‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 16 sur 114 · I IV · texte numérisé non relu

I IV

La hiérarchie angélique et la hiérarchie humaine sont donc bien l'une et l'autre enracinées dans le fond des choses; et toutefois le principe en semble différent.

La hiérarchie angélique repose sur la différence spécifique des êtres qui la composent; et la hiérarchie humaine, dans l'unité spécifique des hommes, est fondée sur leur ressemblance même et sur la transmission de cette nature unique qui leur est commune.

La hiérarchie humaine parait au premier abord plus parfaite. Postérieure dans les desseins de Dieu, elle est comme un progrès de son ouvrage; elle se termine à une unité plus étroite, et elle semble approcher davantage du type de l'ordre qui est en Dieu lui-même, où le nombre ne procède que de la communication de la substance.

L'ordre ne pourra plus s'établir entre eux par la diversité des essences, mais Dieu le fonde dans la communication de cette nature unique. Il crée toute l'humanité en un seul homme (3), et par le grand mystère du mariage il fonde

(i) Gen. i, a8.

(a) Voir le traité qui fera l'appendice de l'ouvraçe.

(3) Haec illum qui primus formatus est a Deo pater orbis terrarum, quum solus esset creatus custodivit. (Sap., xi.i

20 l'église

l'ordre patriarcal de la famille universelle qui sera l'humanité, des grandes familles qui seront les peuples et des familles inférieures qui partout porteront la même empreinte hiérarchique: Adam, chef unique et immortel; sous lui, ses fils, qui reçoivent de lui la nature humaine et la transmettent à leur' tour; de grands rameaux qui se subdivisent pour former tout l'ensemble de l'humanité.

Dans ce plan, la -race suit le dessein de la nature, et cette hiérarchie devait on être toute pénétrée et ennoblie, comme elle en devait être le canal. Et de même que la hiérarchie angélique embrassait l'ordre de la grâce avec celui de la nature (i), ainsi la hiérarchie humaine, dans le premier dessein de Dieu, comprenait aussi l'ordre de la sanctification, et Adam devait transmettre la grâce avec la nature, c'est-à-dire la nature dans l'état de justice surnaturelle où elle avait été constituée dès sa création, vase et véhicule de la °ràce.

Il convenait d'ailleurs que l'homme fût sanctifié par des movens appropriés à sa nature : être corporel, il devait recevoir la grâce par des opérations sensibles (2). Tout était très pur et très saint à l'origine dans ces lois; et comme l'aliment sensible du fruit de l'arbre de vie était peut-être un sacrement destiné à soutenir à la fois la yie de la nature et la vie surnaturelle, ainsi, dans leur intégrité et sainteté originelles, les lois augustes de. la paternité devaient transmettre l'une et l'autre (.'>)•

Toutefois, ces deux principes de l'ordre établi par Dieu

(1) Ordines distinçuuntur in angelis complétive quidem secundum dona gratuita, dispositive autem secundum dona naturalia; quia angehs data sunt dona gratuita secundum capacitatem naturalium. (Sum. theol. I» P., q. cvm, a. 4-)

(2) .S'iim. theol. III» P., q. lxi, a. 1.

(3i Dédit etiam illi (Adam) Deus hanc -ratiam, ut sicut quando illum condidit nulla propagandi opérante natura, aut voluntate creaturœ, simul tecit eum et rationalem et justum : ita simul cum rationalem haberent animam, Cessent, quos generaret opérante natura et voluntate, si non peccaret. Eadem quippe ratione

qua monstratur rationalem naturam justam essecreatam probatur etiam quod

qui ex humana natura propagarentur non prœcedente peccato, ex nécessite justitiam pariter haberent cum rationalitate. (S. A>s. de conc. virg. c. x.)

dans les choses ae sonl pas tellement éloignés el incompalihlrs qu'ils ne se compénètrenl mutuellement.

La hiérarchie angélique, qui repose sur le premier, à savoir sur la diversité des natures, tient quelque chose du second, c'est-à-dire de la loi de communication, et cela en deux manières. En premier heu, les anges supérieurs communiquent aux intérieurs, sinon l'être, du moins la perfection de l'être, par Y illumination qu'ils répandent sur eux (i); et. en second lieu, les anges reçoivent une perfection de pins de leur subordination même par la beauté de l'harmonie qui ennoblit chaque partie du tout, comme les parties inférieures d'un édifice reçoivent des supérieures cette beauté qui n'appartient aux parties que par l'ensemble du ;i : les anges, comme toutes les œuvres de Dieu, sont lions eu eux-mêmes, et sont très bons dans Tordre total qui les embrasse, comme il est dit au livre de la Genèse que Dieu jugea chacune de ses œuvres bonne en elle-même : vidit Dais quod esset bonum ( 2 )., et très bonne dans leur universalité: viditeuncta <juœ fecerat, et erant valde bona (3).

