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CHAPITRE PREMIER

1>F LA PLACE DE l-ECI.ISE DANS LE PLAN DIVIN

« La Saint»' Église catholique est le commencement » et la raison ci de toutes choses. 0 | 1

^011 iidim sacré remplit l'histoire; dès l'origine du monde, les premiers siècles lui ont été une préparation; jusqu'à la tin des choses, ceux qui suivent seront remplis par son ige : elle les traverse, donnant seule à chaque événement sa signification providentielle.

.Mais elle n'est pas bornée par eux comme toutes les choses humaines, et ne s'arrête pas ici-bas.

Au delà des siècles, l'éternité l'attend pour la consommer dans son repos.

Elle y porte toutes les espérances du genre humain qui reposent en elle.

Arche inviolable, gardienne de ce dépôt sacré, elle sursur les flots des âges et des événements, agitée parfois et soulevée jusqu'aux nues par les grandes eaux du déluge, mais portée toujours plus haut et plus près du ciel par leur effort (2).

Seule elle atteindra l'éternité, et rien de ce qui naît dans le temps n'est sauvé et ne vit pour l'éternité en dehors d'elle.

\ oilà le grand objet que nous proposons à nos médita-

it 1 'Ap/.r, ^â->Twv èfftiv f, xaQoXixr, xal âv;'a 'ExxXr^'.a. (S. Epiph. Adv. h*r.

lai Multiplwatx sunt aqux, et elevaverunl arcam in sublime a terra. (Gen. vu, 17.

t) L EGLISE

tions. Approchons avec respect et interrogeons cette merveille qui n'a point d'égale parmi les choses créées.

§ ier

Qu'est-ce que l'Eglise? Quelle place occupe-t-elle dans les desseins de Dieu et parmi ses autres ouvrages? Est-elle seulement une société utile aux âmes des hommes et répondant aux besoins de leur nature? N'est-elle, en un rang distingué, qu'un des mille bienfaits que Dieu a versés sur le monde?

Ou plutôt y a-t-il en ce nom sacré d'Eglise un mystère plus profond?

Oui certes, il en est ainsi, et voilà que ce mystère de l'Eglise est le mystère même du Christ.

L'Eglise, c'est le Christ lui-même; l'Église, c'est « la plénitude », l'accomplissement du Christ, « son corps » et son développement réel et mystique : c'est le Christ total et accompli (i).

Ainsi l'Eglise occupe parmi les œuvres de Dieu la place même du Christ; le Christ et l'Eglise, c'est un même ouvrage de Dieu.

Or, quelle est cette place du Christ et de l'Église dans l'œuvre divine?

Jésus-Christ dit de lui-même qu'il est l'alpha et Yoméga, le commencement et la fin des choses (2). Ailleurs la Sainte Ecriture nous dit que tout a été fait en lui et par lui, que toutes choses ont en lui leur raison d'être, c'est-à-dire leur point de départ et leur destinée : omnia in ipso constant (3).

U) Et ipMim dédit caput supra omnem Ecclesiam, qua? est corpas ipsius, et plenitado ejus qui omnia in omnibus adimplelur. (Eph. i, 22 a3.)

1 r-i Ego sum A et û, primus et novissimus, principium et finis. (Apoc. xxii, i3.)

(3) Quoniam in ipso condila sunt uniiersa in cœlis et in terra, visibilia et invisibilia, sive throni, sive dominationes, sive principatus, sive potestates : omnia per ipsum et in ipso creala sunt : et ipse est ante omnes, et omnia in ipso comtanl ut hit in omnibus ipse primatum tenens. [Col. 1, 16-18.)

Pour bien entendre toute la suite de cette vérité, entrons danfl la contemplation de ce grand spectacle de Dieu opérant hors <le lui-même et sortant de son éternel secret pour faire jaillir ses œuvres dans le temps.

< >r, Dieu est sorti trois fois de son éternité pour apparaître dans le temps par ses ouvrages : ses trois sorties furent la création de l'ange, la création de l'homme, l'Incarnation.

