‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 105 sur 114 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

{3) Juan. VI, /|5.

public; elle n'y parait que comme un don 'que Dieu fait, quand il lui plaît, aux particuliers pour honorer la sainteté devant les peuples et pour consoler ses serviteurs.

Du reste, la conduite de Dieu envers le peuple hébreu est bien la suite de celle que dès l'origine il a tenue et qu'il tiendra envers les hommes jusqu'à l'avènement de son Christ. Car si l'humanité, dès le commencement, fut toujours prête à s'égarer, et si la synagogue n'a point en ceci d'avantages au regard des temps qui l'ont précédée, ce Dieu, jaloux de garder sur la terre le dépôt sacré de ses promesses, dut user pour atteindre cette fin de moyens semblables, soit auprès des enfants de Dieu avant le déluge, soit auprès des .patriarches, et enfin chez les Juifs.

Mais, comme ce dépôt confié à quelques-uns devait profiter au reste des hommes, la conduite de Dieu sur le peuple d'Israël, tout en le regardant premièrement, embrassait le monde entier, et les châtiments dont il frappait son peuple pour le convertir servaient à répandre chez les autres nations la connaissance de la vérité. Rie-n n'est plus souvent rappelé dans les Saintes Ecritures. Les prophètes invitent à chaque page tous les peuples de la terre à craindre le Dieu d'Israël; les persécuteurs sont avertis qu'ils ne sont que les instruments de sa justice. De leur côté, les Gentils ne sont point sourds à ces enseignements; et, au livre de Judith, Achior, chef des Ammonites, le proclame hautement.

Mais on le vit surtout manifestement lorsque, à la fin, les Hébreux répandus sur toute la terre, à la suite de la captivité de Babylone, y portèrent leur culte et leur foi. C'était là sans doute un suprême châtiment infligé au peuple de Dieu; mais c'était une grande miséricorde pour tous les autres peuples. Nous l'avons dit plus haut, les remèdes à l'aveuglement universel devaient grandir avec le mal. Or, les ténèbres de l'idolâtrie étaient devenues bien plus épaisses qu'aux époques antérieures; il ne suffisait plus d'un enseignement placé en un seul lieu, d'un phare lumineux dressé dans la seule Jérusalem ; il était temps que le témoignage de la vérité, au lieu d'éclater en cet unique point de la terre, fût porté au sein de toutes les nations, et tel fui l'effet providentiel du châtiment de la dispersion. Les Israélites, arrachés par une juste punition à la terre promise à leurs pères, commencèrent à étendre leurs colonies jusqu'aux

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extrémités du monde, pénétranl partout, portant partout les Sain la Livres, et Faisant connaître aa milieu des nations la vraie relu i Louei le Seigneur, enfants d'Israël, à la rue des nations de la terre, car il vous a dispersés parmi les peuples qui l'ignorent, afin que vous racontiez ses merveilles el que vous leur lassiez connaître qu'il ii ' \ ,i point d'autre Dieu lout-puissanl que lui. i

Quand l'Evangile sera annoncé, partout il trouvera les peuples préparés a l'entendre par la prédication des synagogues. Saint Paul dira que Moïse est • ■ x j > l i t £ m : dans toutes les cités; et, partout où il y a des Juifs, il v aura des Gentils qui honoreront Dieu et auront renoncé à l'idolâtrie. V ces colentes Deum appartiennent le centurion de l'Evangile, le centurion Corneille, ses soldats, ses amis et toute sa maison. Dans les Actes dos apôtres, il est fréquemment question de ces colentes Deum, que saint Paul rencontre dans toutesles villes qu'il parcourt.

La condition religieuse de ces Gentils, adorateurs du vrai Dieu, disons-le à cette occasion, met en pleine lumière ce que nous avons exposé plus haut au sujet des relations du peuple d'Israël à la gentililé, dans L'ordre du salut promis.

Nous no saurions trop insister sur cette doctrine. Si l'Evangile a abrogé tout l'Ancien Testament, la religion spéciale donnée aux Hébreux n'a point eu pour efiet d'abolir, mais au contraire de soutenir dans le inonde la religion donnée dès l'origine au genre humain par la promesse faite à Adam, à Noé et aux patriarches, et qui regardait toutes les nations, c'est-à-dire la gentilité.

Si donc aujourd'hui tout homme est obligé d'entrer dans l'Eglise, et si, hors de l'Eglise il n'\ a point de salut, parce que tout l'ancien état religieux, se terminant à elle, se trouve désormais aboli, il n'y eut jamais obligation pour les peuples étrangers d'embrasser la loi. mosaïque, loi spéciale aux Hébreux, et d'entrer dans le corps religieux qu'ils formaient dans le inonde. Il suffisait aux Gentils de confesser la vérité dont ce corps était le dépositaire et de garder la loi primitive donnée aux ancêtres du genre humain. Ces Gentils qui renonçaient à leurs erreurs entraient en communion de prières etde sacrifices avec les Hébreux, tout en demeurant séparés d'eux par

(i) Tob. xin, 3. 'h

1254 l'égltse

les barrières légales (ï). Le centurion de l'Evangile leur construit une synagogue; et si Naaman le Syrien sacrifie au Dieu d'Israël sans recourir au sacerdoce lévitique, les princes syriens recourent dans la suite à ce ministère et font offrir en leur nom des victimes dans le temple de Jérusalem. Les prêtres de la race d'Aaron reconnaissent cette sorte de communion dans la prière, et, tout en fermant le temple aux étrangers, ils proclament les prières et les sacrifices offerts par eux pour ces souverains.

