étouffée sous leur nombre et leur développement. Ils devinrent l'objet direct de la croyance el des adoralions des peuples, et ainsi naquirent les monstrueuses mythologies qui allèrent s'étendant toujours plus en ebaque nation, par d'immenses et absurdes ramifications.

< ependant, à l'aidede ces symboles et du culte des forces inférieures

i i i Sa\ . xiii.

de la création, le culte des démons se mêla et bientôt se substitua aux hommages rendus à Dieu, et envabit tout le domaine de la religion populaire.

Au milieu de cette apostasie universelle, alors que les masses humaines s'égarent loin de la vérité, et que les sacerdoces publics et domestiques, au lieu de les y ramener, se précipitent avec elles dans l'erreur, l'bistoire de la vraie religion est tout entière dans les moyens successifs que Dieu emploie, d'une part, pour conserver entier en lui-même le dépôt des vérités révélées, et, d'autre part, pour étendre à tous les peuples la possession de ces vérités, et faire rayonner cette lumière jusqu'au milieu des ténèbres de leur infidélité.

Cette conduite providentielle proportionna les remèdes aux besoins des temps, si bien que l'on peut estimer à leur puissance et à l'étendue croissante de leur action, le progrès de l'erreur dans l'humanité aux épocjues successives de l'antiquité.

Au commencement, et alors que la vraie religion n'est- point encore entièrement défigurée par la superstition, Dieu appelle Abrabam et se choisit une dynastie sacrée, à la fois prophétique et sacerdotale, en la personne de ses descendants, Isaac et Jacob. Us sont reçus partout comme les prophètes de Dieu, et, en celle qualité, les rois et les peuples recherchent leur bénédiction et s'honorent de leur donner l'hospitalité. Ils sont vraiment les princes (i) de la religion. D'autres prophètes apparaissent, aussi suscités parmi les nations en formation, tels que Job et d'autres sans doute dont les noms ne nous sont point parvenus. Le sacerdoce patriarcal n'a pas cessé d'être uni au pouvoir public, et longtemps encore après ces temps. Jélhro se montre à nous prêtre de Dieu et roi de Madian, Melchisédech, le plus illustre de ces princes sacerdotaux, roi et prêtre de Salem, vient à Abraham, le bénit et reçoit de lui la dime des dépouilles des rois vaincus.

Les ténèbres amassées par l'ignorance et la superstition idolàtrique n'étaient point encore assez épaisses pour faire rejeter ces hommes de Dieu par les peuples, en même temps que ceux-ci n'étaient point encore universellement dégagés du régime patriarcal.

Cependant, la nuit se faisait toujours plus obscure ; l'état patriarcal, conservé à la fin dans la seule famille d'Abraham et qui est devenu •une exception au milieu du monde (2), ne pourra plus suffire à main-

(1) Gen., xxiii 6.

(2) L'abréviation de la vie humaine, après le déluge, n'a pu s'opérer avec une

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tenir la tradition parmi les nations qui se sont formées Je tous côtés en i-'iamls corps politiques pleinement constitués.

Le moment approche où le ministère des patriarches et des proisnlés au milieu des peuples, ne suffira plus au maintien et à

nement universel de la vérité. Il Tant qu'un corps social, qu'une nation constituée dan> la plénitude et la stabilité de son

L'anistne publie, en devienne le dépositaire permanent, et connue, dans l'état patriarcal du inonde, une famille avait été choisie de Dieu et sicrée pour ce ministère parmi les autres familles, ainsi, dans la condition politique des Etats constitués, il y aura parmi les cites humaines une nation destinée par une mission spéciale à lu garde de la religion.

En attendant que ce dessein s'accomplisse et tandis que l'idolâtrie ducllemeut sur la terre et va le rendre nécessaire, Dieu ire l.i postérité dlsaac de celle d'ismaél, la postérité de Jacob decelle d'Esaù; puis amenant en Egypte la lamille de Jacob, il y laisse pendant trois cents ans ses descendants.se multiplier et .se former en nation dans une laborieuse sujétion, garantis de tout mélange par l'horreur du peuple égvptien pour les étrangers et par l'esclavage même dont ce peuple les accable.

Enfin l'heure est venue où la nation choisie doit apparaître dans le inonde et recevoir sa mission sacrée. Dieu lui-même, par le ministère de Moïse, se déclare leur libérateur et leur législateur. 11 pare de tous les autres peuples et contracte avec eux une alliance spéciale. 11 en fait au milieu du inonde une nation sacerdotale, chargée désormais de conserver pour tout le genre humain le dépôt de la vérité et de la promesse.