Au commencement Dieu créa les anges, et, les distribuant selon l'échelle harmonieuse de leurs natures diverses en des degrés innombrables comme leurs essences (i), il les éleva à la grâce, proportionnant le don surnaturel à la capacité diverse et totale de chacun d'eux; il les appela à la gloire selon la même proportion hiérarchique (2), et en même temps il leur fit comme un paradis inférieur et un magnifique jardin de la nature corporelle (3) : les astres répondirent à son appel, « et brillèrent » pour ses anges en même temps que « pour lui-même » (4)-

(1) Si perfecte cognosceremus officia angelorum et eorum distinctiones, per-

fecte sciremus quod quilibet angélus habet sunm proprium ordinem in rébus.

(S'um. theol. I» P., q. cvm, a. 3.)

fa) Secundum gradum naturalium angelis data sunt dona gratiarum et perfeclio beatitudinis. Cujus quidem ratio ex duobus accipi potest. Primo quidem ex pnrte ipsius Dei, qui per ordinem sua? sapientiie diversos gradus in angelica

nalura constituit Sicut autem natura angelica facta est a Deo ad gratiam et

beatitudinem consequendam, ita etiam gradus natura; angelicœ ad diversos gradus gralise et gloriîe ordinari videntur. Sic igitur videtur quod Deus angelos quos altioris naturae fecit, ad majora gratiarum dona et ampliorem beatitudinem ordinaverit. Secundo apparet idem ex parte ipsius angeli : non enim angélus est compositus ex diversis naturis, ut inclinatio unius naturae impelum alterius impediat aut retardet, sicut in homine accidit... Et ideo rationabile est quod angeli qui meliorem naturam habuerunt, etiam fortins et efficacius

ad Deum sint conversi Unde videtur quod angeli qui habuerunt meliora natu-

ralia, habuerunt plus de gratia et gloria. (Ibid. q. lxii, a 6.)

(3) Sic creatae sunt spirituales creaturae, quod ad creaturam corporalem aliquemj ordinem habent, et Mi creaturx corporali président. (Sam. theol. I1 P.. q. lxi, a. 4.)

(4) Et luxerunt ei cum jucunditate, qui fecit illas. (Bar. m, 35.)

Le péché de l'ange vint troubler cette première harmonie. Dieu porta remède à ce péché en sortant une seconde fois du sanctuaire de son éternité et de sa vie intime pour apparaître au dehors et se manifester en ses œuvres.

Il créa l'homme : l'homme, créature à la fois spirituelle et corporelle; l'homme, que Dieu bénit de cette double bénédiction : crescite et multiplicamini (i).

L'homme donc, qui peut croître en son intelligence et en sa volonté, qui peut agrandir le vase où Dieu verse la grâce, croître par l'augmentation des mérites dans l'ordre surnaturel et par les habitudes de la vie de la grâce, l'homme peut monter dans cet ordre aux divers degrés que la chute des anges a laissés vacants dans la hiérarchie de la gloire (2), et, bien que d'une nature inférieure, il a pour s'élever la puissance d'une activité successive et qui progresse (3).

En même temps, la nature de l'homme est susceptible de nombre : elle se multipliera autant qu'il entre dans les desseins de Dieu (4), et une seule nature humaine suffira à suppléer une multitude de formes angéliques déchues.

Ainsi Dieu a pu réparer le mal du péché de l'ange; mais du même coup il a fait faire à toute son œuvre un progrès

(1) Gen. 1, 28.

(2) Non enim permittit Deus aliquos cadere, quin alios erigat In locum

angelornm cadentium substitnti sunt homines. {Sum. Iheol. ]' P., q. xxm, a. 6, ad u)

— Quod angelicse socielali ruina Ma diaboliea minuerat, supplebitur. Hoc enim promissum est resurgentibus. sanctis, quod erunt a?<piales angelis Dei. Jla superna Jérusalem, mater nostra, civitas Dei, nulla civium suorum numerosilate fraudabitur. (S. Aug. Ench. c. 29.)

(3) Angélus, qui est superior ordine natura? quam homo, consecutus est

beatitudinem ex ordine divina? sapientiae uno motu operationis meritorirr ;

homines autem consequuntur ipsam muliis motibus operationum, qui mérita

dicuntur Homines mereri possunt tantam gloriam. ut angelis seqnentor teauuhm

singulos angehrum gradas. {Sum. iheol. IIa P., q. v, a. 7; item I» P. q. cvm, a. 8.)