Non seulement le sacerdoce d'Aaron se rendait utile aux Gentils par son ministère, mais, à son tour, la mission des prophètes ellemême, dont nous avons exposé la fonction auprès du peuple hébreu, leur était aussi profitable (2), car la conduite de la Providence, en les suscitant pour le salut d'IsraëL- avait encore deux autres effets admirables qui regardaient tous les hommes.

Premièrement, il fallait à l'accomplissement des mystères une préparation digne de leur grandeur, en même temps qu'il fallait y disposer les hommes par des moyens appropriés à leur faiblesse. C'est pourquoi, non seulement la promesse était fréquemment rappelée et renouvelée par la prophétie; mais encore, à ebacun de ces renouvellements, Dieu ajoutait de nouvelles clartés à sa révélation. Il était digner en effet, de la grandeur de la Rédemption que la préparation en fût lente, solennelle et progressive; il fallait au soleil de justice une aurore dont la splendeur fût croissante; il convenait que la promesse, donnée d'abord à Adam, devint de siècle en siècle plus claire et plus précise jusqu'à son accomplissement ; que le monde, à l'approche de son Sauveur, sentit sa joie et ses désirs redoubler par des déclarations divines toujours plus lumineuses. Enfin, il fallait que l' envoyé le plus excellent du grand Roi, son Fils unique, venant sur la terre, fût précédé d'un cortège non interrompu de précurseurs.

Mais, en second lieu, cette disposition providentielle n'était pas

(1) Cette doctrine est solennellement proclamée à la dédicace du Temple de

Salomon : Insnper et alienigena (/ni non est de populo tno Israël cam veneril et ora-

verit in hoc loco tu exaudies de ctelo ut discant universi populi lerrarum nomen

tiium timere sicut populus tuus Israël. {III Reg. xm, l\\ et seq.

(2) Il y eut, même parmi les prophètes, des hommes de Dieu dont la mission regardait spécialement les Gentils. Tels furent Nahum et Jonas.

moins secourable .1 la faiblesse humaine. La nature de l'homn telle que non seulement m mémoire se laisse distraire et endormir si le même objet o'esl fréquemment propose i son attention, mais encore qu'il esl incapable de recevoir tout d'une fois la vérité sans confusion. L'expérience a montré combien la simple, promesse du Rédempteur .1 été défigurée dans l'esprit des peuples, v devenant le sujet de fables confuses el indéfinimenl multipliées. Qu'aurait-ca t: 1 1 '■ de ce dogme principal, -i Dieu eût des l'abord annoncé toutes les circonstances de temps, de fait et de lieu?] dénaturées el détournées de leur vrai sens, chacune de ces circonstances aurait créé autant de difficultés au temps où la promesse se serait accomplie. L'esprit humain, si les détails lui sont présentés d'abord avec le fond des choses, l'égaré et n'en saisit plus les relations. 11 pourra oublier la vérité principale et ne garder le souvenir de quelques détails, désormais détachés de ce fond qui leur donnait leur raison, que pour les expliquer et les altérer par mille imaginations bizarres. On l'a vu par la naissance et les progrès des mv thologies. Comme l'instruction des entants commence par les éléments, ainsi l'éducation divine de l'humanité, dans tout l'Ancien Testament, devait commencer parce qu'il y avait de simple dans la promesse et se poursuivre par les développements de la prophétie.

Ainsi, la révélation du Messie à venir suivit en quelque sorte un progrès continu. Le Sauveur est d'abord promis à Adam et à sa postérité, ainsi que la Vierge qui doit écraser le serpent; puis la promesse s'attache à la descendance de \oé: dans celle-ci, à la famille d'Abraham; parmi les fils d'Abraham, a la postérité d'isaac; entre les fils d'isaac, à celle de Jacob; dans la descendance de Jacob, à la tribu de Juda. L'époque de la venue. du Messie est alors indiquée comme étant celle de l'abolition de la souveraineté nationale chez le- Hébreux. Tout s'éclaircira davantage plus tard lorsque la famille de David sera choisit1 entre tontes les autres, et lorsque enfin Daniel marquera l'année précise où les mystères si longtemps attendus seront accomplis.

Pendant cette longue suite de siècles, les prophètes n'avaient de déclarer une à une toutes les circonstances de la naissance, de la vie et de la mort du Sauveur; et à la lin tout était prêt quand Dieu suscita saint Jean-Baptiste, qui, annoncé lui-même par Malachie, devait clore cette longue préparation, en montrant présent au milieu des hommes celui que tous les autres avaient annoncé comme devant venir.

q56 l'église

Quoi de plus admirable que cette conduite de la sagesse divine ménageant peu à peu la lumière à nos yeux malades, ou plutôt les préparant par des clartés croissantes à l'éclat du plein jour ?