Comme les aines étaient revêtus au foyer delà famille d'un caractère, il déclare que le peuple d'Israël est son lils aine | 1 | parmi

régulière uniformité".' Rapide pour la plupart des hommes, elle constitua de bonne heure les peuples primitifs dans l'état social qui devait succéder au régime patriarcal. Pendant que devenant de plus eu plus exceptionnelle, la longévité apparaissait encore dans certains personnages, prophètes ou pères des peuples, et principalement dans la dynastie sacrée des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, elle attirait davantage l'attention, ainsi qu'on le voit aux questions que le Pharaon adresse à Jacob.

(l) Exod. IV, 22.

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tous les peuples de la terre, c'est-à-dire un peuple sacerdotal et une part sacrée, un « pécule » (i) de Dieu parmi les hommes.

Après l'avoir ainsi distingué au dehors entre tous les peuples, à l'intérieur, Dieu lui donne lui-même ses lois civiles et politiques et des institutions religieuses spéciales; il règle pour lui, avec le soin d'un père qui veille à l'éducation de son enfant, tous les détails de la vie privée et publique. Par ces prescriptions qui pénètrent dans toute l'existence des Hébreux, Dieu se propose de les séparer de toutes les autres nations au milieu desquelles ils vivent et avec lesquelles ils ne devront point se mêler; et, pour mieux les assurer contre l'envahissement des éléments étrangers, il les entoure de précautions minutieuses et leur impose l'observance d'impuretés légales à éviter et de purifications à pratiquer à l'occasion de tout commerce avec les hommes qui ne sont pas de leur race.

Ainsi marquée d'un sceau divin; cette nation sainte sera désormais comme la lumière du monde, et les Gentils pourront toujours s'instruire à son école : « Enfant d'Israël, dit saint Paul, tu te reposes dans la loi, tu te glorifies en Dieu, et tu connais sa volonté; instruit par la loi, tu te donnes avec confiance pour le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, le docteur des ignorants, le maître des hommes encore dans l'enfance, possédant dans la loi la formule de la science et de la vérité. » (2)

Telle fut la grande mission du peuple d'Israël, et ce serait une erreur de penser que Dieu, dans le choix qu'il en fit, abandonnant tout le reste à l'infidélité, voulut sauver du naufrage cette seule petite partie du genre humain. Bien loin de livrer les autres hommes aux ténèbres ou à la damnation, il leur voulait, au contraire, préparer en Israël un secours permanent; et, comme nous l'avons dit plus haut, de même que, dans l'état patriarcal, une famille sacrée avait pxésidé à la religion, ainsi, au milieu des nations formées et dans l'état politique des sociétés humaines, une nation fut choisie entre toutes les autres pour remplir ce ministère.

Pour assurer ce dessein, Dieu fit avec ce peuple sur le mont Sinaï un pacte spécial, distinct du pacte universel qu'il avait contracté avec tous les hommes dans la personne de nos premiers pères.

(1) Exod. xix, 5.

(2) Rom. 11, 17-10.

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M. ils le pacte universel n'esl point aboli par le pacte particulier; ce ilernier n'esl j >< > i ■ 1 1 destiné à se substituer au pacte antérieur. La promesse du Messie a été Faite à toute la postérité d'Adam, et Dieu, dont les promesses comme les dons sont sans repentance, ne l'a pas révoquée pour renfermer le salut dans la seule postérité d'Israël.

Bien au contraire, il faut reconnaître qu'Israël lui-même sera sauvé, non par la loi spéciale qui lui est donner, mais par la foi au Messie promis à tous les hommes, foi qui lui est commune avec les Gentils et dont ceux-ci ne sont point exclus, puisqu'elle l'ait la substanee île l'alliance donnée à Adam et Noé pour toute leur postérité: « Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs, n'est-il point aussi le Dieu des nations '.' Oui, certes, il est le Dieu des nations et il justifie les Juifs et les Gentils » non par la loi spéciale aux Juifs, mais « par la foi » commune aux Juifs et aux (ienlils i l).

Ainsi, il serait inexact de regarder la loi de Moïse comme avant succédé à l'alliance primitive, en la manière en laquelle l'Evangile a succédé à la loi, en laquelle le .Nouveau Testament a succédé à l'Ancien par l'abrogation de celui-ci. Cette abrogation était nécesaire, et il a bien fallu que l'accomplissement de la promesse mit un terme à l'attente qui faisait la religion de l'Ancien Testament. Mais il n'en est point ainsi des rapports de la loi de Moïse à la promesse du Messie et aux lois universelles données aux hommes dans l'ordre de- cette promesse.