— Homo secundum suam naturam non statim natus est ultimam perfectionem adipisci, sicut angélus; et ideo horaini longior via data est ad merendum beatitudinem quam angelo. [Ibid. I» P., q. lxii, a. 5, ad 1.)

(4> Fecitque ex uno omne genus hominum inhabikire super universam faciem terrée. {Act. xvn, 26.)

admirable. L'union de l'esprit el de la matière élève la substance corporelle jusqu'à la vie; el Dieu, rassemblant dans l'homme comme dans un résumé du monde I 1 1 l'une et l'autre nature (2), rapproche de lui-même par sa grâce, qu'il lui communique, tout l'ensemble de la création, ce qu'il y a de plus haut et ce qu'il y a de plus bas, dans cet abrégé qui la contient tout entière.

lj, de même qu'il a l'ait au commencement pour l'ange, esprit séparé de la matière, un paradis inanimé des natures corporelles séparées de l'esprit, il t'ait pour l'homme, esprit vivant qui anime un corps, et corps animé par l'esprit, le paradis animé et vivant de la nature organique; et c'est pour L'homme qu'il fait descendre la vie à des degrés inférieurs dans les plantes et les animaux.

Mais cet homme, que Dieu a créé dans une si grande dignité et qui renferme en lui tout le genre humain, tombe a >c>n tour dans le péché.

Dieu sort une troisième fois de lui-même par le mystère de l'Incarnation. Ce sera l'accomplissement et la fin de tous ses ouvra- L'Incarnation est, du côté de Dieu, ce qu'il peut faire de plus grand pour se montrer dans le temps : c'est sa manifestation la plus parfaite. Ses œuvres jusque-là parlaient de lui, il apparaît lui-même : qui loquebar, ecce adsum

Par là, il donne à son ouvrage son dernier accomplissement : après avoir, par la création de l'homme, comblé, pour ainsi dire, l'espace incompréhensible qui sépare la

(il Homo est parvtis mundus, minor mundus, luxprfxoapoç. Ita saepe uepntf Patres, iheologi, phitosophi : <i Homo dicilur minor mundus, quia omnes créatarr rnunJi quodam modo inveniuntur in eo. » (Sum. theol. I" P., q. xci, a. i.i

i2' IJeus utramque de nihilo condidit naturam, spiritualêm et corpora-

lem ac deinde humanam, quasi communem ex spiritu et corpore constitutam. l<Jo>c

Lat. IV, C. 1, Firmiter, Conc. Vat. Const. de fide eath. c. I.)

(3) Is. lu. 6.

matière de l'esprit, il comble par son incarnation l'abîme infini qui sépare Dieu de la créature (i).

Après avoir rassemblé tout son ouvrage dans l'homme, il le prend tout entier, le corps et l'esprit, et l'unit personnellement à sa divinité.

Ainsi, du même coup, le péché reçoit sa réparation et son remède, mais aussi l'œuvre de Dieu reçoit son accomplissement suprême.

C'est bien, en effet, ici la manifestation suprême de Dieu. Et, pour le bien entendre, considérons que Dieu, dans ses œuvres, manifeste ses attributs, et qu'en cette manifestation il y a comme un progrès et une hiérarchie, un ordre établi et suivi.

Ce qui apparaît d'abord dans les œuvres de Dieu, c'est sa puissance (2) : les hommes les plus grossiers en sont frappés, les peuples les plus barbares la reconnaissent et la craignent, et un impie a dit de ce sentiment que la crainte avait fait naître les dieux (3).

Mais cette puissance de Dieu se montre limitée dans ses effets : Dieu ne fait pas tout ce qu'il peut faire, et il soumet sa puissance, si l'on peut ainsi parler, aux décrets de sa sagesse, qui la limitent au nombre, au poids et à la mesure (4).

Enfin la sagesse, qui commande ainsi à la puissance, obéit elle-même à la bonté. La bonté est ce qu'il y a de plus profond en Dieu : Deus charitas est (5); elle détermine tous les desseins de la sagesse, et la sagesse, à son tour, détermine les œuvres de la puissance; et ainsi la bonté meut l'une et l'autre.

