CHAPITRE VIII
àBOUTIOM DB l'am.ikn mai ;-\u i.a VENUE DU CHRIS! I i i/accomi'usshment de la promesse
Enfin, les temps son» accomplis, le Fila de Dieu immolé sur la croix et sortant du tombeau suscite en lui la nouvelle humanité qui est l'Eglise; nouvel Vdam, il en est le chef, et comme Ad, un innocent portait en lui l'état surnaturel de l'ancienne humanité qui l'ut entraînée dans sa chute, ainsi Jésus-Clirist porte en lui tout le nouvel ordre surnaturel, qui va s'étendre et se développer en procédant de lui. A sa venue, tout l'ordre ancien sentit approcher le terme où il devait prendre lin.
L'ancienne humanité sortie d'Adam n'avait été conservée que pour attendre Jésus-Christ, redonnera lui et se perdre en lui. Sa venue commençait donc la consommation finale du vieil Adam, et déjà celui-ci devait déposer à ses pieds le sceptre de l'autorité religieuse. Cette autorité entre ses mains ne regardait que le temps de la promesse, et elle s'évanouit à l'apparition de celui qui était annoncé, comme les llainheaux de la nuit cessent de luire à l'apparition du soleil. Ainsi, à la venue de \otre-Seigneur Jésus-Christ, l'ancien sacerdoce judaïque et toute la loi mosaïque, loi de figure et de prophétie, lut abrogée parce que ce qu'elle annonçait au monde était accompli. Toute la religion de la promesse cessa également parmi les nations. L'autorité des princes et des pères de famille dans les sacrifices et dans l'ordre de la religion n'eut plus lieu; toute l'humanité, tant des Juifs que des '.entils, dut s'incliner devant Jésus- Christ et l'Eglise et, quittant les anciens tabernacles du désert, entrer dans le temple nouveau et éternel. Il y eut translation du sacerdoce, dit la Sainte Ecriture, non pas succession, mais translation, c'est-à-dire abolition de l'ordre ancien et érection d'un nouveau pontificat: Translate taeerdotio necesse est nt legk translatif» fiai, repmhatio fit praeeedentu mondati; aafert prinam ni aeq&em statua C'est toute la doctrine de saint Paul dans l'épitre aux Hébreux. Ainsi l'Eglise ne nous apparaît p., s comme la simple continuation
(l) lUbr. vu, !:?, 18; x, 9.
delà synagogue ou de la religion donnée aux nations, et on ne peut dire absolument que l'Eglise était actuellement existante, quoique en un état différent, dans l'Ancien Testament. Les paroles des docteurs qui s'expriment ainsi doivent être expliquées comme nous k ferons bientôt. Jésus-Christ n'est point un successeur de Moïse; l'ancien ordre est réprouvé et aboli. Le sacerdoce de Jésus-Christ est nouveau, et en lui l'Eglise naît, création toute nouvelle, recueillant toutefois dans son sein les justes qui l'ont attendue fidèlement et qui, par cette fidélité, ont mérité de lui appartenir au jour de son avènement.
Jusque-là, l'humanité ne vivait que de promesses : c'était toute sa religion. La promesse est accomplie dans l'Eglise, et ainsi l'antique humanité attendait l'Eglise, aspirait à l'Eglise, espérait en 1 Eglise, mais n'était point l'Eglise elle-même. Aussi, aucune cite religieuse n'avait encore sur la terre les caractères publics qui appartiennent a celle-ci, ces notes excellentes d'unité, d'universalité, de sainteté, d'autorité continuée dès l'origine et sans interruption ; ces notes, qui excluent toute défaillance, n'appartiennent qu'à l'Eglise et n ont resplendi sur la terre qu'après son avènement. C'est pour avoir outré les expressions des Pères qui parlent de l'Eglise comme existant dès l'origine dans les patriarches et dans tous les justes, que les traditionalistes de l'école de M. de Lamennais en sont venus a confondre l'autorité de l'Eglise avec celle qu'ils prétendaient donner au genre humain, confondant l'Eglise avec l'humanité elle-même, et l'autorité infaillible de l'Eglise avec la prétendue évidence de la tradition humaine.
En quel sens donc les Pères entendent-ils nommer l'Eglise, comme étant sur la terre avant la venue de Jésus-Christ? Ils le font en
deux manières.
Premièrement, ils l'entendent souvent dans un sens purement matériel, en tant que les nations devaient un jour être appelées au salut par la prédication apostolique et fournir principalement les matériaux à l'édification de la nouvelle cité. Dans ce sens, es Pères, considérant que les Gentils formeront d'abord l'Eglise à 1 occasion de la réprobation des Juifs rejetés pour un temps opposent Eglise à la synagogue, c'est-à-dire les Gentils au peuple d Israël; ils nous disent que l'Eglise est plus ancienne que la synagogue, parce que la gentilité a précédé le choix du peuple d'Israël; mais aussi, cette Eglise de la gentilité. loin d'être alors pour ces docteurs la société des saints ou d'être seulement éclairée de la vraie religion, nous est
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montrée par eux, dans les expositions de la Sainte Ecriture, comme une délaissée el une stérile, par opposition à la synagogue. Dans la suite, tout sera renversé, et la itérile deviendra féconde au-dessus de celle qui avait des lils 1 . Quand donc les Pères emploient le mot d'Eglise en ces passages des Ecritures, ils s'en servent pour signifier les (îentils encore assis dans l'ombre de la mort, voulant indiquer que ces mêmes Gentils ont formé plus tard l'Eglise par suite de la réprobation d'Israël. Tel est le sens du nom d'Eglise, toutes les fois qu'elle nous est montrée comme existante avant la venue du Messie, mais en ce temps- la obscure et abandonnée de Dieu. Il est clair que si, dans cet état, on veut voir l'Eglise comme existante avant l'accomplissement de la Rédemption, il faut reconnaître que, dans ce délaissement, elle ne pouvait recevoir ce nom (pie par avance et dans la promesse de l'être un jour.
Deuxièmement . les Pères nous représentent parfois l'Eglise comme existant en Adam et dans tous les justes par le mérite de leur foi, et cela est très vrai. Nous accordons volontiers ce point: mais en ce sens que leur inscription dans la cité de Jésus-Christ regardait l'avenir, comme la promesse qui faisait l'objet de cette foi. Les grâces qui découlent de Jésus-Christ immole sur la croix leur étaient données par anticipation; car le Christ sduverain des siècles, agneau immolé dans les décrets éternels dès l'origine du monde (a), n'a point soumis ses bienfaits à la lente succession des âges. Il était hier, comme il est aujourd'hui i3'i, et il a appliqué par avance aux justes de l'Ancien Testament les fruits de son sacrifice, auquel ceux-ci s unissaient sous les symboles des victimes qui en étaient la figure, et qui, san- vertu par eux-mêmes, attestaient leur foi et leur espérance dans le Rédempteur véritable. Ces justes appartenaient donc .a l'Eglise: ils étaient, si l'on veut, l'Eglise elle-même, mais par avanie et par le droit qu'ils avaient de lui appartenir un jour. Ils attendaient ce jour bienheureux; Abraham tressaille dans cette attente: tous les prophètes l'appellent par d'ardents désirs. Enfin, il leur est donné, et Jésus-Christ, descendant de la croix dans le lieu où depuis tant de siècles ils soupirent après sa venue, leur apporte lui-même l'Evangile de leur salut accompli : Spirilibus veniefiê prxdkavii <!\ , dit saint Pierre.
(1) Gai. iv, 7.
(2) Apoc. xi, 8.
(3) rièbr. xiii, 8.
(4> I Pelr. m, ir).