A son tour, la hiérarchie humaine admet quelque inégalité dans les êtres qu'elle embrasse. La nature créée ne peut donner l'être et la vie par ses propres forces, elle n'est le ministre de cette communication que par une bénédiction

(1) Omnis invisibilis distinctions initium ac sedes (id est Deus) ad eos

qui deiformiores sunt deificos suos radios permittit pervenire, atque per illos, utpotc limpidiores spiritus et ad participandum traducendumque lumen magis idoncos. inferioribus pro illoruni capaoitate illucescit et apparet. (S. Dion, de fccl. hier. c. v. S /(.) — Hoc enim universim divina ordinatioue divinitus statutum, ut qua- secunda sunt, per prima divinas participent illuminatioaes. i Id. de cœl. hier. c. tiii, §2. — Item. Sam. iheol. I» P., q. CVI.)

(ï| Gen I. 10. 12, 18, 21, 20.

(3| Hnd.. 3i. — Optimi agentis est producere totum etYectum suum optimum; non tamen quod quamlibet partem totius faciat optimam simpliciter, sed opti-

mam secundum proportionem ad totum Sic igitur et Deus totum universum

constituit optimum secundum modum creaturae, non autem sinçulas creaturas, sed unam alia meliorem; et ideo de singulis creaturis dicitur {Gen. 1, i4) : Vida Deus lucem quod esset bona; et similiter de singulis ; sed de omnibus simul dicitur : Vidit Deus cuncta qux fecerat, W erant valde bona. {Sum. theol. Ia P., q. xlvii, a. 2, ad 1.)

et un privilège divin surajouté (i); toute paternité tire son nom de Dieu lui-même (2), et, par là, emporte avec son titre comme un reflet divin qui n'appartient qu'aux pères parmi les hommes, n'est point conféré aux fils, et donne aux pères une supériorité réelle sur les fils, encore qu'entre eux la nature soit la même. Cela suffit pour exclure l'égalité parfaite en cette hiérarchie.

Il est d'ailleurs manifeste que Dieu, au-dessus de toutes les hiérarchies créées et à une distance infinie de leur imperfection, porte en lui vis-à-vis d'elles, et à un degré suréminent, la double souveraineté qui les constitue. Il est audessus de toutes les essences, et il est au-dessus de toutes les causes; essence première et infinie, dont toutes les essences particulières sont à des degrés divers comme des reflets toujours imparfaits; cause première et infinie, dont toutes les causes secondes dépendent et reçoivent leur fécondité et leur vertu bornée.

Mais il est temps de nous élever de ces types affaiblis et de ces vestiges de l'ordre à contempler en Dieu lui-même le type parfait de la hiérarchie, dont ils sont l'empreinte imprimée à son ouvrage.

En Dieu il y a hiérarchie, car il y a unité et nombre : unité si parfaite, que le nombre y est un mystère; nombre distinct très réellement dans l'unité de la substance, avec une égalité si parfaite qu'elle est cette unité même, ce qui est un autre aspect de ce mystère.

C'est la société éternelle du Père et du Fils par la communication qui va du Père au Fils et qui ramène et donne le Fils au Père, et, dans cette société, la procession substantielle du Saint-Esprit qui la consomme.

(1) Sicut Adam non se fecit hominem, ita non fecit in se naturam propagandi ; sed Deus. qui eum creavit hominem, fecit in eo hanc naturam, ut de illo propagarentur homines. (S. Ans. deconc. virg. c. x.)

(2) Ex quo omnis paternitas in oœlis et in terra nominatur. (Eph. ni, i5.)

Or, voilà que cette hiérarchie divine el ineffable esl sortie ;ui dehors dans le mystère de L'Eglise. Le Fils dans l'Incarnation, envoyé par son Père, est venu chercher l'humanité pour se l'unir el l'y associer. Par là cette société divine B été étendue jusqu'à l'homme, et cette extension mystérieuse a été l'Eglise.

L'Eglise est l'humanité embrassée, assumée par le Fils en la société du Père et du Fils, entrant par le Fils en participation de cette société, et toute transformée, pénétrée et environnée par elle : ut societa* nostra sit cum Putrç et ctim Filio l'jus Jesu Chriito (i).

