L'ÉGLISE — TOME II
a58 l'église
secret semblait peser au cœur de Dieu, et, dans cet empressement qu'il mettait, d'avance à paraître parmi les enfants des hommes, il en laissait toujours échapper quelque chose. Plus compatissant qu'une mère, Dieu se sent attendrir par les châtiments mêmes qu'il faut infliger à l'homme. Il s'expose à en diminuer la juste sévérité, et, ne pouvant contenir plus longtemps ses miséricordes, il affaiblit la justice en devançant le moment qu'elle a marqué.
Ainsi Dieu paraissait ne se contenter jamais de ce qu'il avait révélé aux hommes sur ses bienfaits, et il y ajoutait toujours de nouveaux traits, impatient de l'heure où il avait décrété de les sauver.
Voilà donc toute la divine économie de la Providence dans la religion du genre humain jusqu'à l'heure où la promesse du Rédempteur doit s'accomplir.
L'Eglise catholique, qui naitra du sang de Jésus-Christ, n'a point encore apparu sur la terre, et les hommes, dans l'attente de la Rédemption, se donnent à elle par avance sans pouvoir encore abriter leur foi à l'ombre de son autorité publique, universelle, perpétuelle, infaillible. Dieu toutefois ne les a point abandonnés à leur faiblesse : il leur a suscité des prophètes ; il leur a donné dans le peuple d'Israël jun témoin de sa parole, et ce peuple lui-même a été soutenu et relevé^dans ses défaillances par des secours qui ne lui ont jamais manqué. .
C'était encore, chez ce peuple le ministère des prophètes: « Je me levais le matin, dit le Seigneur, et je les envoyais » (i) sans me lasser jamais ; et ainsi, dans cette longue attente, toute l'humanité religieuse était comme partagée entre deux peuples et deux alliances : d'une part, le~peuple des Gentils et l'alliance universelle contractée avec nos premiers parents : et d'une autre part, au milieu des Gentils, le peuple particulier d'Israël et le testament spécial donné à Abraham et à sa postérité.
(i) Jér. vil, 25.