CHAPITRE VII
ASSISTANCE SPÉCIALE DE DIEU SUR LE PEUPLE D ISRAËL NATURE DE CETTE ASSISTANCE
Dieu a préparé au genre humain par l'établissement du peuple choisi, et, dans le sein même de ce peuple, par la consécration d'Aaron et Lévi, un secours permanent. A ce foyer de la vraie religion, tous pourront sans cesse venir contrôler leur créance et retrouver dans son intégrité le trésor des traditions altérées par l'enseignement humain.
Mais, pour remplir au milieu du monde cette auguste et nécessaire fonction, la cité hébraïque et le sacerdoce lévitique offrirontils, par eux-mêmes, toutes les garanties que réclame le dépôt de la vérité *?
Ce peuple, hélas ! est aussi défaillant que les autres nations, et entre ses mains, si Dieu ne lui donne une assistance spéciale, ce dépôt pourra encore se corrompre et se perdre. Et si le remède perd ainsi sa force, le mal de l'humanité ne sera-t-il pas désespéré?
Dieu très sage et très bon ne manquera point à donner cette assistance à son peuple choisi et par lui à tous les peuples.
En vertu de cette assistance Dieu assura que jamais ce dépôt ne périrait, et par cette promesse il donna à la synagogue une ferme et durable autorité sur les esprits.
C'est par égard à cette promesse que Jésus-Christ dira lui-même: « Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse ; écoutez donc ce qu'ils disent. » (i) Et nous ne voyons pas que la svnagogue interrogée juridiquement ait jamais manqué au témoignage de la vérité. Dans la corruption des derniers temps, dit Bossuet (2), alors que le Fils de Dieu sera bientôt obligé de dire : « Gardez-vous bien de la doctrine des Pharisiens et des docteurs de la loi », la lumière de la vérité ne cessera de luire dans la synagogue, et c'est ce qui parut à Jérusalem sur l'interrogation des mages, alors
(1) Mallh. xxm, 21, 3.
(2) Elévations sur les mystères, XVIIe semaine. VII» élevât. « Les docteurs indiquent Bethléem aux mages. »
que le roi llérode les assembla pour les consulter. Quelque tremblante que fùl la svnagogue sous sa tyrannie, ils répondirent sans hésiter.
Toutefois il importe de ne pas confondre la nature de l'assistance promise à la svnagogue avec celle de l'assistance bien autrement excellente donnée par Jésus-Christ à son Eglise. Ces deux assistances sont essentiellement différentes.
L'Eglise est confirmée dans la possession des dons de Dieu par une force intrinsèque et par son essence moine. Nouvelle humanité créée dans la grâce, dépendance et manifestation du nouvel Adam immortel, Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui demeure en elle et la soutient intérieurement par la communication de sa propre vie et de son esprit, elle e>t, par elle-même, à L'abri de toute défaillance. Jésus-Christ est lui-même la vie de ce grand corps; il vit, parle et .i'il en elle. Aussi, les promesses qui lui sont faites tiennent à sa substance même et elle ne pourrait en déchoir sans cesser d'être 1 elle-même, puisqu'elle n'est que l'extension de Jésus-Christ, c'està-dire Jésus-Christ étendu, manifesté et communiqué à son corps mystique.
Il suit de là que l'Eglise est aussi bien confirmée dans la sainteté que dans la vérité, l'une et l'autre étant également inséparables dans son chef Jésus-Christ et découlant également de ce chef par le mystère de la vie qu'il lui communique. Aussi, la fermeté inébranlable de l'Eglise dans le don de Dieu lui appartient comme sa propriété et en vertu de son essence.
Il n'en est point ainsi du peuple d'Israël. Ce peuple n'est dans le fond qu'une portion de l'antique Adam, un peuple parmi tous les peuples sortis de lui. Il appartient à l'ancienne humanité et non à la nouvelle. Et comme tous les autres peuples qui composent cette vieille humanité, enveloppé dans la caducité de son origine, il n'a en lui-même et dans ses propres forces rien qui le puisse soutenir et rendre inébranlable.
Aussi toute l'assistance que Dieu donnera à la synagogue lui viendra comme du dehors. Dieu n'entrera point en elle pour lui communiquer sa propre force et la lui rendre propre et essentielle ; mais il accomplira ses desseins sur elle par la conduite des événetnents et par les moyens dont dispose sa Providence pour mener •toutes choses à ses fins. Tel sera même l'objet principal du gouvernement divin des choses humaines parce que le salut des hommes •en dépend; et tout sera dirigé vers ce but, selon cette parole : a \ ous
avez fait dépendre les limites des empires de vos desseins sur votre peuple d'Israël. » ( i) Dieu emploiera donc à maintenir ce peuple dans la vraie religion les vicissitudes par lesquelles il le fera passer. Ce sont là ses movens ordinaires, et, lorsqu'ils ne paraîtront plus suffire, il interviendra fréquemment par le miracle et la prophétie.