11) Sieut in unitate personne anima unitur corpori, ut homo sit; ita in unitate personœ Deus unitur homini, ut Christus sit. In illa ergo persona mixtura est animae et corporis ; in hac persona mixtura est Dei et hominis. (S. Alo. Episl. c.xxxvn, n. n.)

(2) Invisibilia enim ipsius a creatura mundi, per ea quœ facta sunt, intellecta, conspiciuntur; sempiterna quoque ejus virlus. (Rom. i, ao.)

(3) Primus in orbe deos finxit timor. (Lucr.)

(4) Omnia in mensura et numéro et pondère disposuisti. (Sap. xi, ai.)

(5) / Joan. iv, 8, 16.

INTROnrCTION II

Or, la bonté apparaît dans toute création de Dieu donner l'être, c'est donner ce qui est bon; l'être est essentiellement bon (2), et, quand Dieu le communique, c'est vraiment la bonté qui est de soi diffusive et qui se répand (3). Mais cette bonté n'est pas épuisée pour avoirtiré l'œuvre de Dieu du néant : c'est faire davantage de la retirer du péché '1 > ; il y faut un plus grand effort, et la bonté y apparaît plus grande.

Deux fois le péché est intervenu dans l'œuvre de Dieu, qui l'a prévu, qui l'a permis, et qui le fait servir à la manifestation et à la glorification de sa bonté : ce fut le péché de l'ange et le péché de l'homme. Or, Dieu ne permet le mal que pour en tirer un plus grand bien (5).

Toutefois, après l'épreuve de l'ange, la bonté de Dieu ne se montre encore que dans le degré de la justice; la justice est la bonté, mais la bonté limitée et mesurée aux proportions et aux dispositions des êtres (6) : les anges fidèles sont récompensés, les prévaricateurs sont punis et conservés tout ensemble par cette même justice.

Biais, quand l'homme eut péché, il y eut un pécheur capable de pénitence et de miséricorde (7), et Dieu put alors

111 Nomen boni de Deo déclarât omnes emanationes aucloris omnium. (S. Dion, de div. nom. c. v, § i.)

(a) Bonum et ens convertuntur. (Maxime de l'Ecole.)

(3) Bonum est natura sui diffusivum.

(4) Deus qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti. \OrJ. Miss.) — Mirabilior est secunda hominum ireneratio quam prima conditio : quia plus est in novissimis saeculis reparasse Deum quod perierat, quam a priucipio fecisse quod non erat. (S. Léo, Serm. lxvi, a. i.)

(5) Deus omnipotens nullo modo sinerat malum aliquod esse in operibus suis, nisi usque adeo esset omnipotens et bonus, ut bene faceret etiam de malo. (S. Al G. Ench.)

(6) Sciendum est divinam justitiam hoc ipso rêvera veram esse justitiam, quod omnibus quae sua sunt tribuat pro merito singulorum, atque naturam cujusque in ordine proprio potentiaque custodiat. (S. Dion, de div. nom. c. vin, % 7-) — Deus operatur justitiam, quando dat unicuique quod ei debetur secundum rationem sua? natura; et conditionis. (Sum. theol. I" P., q. xxi, a. i, ad 3.)

(7) Saint Thomas enseigne, avec l'ensemble des théologiens, que le péché de l'ange est irrémédiable : « Etsi natura angelica in aliquibus peccato subjacet, est tamen ejus peccatum irremedlabile. » 1 1 II» P., q. iv, a. 1, ad 3; item I* P., q. lxiv, a, et alibi passim.i Le Docteur angélique, avec l'Ecole, en assigne la

manifester son secret jusque-là caché (i) et ce qu'il y a de plus profond, ce qu'il y a d'infini en sa bonté, c'est-à-dire la miséricorde.

La miséricorde touche vraiment à l'infini : car d'un côté elle atteint, pour le détruire, le péché, qui est un mal infini (2); et, d'un autre côté, elle ne s'arrête pas aux proportions étroites de ce qui est dû aux êtres en vertu de quelque mérite préexistant en eux, vu et pesé exactement par la justice; mais, ainsi que le dit saint Thomas, elle excède toute proportion de la créature (3).

