CHAPITRE PREMIER
DISTINCTION ET RAPPORTS DES DEUX PUISSANCES DANS L'ÉTAT NOUTEAU DE LA RELIGION
Jusqu'ici nous avons exposé quelles furent, jusqu'à la venue de Jésus-Christ et l'introduction sur la terre de l'Eglise qui procède de lui comme son expansion et son corps mystique, les conditions religieuses de l'humanité.
Cette ancienne humanité, procédant d'Adam dans l'Etat, la famille et l'individu, était jusque-là seule actuellement existante ici-bas. L'œuvre de la Rédemption, c'est-à-dire Jésus-Christ et l'Eglise, demeurait à l'état de promesse divine ; cette promesse, confiée à cette humanité, reposait en elle, et la religion consistait dans sa fidélité à garder ce dépôt sacré et à répondre aux engagements qui lui en assuraient les bienfaits dans l'avenir.
Il n'v avait pas lieu de distinguer alors la société religieuse de l'Etat et des sociétés humaines, encore que la religion qui regarde le salut éternel fût toujours assurément distincte des intérêts de l'homme dans le temps.
Comme nous l'avons exposé, Adam se survivant dans les cités humaines avait reçu, avec le dépôt de la promesse, l'autorité religieuse telle qu'elle convenait à cette époque de l'humanité. Nous avons décrit, et les défaillances de cette autorité, et les remèdes par lesquels la miséricordieuse Providence de Dieu ne cessa de soutenir la religion.
Après la venue de Jésus-Christ et l'accomplissement de la Rédemption, une nouvelle situation est faite au monde.
L'Eglise apparaît sur la terre. La nouvelle humanité va désormais coexister ici -bas avec l'ancienne humanité.
Alors apparaît pour la première fois dans sa pleine manifestation, avec les deux sociétés, la distinction des deux puissances.
Adam, dans l'Etat, dans la famille et l'individu, se doit soumettre à Jésus-Christ dans l'Eglise. Il dépose à ses pieds l'autorité telle quelle qu'il a jusqu'ici exercée dans les choses de la religion; et l'antique sacerdoce uni à la cité, ce sacerdoce qui n'avait conservé sa pureté que dans le peuple d'Israël, encore qu'il fût à l'origine le bien commun des familles humaines, ce sacerdoce qui n'était qu'une figure s'efface devant la réalité et est aboli par elle.
L'autorité religieuse dans la cité n'avait été au fond que le service dû au Christ à venir, et ce service devient désormais la subordination au Christ présent.
La présence ici-bas des deux humanités et des1 deux autorités qui les constituent fait naître tout un ordre de relations qui ressort, par une invincible nécessité, de la nature et de la fin de l'une et de l'autre.
Pour le bien entendre, affirmons dans toute sa grandeur le principe sur lequel s'appuient toutes ces relations.
L'Etat procède d'Adam et représente Adam. L'Eglise procède de Jésus-Christ, et Jésus-Christ vit en elle.
Les rapports de l'une et de l'autre cités sont donc essentiellement les rapports de Jésus-Christ à Adam.
Tout découle de cette première notion : elle est le fondement sur lequel s'appuie tout ce qui suit, le principe d'où sortent toutes les conséquences particulières.
Et d'abord apparaît l'inconfusible distinction des deux cités dans leur origine comme dans leur fin, l'inconfusible distinction des deux autorités sur lesquelles ces deux cités reposent. Le prince désormais n'est pas le prêtre ; le prince et le prêtre, la souveraineté du prince et la souveraineté du prêtre ne '.se peuvent confondre; l'une et l'autre souveraineté viennent de Dieu, mais distinctes dans leur origine même : l'une a été établie en Adam, et l'autre en Jésus-Christ.
On voit tout d'abord quelle subordination ressort de cette distinction même.
Adam n'a été conservé et ne subsiste en sa postérité que pour atteindre en elle le salut qui est en Jésus-Christ.
Ainsi Adam, dans l'humanité issue de lui, ne cessera d'apporter à Jésus-Christ les éléments dont celui-ci formera la nouvelle humanité qui est son corps mystique. Jésus-Christ, dans l'Eglise, recueille ces éléments, c'est-à-dire les enfants qui naissent d'Adam, et les transférant de l'ancienne humanité dans la nouvelle qui est l'Eglise, il vit en eux et les assume à son unité.
Voilà, dans toute sa grandeur et sa simplicité, le fondement de toutes 1rs relations des deux cités et des deux puissances.
On pourra dire, après cela, que les rapports de l'Etat et de l'Eglise m. nt ceux du temps ël de l'éternité, et cela est vrai; car l'ancienne humanité ent dévorée par le temps, atteinte par la caducité du temps dans l'Etat, dans la famille, dans l'individu; elle doit finir avec le temps, tandis «pie la nouvelle humanité croit sanscesse pour atteindre son entier accomplissement dans l'éternité.
On pourra dire epue les relations de l'Eglise et de l'Etat sont celles de l'àme et du corps, et cela aussi est vrai : car la nouvelle humanité, encore qu'elle comprenne les dernières destinées du corps par la résurrection de la chair qui est l'achèvement de la nouvelle naissance, commence ici-has dans l'àme l'œuvre de cette nouvelle naissance, tandis que la vie du corps, en tant que cette vie est issue d'Adam, reçoit tout son entretien dans la cité et par l'ordre établi
de la cité.j
On pourra dire enfin que les relations de l'Eglise et de l'Etat sont celles de la grâce et de la nature, et cela encore est vrai ; car, bien que l'homme nouveau, fruit vivant de la grâce de Dieu, doive recevoir de cette grâce le renouvellement de la nature elle-même et l'associera la gloire éternelle, toutefois, ici-bas, la nature vient originairement d'Adam, et l'ordre naturel, destiné à la maintenir, appartient à l'Etat.
Mais, on le voit, tous ces divers aspects sous lesquels on considère les rapports de l'Eglise et de l'Etat, et, selon le langage ordinaire, les rapports des deux pouvoirs que l'on nomme le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, se ramènent à cette première et fondamentale notion que nous avons posée comme le principe de toute la doctrine et de toutes ses conséquences, et que nous déclarons de nouveau en terminant ce court e.xposé : les «apports de l'église et de l'état
BOKl CÉL'X DE JÉSUS-CHRIST ET li'.MiAM.