Nous avons ici à proposer au lecteur d'importantes observations, qui seront propres à lui faire mieux entendre la distance qui sépare, à ce point de vue, l'Eglise de la svnagogue.
Premièrement, l'assistance que Dieu promet à Israël, avant pour fin spéciale la conservation de la promesse, était limitée dans son objet ; il suit de là que cette assistance ne s'étendait qu'à l'enseignement de la vérité, mais non au don de la sainteté; et l'on voit la synagogue ou la nation judaïque, comme corps de nation, mériter •plus d'une fois d'être châtiée pour ses égarements. L'histoire nous montre souvent ce peuple à la tète dure, sous la conduite de ses chefs et avec la complicité de ses prêtres, prévariquant publiquement et s'abandonnant au culte des idoles; le temple de Dieu est souillé par le mélange indigne des superstitions des peuples d'alentour ; Israël, rejeté de Dieu et frappé de terribles châtiments, se convertit pour retomber encore dans les mêmes excès ; Dieu ne cesse de menacer son peuple par la voix des prophètes, et il exerce sur lui sa justice par de terribles châtiments pour le ramener à son devoir.
Il n'est rien de semblable dans l'histoire de l'Eglise, fidèle épouse de Jésus-Christ, toujours sainte en elle-même, vivant de la vie de son Chef et animée de son esprit ; elle n'est jamais rejetée de Dieu, même pour un temps. Dieu l'éprouve, il est vrai, par la persécution, mais pour la sanctifier davantage; il lui annonce ses tribulations, mais, au lieu de la menacer, il la console, il lui promet son secours, il n'a jamais à la punir ni à la convertir. Il y a sans doute des chrétiens prévaricateurs, mais leurs -crimes sont les actions de particuliers qui se détachent de l'Eglise en les commettant, et qui en sont retranchés définitivement, s'ils n'écoutent sa voix et ne font pénitence. Elle-même prend une nouvelle vigueur par ce retranchement.
En second lieu, par là même que la possession constante de la vérité n'était point assurée chez les Juifs par une grâce intérieure et
(i) Deut. xxm, 8.
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permanente, il \ fallait le renouvelé du ministère
kI.s prophètes. Je me levais le matin el je les envoyais chaque jour, dit le Seigneur. i La synagogue ne pouvait être maintenue contre ses propres défaillances que par nue intervention extraordinaire de Dieu, qui la relevait à chaque instant de ses chud-s, et, pour conserver en elle le dépol de sa parole, il la ren tuvelait pair des révélations répétées. Ainsi, comme le remarque Bossuet, le ministère des prophètes, extraordinaire par sa nature, était devenu comme ordinaire rlifz les Juifs ; il entrait dans l'économie de l'assistance divine promise à ht synagogue; et, à côté de l'autorité publique que se transmettaient les prêtres et les maîtres de la loi, assis sur la chaire de Moïse, il y avait la mission des prophètes suscités de Dieu el autorisés par les signes surnaturel» qui les relevaient aux veux du peuple.
I Eglise, au»contraire, possède en elle-même la parole de Jésus- Chrisl et les enseignements du Saint-Esprit; Jésus-Christ ne la quitte pas un instant. La révélation tout entière lui a été confiée une seule l'ois et pour toujours. Par son Chef divin et par une partie d elle-même, qui est l'Eglise triomphante, elle est déjà en possession de la claire vue de Dieu, et, comme il v a entre celte partie déjà béatifiée el ceux de ses enfants qui combattent sur la terre un lien étroit qui n'en fait qu'un seul corps, Jésus-Christ demeurant en elle est ainsi tout ensemble, comme elle et avec elle, au ciel et sur la terre. En lui et par lui, elle entre sans interruption dans le mystère de Dieu, allant sans cesse, par les élus, des clartés de la foi aux clartés de la vision, et, toute remplie invisiblement de son esprit . elle a visiblement dans la chaire de saint Pierre, par la bouche du Vicaire de Jésus-Christ, le témoignage visible, authentique et permanent de l'enseignement divin.
De là \iont que l'Eglise n'a plus besoin d'être instruite parles hommes et par de nouveaux envoyés tels qu'étaient les prophètes, ayant en elle-même la source de la vérité, selon cette parole de Jérémie : L'homme n'instruira plus son frère en lui disant: Connais le Seigneur » i 2 i, parole que Jésus-Christ a rapportée fpiand il a dit : « Il est écrit dans les prophètes : ils seront tous enseignés de Dieu même.
Aussi la prophétie n'a plus lieu dans l'Eglise à l'état de ministère
(l) Jcr. vil, 2T).