Aussi cette bonté de Dieu, jusque-là contenue dans les limites trop étroites de la justice, rencontrant enfin son objet dans un pécheur capable de pardon, déborda (4). Le dernier secret de Dieu fut révélé au dehors; et comme la bonté éclatant dans la miséricorde est ce qu'il y a de suprême dans les attributs de Dieu en tant qu'il se montre en ses ouvrages (5), Dieu réserva pour la miséricorde la suprême manifestation de lui-même, qui est l'Incarnation.

Ce chef-d'œuvre divin est donc tout ensemble et le plus

raison dans la nature même de l'ange : « Causam hujus obstinationis debes accipere non ex gravitate culpae, sed ex conditione nalurx seu status. Hoc enim

est hominibus mors, quod angelis casus, ut Damascenus dicit Angélus appre-

hendit immobiliter per intellectum Unde voluntas angeli adhxret fixe et

immobiliter. Et ideo si consideretur ante adhsesionem, potest libère adhterere et huic et opposito, in bis scilicet quœ non naturaliter volt; sed postquam jam adhaesit, immobiliter adhseret. Et ideo consuevil dici « quod liberum arbitrium hominis flexibile est ad oppositum et ante electionem et post; liberum aulem arbitrium angeli est flexibile ad utrumqne oppositum ante electionem, sed non post. » Sic igitur et boni angeli semel adhœrentes justitia?, sunt in illa confirmati; mali vero peccantes, sunt in peccato obstinati. |Ia P., q. lxiv, a. a, et alibi passim.)

(1) Dispensatio sacramenti absconditi a savulis in Deo. {Eph. m, 9; item I Cor. 11, 7.1

(a) Peccatum contra Deuin cotnmissum quaindam infinitatem habet ex infinitate divinie majestatis. (Sam. theol. IIIa P., q. 1, a. 2, ad 2.)

(3) Secnndam opus justitix. creaturœ non debetur aliquid, nisi propter aliquid

in ea preeexistens, vel prseconsideratum Secundum opus misericordix, Deus et

abundantia siur bonitatis largius dispensât quam exigat proportio rei :

omnem proportknem ereaturœ excedit. ilbid.. Ia P., q. xxi, a. 4>)

(4) Etl'undit super eos misericordiain suam. {Eccli. xvm, 9.)

(5) Misericordia Dei super omnia opéra ejus.

INTRODUCTION l3

grand de tous ses ouvrages par la dignité de l'union hypostatique | i i, et la plus profonde manifestation de ses attributs par la déclaration de. la miséricorde, qui est le dernier lecrel de la bonté. *

Œuvre suprême de Dieu et d'une dignité infinie (a), manifestation suprême de Dieu dans la révélation de la miséricorde qui est elle-même infinie, par ces deux côtés le tère du Christ couronne et achève tous les desseins <li\ ins i 3 i, comme il est aussi la première vue de Dieu dans (4), le premier décret dont tous les autres dépendent (5 , le principe de toutes les œuvres (6) et le type premier auquel elles se rapportent.

( M . ces deux aspects sont indissolublement unis; il fallait que les progrès du plan divin, prévus et prédestinés dès l'origine, fussent liés: le progrès des œuvres toujours plus grandes et plus parfaites aboutissant à l'Incarnation et le progrès des manifestations toujours plus profondes des attributs divins aboutissant à la miséricorde devaient marcher de front, se servir mutuellement de raison d'être et recevoir le même couronnement (7).

Voilà pourquoi le graud mystère de Dieu incarné n'a pas été tiré des entrailles de la puissance ou de la sagesse, mais des entrailles de la miséricorde : Per oisccra misericordiœ visitavit nos

C'est à la miséricorde qu'il appartenait d'attirer Dieu

|i) Ut sciatis qua? sit supereminens magnitudo virtutis ejus secandum

operationem polentiw virtutis ejus, qn-im operatus est in Chrtsto. {Eph. i, 18-20.)

(2) Sum theol. I" P., q. xxvi, a. 6.

(3) Verbi advmtus l'atris opus perfecil. (S. Ath. Orat. 1 ront. Arian. n. 5a.)

(4) l'rimogenitus omnis créât une. (Col., 1, i5.) In ipso coadita sunt universa. [Ibid., 16.)

(6) Principium, qui et loquor vobis. (Joan. vm, 25.) — Et ipse est caput corporis Ecclesiar», qui est principium. [Col. 1. 18.)