Mais, dans ce plan providentiel, la bonté n'apparaît pas moindre que la sagesse. Dieu s'inclinait vers les hommes et, leur parlant -souvent de leur salut, il leur apprenait à ne point désespérer dans une si longue suite de siècles. Non content de leur redire la même promesse, il voulait encore les faire entrer dans les secrets de sa Providence et leur montrer comment chaque événement considérable se liait à l'accomplissement de son dessein. Les hommes ainsi •éclairés, instruits de la raison de ces grands événements, ne vovaient - plus le monde livré au hasard et s'affermissaient dans la foi à une promesse à laquelle ils voyaient tout se rapporter. Au déluge, ils apprenaient l'élection deNoé; à la vocation d'Abraham, le choix du .peuple d'où devait sortir le salut attendu. Enfin, pour que rien n'échappât à ces explications que Dieu daignait donner de sa conduite, Daniel annonçait dans la chute de Babylone la fin de la captivité et montrait dans l'ordre des quatre grands empires la préparation à l'empire universel du Christ, ramenant toute l'histoire, 'tant sacrée que profane, à cette raison et à ce centre de tous les événements.

Ainsi la prophétie faisait pour les hommes fidèles ce que fait aujourd'hui l'histoire pour les chrétiens. L'histoire, en nous montrant à chaque pas l'ordre des choses terrestres asservi au développement de l'Eglise et du mystère de Jésus-Christ, nous donne la raison des événements cjui, considérés hors de cet ordre, ne sont plus qu'un jeu aveugle et bizarre. Avant Jésus-Christ, l'histoire ne pouvait seule suffire à montrer la relation des événements avec ces mystères qui, n'étant point encore accomplis, n'étaient pas de son ressort. A la prophétie seule, il appartenait d'éclairer les obscurités des grands faits politiques et sociaux, en les rattachant à T Buvre de Dieu, et de faire entrevoir le plan de sa Providence.

Cela est tellement vrai que les historiens païens, s'étant privés de cette lumière, n'ont jamais vu dans l'histoire qu'un jeu de la fortune. Ils ont sans cesse à la bouche ce mot qui n'explique rien, et ils ne savent pas donner d'autres raisons aux révolutions des empires que ce qu'ils appellent la fortune des Perses, des Grecs, des Romains.

Les historiens modernes, il est vrai, qui, n'étant point chrétiens,

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refusent de reconnaître le règne du < îhrist dans l'histoire, s'imaginent une autre loi de l'histoire < j n * i 1 s appellent le progrès. Ils peuvent se faire cette imagination depuis la venue du Rédempteur parce que les événements tournant tous à l'extension de son règne et au triomphe de son Eglise, il y a eu dès lors dans le monde entier un véritable mouvemènl de progrès et comme un rayonnement de ce soleil divin, auquel nul ne peut se dérober entièrement. Mais jamais les anciens n'ont eu cette pensée; et, comme nos rationalistes ont besoin de remonter à l'origine des choses pour établir cette prétendue loi du progrès, il leur faudrait, avant tout, expliquer comment les plus grands génies de l'antiquité, réduits pour toute explication de l'histoire au mot de fortune, ont désespéré d'en trouver une autre et n'ont jamais rien aperçu de ce progrès continu et universel qui ne pouvait échapper à leurs observations.

Bien au contraire, loin de rêves prospères et d'espérances dans les efforts de l'humanité, on ne retrouve chez tous les peuples que le souvenir de l'âge d'or, et chez les lettrés, que le regret des ancienne» mœurs; tant il est vrai que dans les seuls temps chrétiens on a pu comparer avec avantage une époque à celles qui l'ont précédée.

Aussi les peuples n'attendaient le salut que de quelque événement divin, mais nullement du cours naturel des choses ; les sages faisaient connue le peuple ou en désespéraient.

Terminons par un dernier aperçu sur les miséricordieux desseins de Dieu dans la prophétie.

Par ces révélations réitérées, non seulement il éclairait les hommes sur la conduite de sa Providence, dont il leur laissait entrevoir le but final, mais surtout il enflammait leurs désirs pour ce salut qu'il leur promettait, et tout ensemble, soutenant la faiblesse de leur esprit dans ses doutes et ses murmures, il réchauffait encore la froideur des cœurs. Car c'est le propre des désirs de réclamer toujours de nouveaux entretiens et de devenir ainsi plus ardents. Dieu ne cessait d'animer les hommes en leur disant de nouvelles merveilles du grand don qu'il leur préparait.

Mais en cela aussi il satisfaisait en quelque sorte sa propre tendresse. 4,'ordre de ses desseins exigeait que la Rédemption fût différée et que la plénitude de cette grande révélation de la miséricorde ne fût enseignée qu'à la venue de Jésus-Christ lui-même. Mais ce

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