A cet égard, il faut entendre avec précaution et dans un sens restreint et purement chronologique tous les passages des auteurs catholiques qui présentent l'histoire de la religion comme divisée en trois phases successives par la loi patriarcale, dite loi naturelle, la loi de Moïse et la loi évangélique. L'Evangile a aboli tout l'état antérieur; mais la loi de Moïse n'a nullement aboli l'alliance et la promesse donnée à nos premiers pères pour tous leurs descendants. Elle est plutôt comprise et contenue dans cette première alliance; et c'est par la foi à la promesse qu'Israël est sauvé, foi dont la loi assure en lui le dépôt pour son propre salut et pour l'utilité et le salut de tous les autres peuples. Ainsi, saint Paul, nous montrant le salut dans la foi d'Abraham, a soin de déclarer que l'acte et le mérite de cette foi sont antérieurs à la loi de la circoncision et appartiennent aux tçmps où ce signe ne séparait point encore sa personne et sa race des autres familles humaines.

I 1 I /iV.m III, 2Q.

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Il ne faut donc jamais oublier que le peuple d'Israël, formant au milieu du monde un corps distinct, est chargé de conserver le dépôt de la promesse et de la vraie religion, non pour lui seul, mais pour le profit commun de tous les hommes. « Dieu est-il seulement aux Juifs, n'est-il pas aussi aux Gentils'.' Certainement, il est aussi aux Gentils (i). Quel avantage donc reste- t-il au Juif, et quelle utilité dans la circoncision » qui est le signe des fils d'Abraham '? « Un grand avantage en toutes manières : et d'abord c'est à eux que la parole de Dieu a été confiée » (2) ; ce dépôt par eux profitera à tous, car « nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont soumis à la loi » (3), non seulement pour eux, mais afin que toute bouche humaine « se taise » et s'humilie « et que le monde tout entier devienne soumis à Dieu ».

Ainsi ce que les enfants de Dieu semblent avoir été à l'égard des enfants des hommes avant le déluge, lorsque Dieu conservait par eux le salut promis, les Juifs le furent à l'égard des nations. Du i-este, Dieu, en se faisant le législateur des Hébreux leur laissait le caractère de corps national, et, en établissant tout l'ordre intérieur de cette cité religieuse sur l'hérédité, il conservait en elle les lois générales que sa Providence avait données à tout le genre humain. Ce Dieu qui, confiant dès l'origine la promesse à Adam, avait lié l'ordre de la religion de l'attente à la loi de l'hérédité patriarcale et à tout l'ordre des sociétés qui devaient en sortir dans la suite, ce même Dieu, attachant de nouveau à l'ordre du sang la promesse et l'alliance spéciale qu'il contractait avec Abraham et sa postérité choisie, voulut que ce pacte nouveau fût lié à l'ordre de la cité judaïque, et c'est pourquoi il forma lui-même cette cité et lui donna les institutions qui convenaient davantage à son dessein.

Dans la famille patriarcale, les pères et les aînés avaient exercé le sacerdoce: dans la nation des Hébreux, Dieu institue, au lieu et audessus du sacerdoce domestique, un sacerdoce public dans la tribu de Lévi et la famille d'Aaron. Il choisit pour cela la postérité de Lévi devenu l'ainé des fils de Jacob par le rejet de Ruben et de Siméon : ou plutôt, en substituant les hommes de cette tribu à tous.

(1) Rom. m, 2g.

(a) Ibid. m, 1, 2.

(3) Ibid. m, 19.

les atnés des familles d'Israël, il la consacra par un titre de primogéniture spéciale 1 .

La promesse qu'il fait à cette tribu choisie est comme une proinesse dans la promesse et un pacte particulier dans le pacte plus général 'donné à la postérité d'Abraham, de même que ce dernier pacte avait été lui-même une institution particulière contenue dans la loi donnée universellement à tout le genre humain. Comme Dieu avait séparé la postérité d'Abraham a 1 pour être à tous les peuples une cité sacerdotale selon cette parole: « Vous me serez un peuple particulier entre tous les peuples, car la terre est à moi et vous me serez un royaume sacerdotal el une nation sainte », ainsi Aaron et Lévi furent séparés du reste de la nation pour lui être un sacerdoce: « Je sanctifierai Aaron avec ses fils, afin qu'ils exercent envers moi le sacerdoce, et j'habiterai au milieu des enfants d'Israël h (3) par leur ministère.

Aussi comme Dieu dit à Abraham : « Sors de la maison de ton père et de ta parenté » (4), la bénédiction des lévites est semblablement « à celui qui dit à son père et à sa mère : je ne vous connais pas, el à ses frères : j'ignore qui vous êtes. » (5)

Ce pacte spécial comme celui d'Abraham fut confié à l'ordre du sang; le sacerdoce d'Aaron et le ministère lévitique furent héréditaires, tant il est vrai que tout reposait sur l'hérédité avant la venue de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ.

(1) ISum. m, 44, etc.

(a) L'alliance que Dieu contracta avoc Abraham et sa postérité regardait constamment celle postérité dans la seule lignée d'tsaac et de Jacob, à l'exclusion des autres lignées issues de lui.

(3) Exod. xxix, 44-

(4) Gen. xil, 1.

(5) Dent, xxxtii, g.

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