(7I L'union, à notre avis inséparable, de ces deux points de vue théologiques sur la mission du Fils de Dieu est peut-être la conciliation naturelle des deux i •> qui partagent l'Eccle touchant le motif de l'Incarnation, au moins dans leurs aperçus principaux.

181 Luc. i, 78.

jusqu'à descendre dans la créature, non seulement par l'opération, mais par la présence personnelle. Le néant entendit l'appel de Dieu dans la création, et sa parole retentit jusqu'à lui. Mais le péché fit venir Dieu lui-même au secours du pécheur, et ainsi la miséricorde détermina l'Incarnation et se révéla dans l'Incarnation.

« Comme ie monde n'avait pas connu Dieu dans les œuvres de la sagesse et de la puissance, il lui plut de le sauver par les divines folies de la miséricorde. » (i)

Aussi, dans ce nouvel ouvrage où Dieu révèle ce qu'il y a en lui de plus profond et découvre les abîmes de sa tendresse et de sa bonté, il est comme transporté d'amour et fait tout avec excès. Il ne garde plus le poids, le nombre et la mesure de la sagesse : il porte tout à l'extrême, et ses excès il les prodigue.

Ce mystère étant une œuvre absolument et infiniment parfaite est nécessairement unique en lui-même. Dieu, même dans les œuvres inférieures, ne se répète jamais (2), parce qu'il ordonne tous ses ouvrages et n'en fait pas deux au même degré. Mais il répugne encore plus que ce qui est parfait et infini en dignité soit multiple : Dieu ne peut donc s'incarner ou s'immoler plus d'une fois, et « par une seule oblation il consomme pour l'éternité toute sanctification » (-3 ) et « le mystère de Dieu » (4).

Et toutefois il trouve dans les profondeurs de ses secrets l'art divin de multiplier ce qui demeure un, de propager à travers les siècles et le monde l'Incarnation, le sacrifice et la Rédemption, de les prodiguer et de les jeter sans mesure sur tous les chemins de l'humanité, de les porter tous les jours et à toutes les heures jusqu'au cœur de tous les hommes.

(1) Quia in Dei sapientia non cognovit mundus per sapientiam Deum, placuit Deo r>er stultiliam prœdicationis salvos facere credentes. (/ Cor. 1, 21.)

(2) Semel loquitur Deus, et secundo id ipsum non repetit. (Job. xxxiii, i4)

(3) Hebr x, 14.

(4) Apoc. x, 7.

INTRODUCTION l5

Ainsi l'Incarnation el la Rédemption s.- répandenl par les canaux des sacrements, par l'Eucharistie, par le Baptême et la Pénitence; «■( ce Dieu incarné, le Chrisl Jésus, se pro-

el vil en tous ceux qui ne refusent pas le don céleste, i'étend et se multiplie sans se diviser, toujours un et toujours rassemblant 1rs multitudes en lui ( i i.

Or, c'est cette divine propagation du Christ qui le développe et qui lui donne cet accomplissement et cette « plénitùdi qui est le- mystère môme de l'Eglise (3). Et

comme il y avait une hiérarchie et un ordre suivi de P humanité procédant d'Adam el se propageant hors de lui par la suite des familles humaines, ainsi il y a une hiérarchie de l'Église procédant du Christ et, dans cette propagation du Christ, s 'étendant et atteignant jusqu'aux extrémités de la nouvelle humanité qui est son corps mystique et de la nouvelle création qui dépend de lui.

ii) Simile est regnum cœlorum fermento, quod acceptum mulier abscondit in farina- salis tribus, doner fermentatum est totum. {Matth. xm, 33. | — Dominus

e«t fermentum qui cum se cœpit per totum orbem divinitatis viçore trans-

fûndere, statim omne bominum t^cuus in substantiam suam sui potestate pro-

traxit ut christianos cunctos faceret esse quod Christus est. (S. Ambr.

Serm. xm, super his verbis, n. 3.)

tai Epk. i, a3.

|3i Ecclesiam, quae ex illius idbristii nomine constituta est, illiusque nominis particeps est. (S. Ji st. Dial. cnm Tryph. n. 63. | — In ea disposita est communicatio Christi. (S. Ire>. conl. h&r. I. III, c. xxiv, n. i.i

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