L'Eglise ne porte donc pas seulement en elle les traces de l'ordre comme toute œuvre de Dieu ; mais les réalités de la hiérarchie divine elle-même, c'est-à-dire la paternité divine et la filiation divine, le nom du Père et le nom du Fils, viennent à elle et reposent en elle.

Le Père, ouvrant son sein, étend le mystère de sa paternité jusqu'à l'Eglise, et embrasse en son Fils incarné tous ses élus; et de son côté l'Eglise, associée à ce Fils, reçoit pour tous ses membres le titre de la filiation étendu en eux et le droit à l'héritage divin : si filii, et hœredes (2). Dieu désormais les appellera donc ses fils, et ils l'appelleront leur Père ; et « voyez le chef-d'œuvre de la charité du Père, que nous soyons appelés les enfants de Dieu, et que nous le soyons très véritablement. » (3)

Ainsi ce qui constitue le mystère de l'Eglise est vraiment une extension et une communication de la société divine et des relations qui sont en elle. « Dieu donne son Fils au monde » (4), c'est-à-dire qu'il étend hors de lui et jusqu'en l'humanité le mystère de la génération qui est en lui et son nom de Père; et l'Eglise, de son côté, à qui le Fils est

(1) / Joan. 1, 3.

(a) Rom. vin, 17.

(3) Videte qualem charitatem dédit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus. (/ Joan. m, 1.)

(4) Sic enim Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret. {Joan. m. 16. 1

donné, est associée en lui et avec lui, par le mystère de son union et adoption, au nom de Fils et aux privilèges qui appartiennent au Fils et que ce nom lui apporte avec tous ses droits.

Ainsi, comme les prophètes l'avaient chanté (i), « Emmanuel » nous est donné, et Dieu est avec nous par cette admirable communication. Et, comme les discours humains ne peuvent atteindre à ce mystère de l'Eglise, le Fils de Dieu lui-même a aouIu nous l'enseigner solennellement. A L'heure de la Cène et à l'approche de sa Passion, entouré de ses apôtres, membres principaux de cette Eglise, et en qui il appelle tous les autres : « Père saint, dit-il, gardez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un, comme nous sommes un (2) : ut sint iinum, sicut et nos; je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole » (3) ; et c'est bien mon Eglise que j'appelle à cette excellente unité qui est la nôtre, « afin que tous soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous; qu'ils soient de même un en nous : sicut tu. Pater, in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unurn sint (4). La gloire que vous m'avez donnée, je la leur ai donnée, afin que » dans cette communication « ils soient un, comme nous sommes un : ut sint unurn, sicut et nos unurn sumus (5). Je suis en eux, et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité : ego in eis. et tu in nu\ ut sint consummati in unurn (6), afin que le monde connaisse que vous m'avez envoyé » (7), étendant par cette

(1) Is. ix, 6 ; vu, i4-

(2) Pater sancte, serva eos in nomine tuo, quos dedisti mihi, ut sint unurn, sicut et nos. (Joan. xvn, n.)

(3) Non pro eis autem rogo tantum, sed et pro eis qui credituri sunt per verbum eorum in me. (Ibid., a).

(4) Ibid., ai.

(5) Et ego claritatem quam dedisti mihi, dedi eis; ut sint unum, sicut et nos unurn sumus. {Ibid. aa.)

(6) Ibid.. a3.

(7) Et cognoscat mundus quia tu me misisti. (Ibid.,)

mission ma génération éternelle dans ce mystère qui me donne au monde, « et que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé o (i). o Vous m'avez aimé », 6 mon Père,

« ;tv;tnt l'établissement du monde » m, et dans cet amour jaillit de notre union la flamme éternelle «le notre Esprit- Saint, dont la présence la scelle et la consomme; il faut i (|nt' tvt amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et que Je sois en eux » (3) pour en rire le digne objet et pour vous le rendre en eux, el que tout ce que j'ai soit à eux, puisque je suis moi-même en eux.

Il faudra donc aussi que notre Esprit-Saint vienne à eux, puisque le mystère de votre amour et de mon amour s'étend jusqu'à eux, que vous m'aimez en eux et qu'en eux je vous rends cet amour. Nous leur enverrez cet Esprit, et je l'enverrai aussi; et, comme nous sommes un seul principe de iint-Esprit, nous le leur enverrons dans une seule et même mission, et cette mission sera une suite de la. mission par laquelle vous m'envoyez à eux et vous faites que je suis en eux.

Il est vraiment en eux. car il a dit : « Personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils; et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père » (4); et maintenant il dit du Père : « Vous le connaîtrez » loi; et du Fils : « Vous avez cru que je suis sorti du Père » (6); et encore : « Vous me voyez, parce que je vis, et que vous vivrez; en ce jour vous connaîtrez que je suis dans le Père, et vous en moi. et moi en vous : quia ego siun in Pâtre, et vos in me, et ego in vobis. » (7)

(11 Et dilexisti eos, sient et me dilexisti. (Joan.. xvn, 23.) (a| Dilexisti me ante constitutionem mundi. (Ibid., *4.)

(3) L't dilectio, qua dilexisti m?, in ipsis sit, et e?o in ipsis. (Ibid . 26.1

(4) Nemo novit Filium, nisi Pater: neque Patrem quis novit, nisi Filius. (Matth xi, 37.)

(5) Aiiiodu cognoscetis eum, et vidistis eum. (Joan. xvi, 7.)

(6) Ipse enim Pater amat vos, quia vos me amastis. et credidistis quia e?o a Deo exivi [Ibid . xiv, 27.)

17' Adhuc modicum, et mundiis me jam non videt; vos aulem videtisme

26 l'église

Enfin, il achève tout ce discours et consomme cet ineffable enseignement en annonçant, à l'Eglise qu'il s'associe, la communication même de la béatitude divine : « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit accomplie. » (i)

La prédication des apôtres à son tour répand dans le inonde cette annonce et y propage ce mystère et cette joie : « Nous vous annonçons, disent-ils, ce que nous avons vu et entendu, afin que vous aussi, » membres de l'Eglise, qui croyez par notre parole à celui qui nous a envoyés, « vous ayez société avec nous, et que notre société soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ : ut societas nostra sit cum Pâtre et cum Filio ejus Jesu Christo; et nous vous écrivons ces choses afin que vous vous réjouissiez et que votre joie soit pleine. » (2)

L'Eglise reçoit ces témoignages divins, et en célèbre la céleste doctrine par la bouche des Pères. Ils confessent et saluent le mystère divin de l'Eglise associée à la hiérarchie éternelle et inviolable du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Citons seulement saint Cyprien, si considérable par l'autorité de son ancienneté et de son martyre. « Le Seigneur, écrit-il, a dit : Moi et le Père, nous sommes une seule chose. Il est encore écrit du Père, du Fils et du Saint-Esprit : Et ces trois sont une seule c/iose. Et pourra-t-on croire que cette unité même, descendant à V Eglise de la stabilité divine et cohérente aux mi/stères célestes, pourra être déchirée en elle? » (3) Il appelle encore ce mystère de l'ordre

quia ego vivo, et vos vivetis. In illodie vos cognoscetis quia ego sum in Pâtre meo, et vos in me, et ego in vobis. (Joan. xiv, 19-30.)

(i) Hœc locntus sum vobis ut gaudium meum in vobis sit, et gaudium vestrum impleatur. {Ibid., xv, n.)

(2) Quod vidimus et audivimus, annuntiamus vobis, ut et vos societatem habeatis nobiscum, et societas nostra sit cum Pâtre et cum Filio ejus Jesu Christo. Et ha'C scribimus vobis ut gaudeatis, et gaudium vestrum sit plénum. (/ Joan. 1, 3-4.)

(3) Dicit Dominus : E(jo et Pater unum sumus. (Joan. x, 3o.) Et iterumde Pâtre et Filio et Spirilu Sancto scriptum est : Et ht très unam sunt. [I Joan. v, 7.) Et quisquam crédit hanc anitatem de diuinajirmitate venientem, sacramentis eœlestibus eohœrentem, scindi in Ecclesia posse? (S. Cypr. de unit. Eccl. n. 6.)

qui unit l'Eglise « l'unité de Dieu » (i), l'unité inviolable qui ae peut être scindée. « Le grand sacrifice, dit-il, vraiment digne de Dieu, c'est notre paix, » c'est-à-dire, selon le langage de L'antiquité, notre communion ecclésiastique, qui unit et ordonne tous les membres de l'Eglise « et le peuple racheté uni de L'unité du Père, du Fils et du Saint- Esprit : de unitate Patris et Filiiei Spiritus Sancti plebs adunata ». l a | Tel est le vénérable mystère dont, à notre tour, nous essayons dans ce traité de balbutier quelque chose. Encore qu'il soit ineffable, et que les raisonnements humains n'y puissent atteindre ni l'expliquer pleinement, enhardi par ce titre de fils qui nous appartient en lui, nous tenterons de bégayer, dans l'enfance de notre don nouveau, quelque chose des grandeurs auxquelles ce titre nous convie.

Déjà nous connaissons quelle est l'excellence de cette hiérarchie qui est la nôtre, fondée sur l'ordre divin lui-même, et combien elle l'emporte sur tout autre ordre qui apparaît dans les choses pour les distribuer et les régler.

A cette excellence répondent et sa perfection absolue et son inviolable immutabilité.

Les organisations humaines des sociétés, œuvres de la créature, fondées, comme nous l'avons dit plus haut, sur le sable mouvant des accidents, n'ont pas plus de stabilité que ce sol toujours agité. Portant les marques d'une inévitable imperfection, elles ne peuvent jamais satisfaire les aspirations infinies du cœur de l'homme, et le jour qui les proclame définitives reçoit du lendemain un humiliant démenti.

Tel est le droit humain toujours inconstant, toujours imparfait.

(i) Quis sic discordiœ furore vesanus, ut aut credat scindi posse, aut audcal scindere unitatem Dei Ecclesiam Christi? [Ibid., n. 8.)

(a) Sacrificium Deo majus est pas nostra et de unitate Patris et Filii et

Spiritus Sancti plebs adunata. (S. Cypr. de oral. Dom. n. a3.)

•iS l'église

L'ordre que Dieu donne à ses œuvres, effet de sa sagesse absolue et de sa puissance, enraciné dans la substance des choses et réglé dans une exacte proportion avec leur nature et les conditions de leur être, possède, au contraire, cette stabilité que l'homme ne peut donner à ses entreprises, et cette perfection qui n'appelle, n'attend et ne peut recevoir de l'avenir aucun de ces progrès sans cesse rêvés par l'humanité dans ses ouvrag-es, et dont le désir décevant et toujours renaissant accuse leur irrémédiable infirmité.

C'est là le droit divin appelé droit naturel, et qui dure dans les choses aussi longtemps qu'elles sont ce que Dieu les a faites.

Mais, au-dessus même de cet ordre, œuvre de Dieu, nous révérons dans l'Eglise la communication et l'extension ineffable de Y ordre divin lui-même.

Comme Dieu le Père, origine et principe du Fils, a envoyé le Fils, le Fils envoie ses hiérarques (i); celui qui les reçoit reçoit le Christ ; et celui qui reçoit le Christ reçoit le Père (2); et, comme le Père est le chef du Christ (3), le Christ est le chef de l'Eglise (4).

La hiérarchie de l'Eglise descend du trône de la gloire divine avec ses relations mystérieuses et ses lois aug"ustes(5). Ici tout est saint, tout est divin, tout est immuable par des raisons plus hautes.

Ici l'ordre établi de Dieu ne dépend pas seulement de la nature de son ouvrage, mais des mystères éternels qui sont en lui-même, et il garde l'inviolable stabilité des choses divines. Aussi la majesté de cet ordre l'élève au-dessus même de l'ordre que Dieu a mis dans ses autres ouvrages et qui tient à leur être, œuvre de Dieu, tandis que celui-ci tient

(i) Sicut misit me Pater, et ego mitto vos. (Joan. xx, ai.) (a) Qui recipit vos, me recipit; et qui me recipit, recipit eum qui me misit. [Matth. x, 4o; Lu,- ix, ',S.i

|3| Caput vero Cluisti Deus. [I Cor. xi, 3.)

(4) Eph. v, 23: Col. i, 18.

(5) Vidi sanctam civitatetn Jérusalem novam desceiideiitem de cœlo a Deo. [Apoc. xxi, 2.)

INTRODUCTION 'JQ

■À l'être de Dieu m »'• i t à ces lois sacrées <-t ineffables qui

Boni le mystère de 1 >ieu i i i.

Tel esl If droit divin de l'Eglise et de la hiérarchie de l'Eglise.

Plus noble que le droit divin écril dans la nature, à quelle hauteur ne domine-t-il pas toutes l«-s constitutions, œuvres des législateurs terrestres, et tous les droits humains ! (2)

Quelles pensées faut-il s'en former? Par quel langage se peut-il déclarer?

<■ cminentia est ex unitatc, omnia alia superans, et nihil habens

sibi si mile et squale. (Clbu. Alkx. Stramat. 1. VU, c. cm.) — Habet enim Patrem et Filiinn et Spiritum Sanctnm. (S. Hier.)

>ans doute les pouvoirs hiérarchiques qui sont dans l'Eglise peuvent, dans la vertu qu'ils ont reçue d'en haut, établir des lois et un droit secondaire: niais ce droit secondaire est embrassé par tout l'état divin dont il dépend et dont il n'est que l'application et la suite; il ne saurait altérer ni abaisser le caractère de la hiérarchie.

Page 1